Le Conseil Électoral Provisoire (CEP), présidé par Jacques Desrosiers, a encore frappé. Par sa note de presse du 16 juillet 2026 (Réf. CEP/DC/025-2526), il proroge une nouvelle fois la période d’enregistrement des groupements politiques jusqu’au 31 juillet et reporte le regroupement au 10-14 août. Comme d’habitude, le ton est solennel : le CEP se dit « à l’écoute » et « engagé pour un processus inclusif et transparent ».
Mais une question fondamentale demeure sans réponse : sans calendrier électoral officiel, que font exactement MM. Fils-Aime, Uder Antoine et Desrosiers avec un budget de plus de 120 millions de dollars américains ?
Un calendrier électoral n’est pas un simple document administratif. C’est le cœur battant d’une élection crédible. Il fixe, de manière claire et contraignante, toutes les étapes du processus : clôture de l’enregistrement, dépôt des candidatures, période de campagne, jour du scrutin, proclamation des résultats et période de contentieux. Sa publication préalable permet aux partis, aux candidats, aux électeurs et aux observateurs de se préparer dans la transparence et l’équité.
Sans calendrier, l’incertitude devient la règle. Les acteurs politiques dépensent temps et ressources sans savoir quand ils devront réellement entrer en campagne. Les citoyens perdent confiance, car ils ne voient aucune date concrète à l’horizon.
Les partenaires internationaux financent un processus dont ils ne maîtrisent ni le rythme ni la sincérité. Un CEP sérieux doit donc comprendre que le calendrier n’est pas une option : c’est une exigence démocratique fondamentale. Son absence transforme l’organisation électorale en une succession infinie de reports et de notes de presse.
Pourtant, le CEP de Fils-Aime semble n’avoir toujours pas intégré cette nécessité élémentaire. Depuis sa mise en place, l’institution fonctionne sans feuille de route visible. Aucune date ferme n’est annoncée pour les opérations majeures.
Chaque prorogation est présentée comme un acte de souplesse et d’écoute, alors qu’elle renforce surtout l’opacité. Cette gestion dilatoire n’est pas neutre.
Elle permet à la Primature de garder le contrôle du tempo politique et de reporter, autant que nécessaire, le véritable rendez-vous avec le peuple.
C’est quoi alors ?
Sans calendrier officiel et respecté, ce que MM. Fils-Aime, Uder Antoine et Desrosiers organisent en Haïti avec 120 millions de dollars n’est pas une élection sérieuse. C’est une opération politique de gestion de la transition déguisée en processus électoral.
C’est une machine sophistiquée à consommer du temps et de l’argent public : salaires, indemnités, véhicules, ateliers, communications et notes de presse se multiplient, tandis que les dates décisives restent dans le flou.
C’est un outil de légitimation du pouvoir en place : on peut dire à la communauté internationale et à la population que « le processus avance », même si rien d’irréversible n’est engagé.
C’est également un mécanisme de contrôle : en maintenant l’incertitude, on affaiblit les opposants, on teste les alliances et on ajuste le calendrier selon les intérêts du moment.
En réalité, le CEP s’est progressivement mué en un Conseil de Gestion de la Transition Électorale. On paie le décor institutionnel, on organise des activités visibles, on produit des communiqués officiels, mais on évite soigneusement de fixer les jalons qui rendraient le scrutin inévitable.
Avec 120 millions de dollars mobilisés, le peuple haïtien est en droit d’exiger plus que des prorogations successives. Il attend des résultats concrets, un chronogramme clair et un engagement réel à organiser le vote dans un délai raisonnable.
Cette situation est d’autant plus grave qu’elle s’inscrit dans une longue tradition de reports qui ont fini par éroder la crédibilité de nos institutions.
Les Haïtiens, déjà éprouvés par des années de crise, voient leurs espoirs de retour à l’ordre constitutionnel normal s’éloigner un peu plus à chaque nouvelle note de presse.
Pendant ce temps, l’argent coule, les mois passent, et le pouvoir exécutif continue de gouverner sans véritable contre-poids démocratique.
Le CEP doit comprendre que sa légitimité ne repose pas sur sa capacité à produire des communiqués polis, mais sur sa capacité à organiser des élections crédibles dans un délai raisonnable.
Tant qu’il refusera de publier un calendrier détaillé, réaliste et contraignant, il restera exposé à la suspicion légitime : celle d’être au service d’un agenda qui dépasse largement sa mission technique.
Les 120 millions de dollars ne sont pas un chèque en blanc. Ils ont été mobilisés pour permettre au peuple haïtien d’exercer sa souveraineté à travers le vote. Pas pour financer une administration parallèle de la transition. MM. Fils-Aime, Uder Antoine et Desrosiers ont aujourd’hui le choix : soit ils publient rapidement un calendrier crédible et passent à la vitesse supérieure, soit ils assument publiquement leur rôle de gestionnaires d’une longue transition sans fin.
Le peuple observe. L’histoire jugera. Haïti ne peut plus se permettre de gaspiller du temps, de l’argent et de l’espoir dans des processus électoraux qui n’en finissent plus d’être annoncés.
Il est temps de passer des notes de presse aux actes concrets. Il est temps de publier le calendrier. Il est temps de dire clairement au pays ce que l’on est réellement en train d’organiser avec ces 120 millions de dollars.

