3 août 2026
Comment le PHTK s’est organisé pour obtenir 100 % de réduction sur les frais de  candidature 
Actualités Opinions Politique

Comment le PHTK s’est organisé pour obtenir 100 % de réduction sur les frais de  candidature 

Alors que le processus électoral avance dans l’opacité et l’insécurité, une manœuvre politique  se dessine avec une clarté troublante. Le PHTK et ses alliés les plus proches semblent avoir  méthodiquement préparé le terrain pour bénéficier, grâce aux articles 136 et 137 du décret  électoral de juin 2026, d’une réduction pouvant atteindre 100 % des frais d’inscription de  leurs candidats. Cette stratégie, qui repose sur la formation de multiples groupements puis de  regroupements, profite de la relative naïveté ou de la complaisance de partenaires de la  coalition au pouvoir, notamment Fanmi Lavalas et l’OPL. 

Les étapes d’une stratégie bien rodée 

La première étape a consisté à fragiliser puis à se débarrasser du Conseil Présidentiel de  Transition (CPT). Une fois ce verrou levé, il s’agissait de maintenir Alix Didier Fils-Aimé  comme Premier ministre, avec le soutien actif ou passif de partis comme Lavalas et l’OPL. Ce  maintien a permis de contrôler le calendrier, le décret électoral et les règles du jeu. 

Dans le même temps, l’insécurité a continué de progresser, dissuadant une large partie de la  population de s’inscrire sur les listes électorales. Un registre maigre et un climat de peur  réduisent mécaniquement la compétition et favorisent ceux qui disposent déjà de réseaux, de  ressources et de protection. 

Puis est venue la phase d’enregistrement massif de partis politiques au CEP. Sur les 316  formations agréées, un grand nombre ont ensuite été regroupés. Parmi les groupements  enregistrés figurent notamment : Gras pou Ayiti, Débloke (enregistré par Yanick Mézile),  Rasanble (Liné Balthazar), Viktwa (Me Camille Leblanc), Grand, Ayiti Transfòme (Jean  David Genesté), Rekonsilye (Arios Jean Charles), An Avan pou Ayiti (Jerry Tardieu), Copos  Ayiti (Patrick Sully), LAPEH et Alliés (Jean Hector Anacacis), Solidarite (Boliver Claude),  Solèy (Wadner Édouard), Delivrans (Djinna Delatour), Myèl (Michel Legaud),  Rassemblement démocratique (Wislick Théophile) et Men Pwòp. 

Plusieurs de ces structures sont considérées comme proches du PHTK ou de ses alliés. En  multipliant les groupements, il devient possible, dans un second temps, de constituer un ou  deux grands regroupements d’au moins cinq groupements. Or, selon l’article 137 du décret  électoral, un regroupement suffisamment large peut bénéficier d’une réduction de 100 % des  frais d’inscription sur toutes ses candidatures. 

Le piège des articles 136 et 137 

Le décret électoral, adopté sous le gouvernement Fils-Aimé et avec la participation de  représentants de la coalition (y compris Lavalas), a introduit des incitations financières au  regroupement. L’article 136 prévoit des réductions progressives pour les groupements de  partis. L’article 137 va plus loin pour les regroupements de groupements, jusqu’à  l’exonération totale. 

Sur le papier, ces dispositions visent à réduire le morcellement partisan. Dans la pratique,  elles offrent un avantage décisif à ceux qui ont anticipé le système et disposent de  suffisamment de structures satellites pour atteindre les seuils. Le PHTK, sous des étiquettes 

comme Débloke ou à travers des alliances proches, se trouve ainsi en position de présenter  des candidats à coût quasi nul, tandis que d’autres formations, moins organisées ou moins  prévoyantes, devront assumer des frais élevés. 

La naïveté – ou la complaisance – des alliés 

C’est ici que le rôle de Lavalas et d’autres partis de la coalition apparaît problématique. En  soutenant le maintien de Fils-Aimé, en participant au Pacte de Stabilité et en cautionnant,  même tacitement, le décret électoral, ces formations ont contribué à mettre en place un cadre  dont le PHTK et ses proches tirent aujourd’hui le plus grand profit. Alors que Lavalas se  présente historiquement comme une force de rupture avec les élites et les pratiques de  l’ancien système, elle se retrouve associée à un montage qui favorise précisément les réseaux  les mieux rodés aux jeux institutionnels. 

Cette situation n’est pas anodine. Elle révèle soit une sous-estimation des capacités  d’organisation du PHTK, soit un calcul politique à court terme qui privilégie la participation  au pouvoir intérimaire au détriment de l’équité du futur scrutin. Dans les deux cas, le résultat  est le même : un avantage structurel accordé à une force politique qui a su transformer les  règles du décret en instrument de domination électorale. 

Un scrutin déjà biaisé ? 

Si cette stratégie aboutit, le PHTK et ses alliés proches pourront aligner un grand nombre de  candidats sans supporter le poids financier des frais d’inscription. Les autres partis, y compris  certains membres de la coalition, devront soit trouver des financements importants, soit  limiter leurs ambitions. Dans un contexte où l’insécurité dissuade déjà la participation  populaire et où le registre électoral reste très faible, cet avantage financier renforce le  caractère inégalitaire du processus. 

Le décret électoral de Fils-Aimé, loin d’être un simple texte technique, apparaît ainsi comme  un outil de reconfiguration du champ politique. Et ceux qui l’ont cautionné, y compris  Lavalas, en portent une part de responsabilité. 

Le 13 décembre approche. Mais avant même le vote, la compétition est en train d’être biaisée  par des montages institutionnels et des calculs d’appareils. Le PHTK a joué finement. Reste à  savoir si ses alliés de circonstance mesureront, trop tard, le prix de leur naïveté – ou de leur  complaisance.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.