Les autorités américaines ont rapatrié, ce jeudi 20 août 2026, 161 ressortissants haïtiens à bord d’un vol arrivé à l’aéroport international du Cap-Haïtien. Le groupe, composé notamment d’hommes, de femmes et d’enfants accompagnant leurs parents, a été accueilli par des responsables de l’Office national de la migration (ONM), dont son coordonnateur général, Jean Négot Bonheur Delva.
Selon le coordonnateur général de l’ONM, les personnes arrivées au Cap-Haïtien présentent des parcours migratoires très différents. Certaines auraient bénéficié de programmes migratoires mis en place sous l’administration Biden, d’autres disposaient auparavant d’un statut de résident ou d’une protection temporaire, tandis que certaines avaient purgé des peines de prison aux États-Unis avant leur expulsion.
Jean Négot Bonheur Delva a également indiqué que certains des rapatriés ne sont pas nés en Haïti. Plusieurs seraient notamment nés au Chili ou en République dominicaine, mais auraient été renvoyés en Haïti en raison de leur filiation haïtienne.
« Ce n’est pas nous qui demandons que nos compatriotes soient renvoyés. La décision est prise par les États-Unis », a déclaré le responsable de l’ONM, précisant que la mission de son institution consiste avant tout à accueillir les migrants dans le respect de leur dignité et à faciliter leur retour dans leurs communautés.
À leur arrivée, les rapatriés ont bénéficié d’une première assistance au bureau de l’ONM situé à l’aéroport, comprenant notamment de la nourriture, des boissons et des kits contenant différents produits de première nécessité.
Le coordonnateur général affirme avoir reçu des instructions du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé afin de renforcer l’accompagnement des personnes rapatriées jusqu’à leur destination. « Notre mission est de les accueillir dans le respect et la dignité et de les accompagner pour qu’ils puissent rentrer chez eux », a-t-il expliqué.
Selon les dispositions présentées par l’ONM, les personnes devant rejoindre le Grand Sud doivent bénéficier d’un accompagnement jusqu’à leur destination. Celles qui se rendent dans le Grand Nord ou dans le département de l’Ouest doivent, pour leur part, recevoir une allocation de transport de 10 000 gourdes.
L’ONM fait également face à des situations particulières. Jean Négot Bonheur Delva a notamment évoqué le cas d’un rapatrié qui affirme ne connaître aucun membre de sa famille en Haïti. Né en République dominicaine, celui-ci aurait expliqué que ses parents vivent toujours dans ce pays. « Nous allons l’aider à retrouver sa famille, que ce soit en Haïti ou en République dominicaine », a assuré le coordonnateur général.
Après leur prise en charge, plusieurs rapatriés ont exprimé leur frustration face aux conditions dans lesquelles ils affirment avoir été détenus ou expulsés des États-Unis.
L’un d’eux, qui dit avoir quitté Haïti à l’âge de cinq ans et avoir vécu à New York avec un statut de résident, affirme avoir passé 19 années en prison avant son expulsion. Originaire, selon ses déclarations, de la commune de l’Arcahaie, il soutient ne plus avoir de liens familiaux connus en Haïti. Il a également dénoncé ce qu’il considère comme de mauvais traitements durant le processus de rapatriement et affirme que certains migrants auraient reçu des injections avant leur embarquement.
Malgré son expulsion, cet homme dit vouloir contribuer au développement de son pays. Selon lui, Haïti doit notamment relancer sa production nationale afin de réduire sa dépendance envers l’étranger.
Un autre rapatrié a, de son côté, appelé les Haïtiens qui envisagent de migrer à éviter les voies irrégulières. Se disant psychologiquement éprouvé par son expérience, il a dénoncé les conditions de détention et exprimé des doutes quant aux possibilités offertes aux migrants de faire valoir leurs droits devant les autorités américaines.
L’arrivée de ces 161 personnes au Cap-Haïtien intervient dans un contexte de poursuite des opérations de rapatriement de ressortissants haïtiens par les autorités américaines. Pour l’ONM, l’enjeu immédiat reste leur accueil, leur assistance et leur réinsertion dans des communautés que certains ont quittées depuis de nombreuses années et que d’autres connaissent à peine.
Gislène Guerrier

