Le conducteur a sifflé le départ, mais les ouvriers n’ont pas quitté le chantier. Voilà l’image que renvoie aujourd’hui le calendrier électoral présenté par le pouvoir. Après des mois de lenteur depuis l’installation d’Alix Didier Fils-Aimé à la Primature en novembre 2024, l’urgence semble désormais dicter le rythme : référendum-bidon sans texte débattu, élections générales et promesses de retour à l’ordre constitutionnel devraient tenir dans quelques mois. Une interrogation s’impose : comment un train peut-il atteindre sa destination lorsque la voie reste incomplète ? Une démocratie ne surgit pas d’un coup de sifflet. Elle exige un territoire sécurisé, une administration électorale crédible, un registre électoral fiable et des citoyens libres de voter sans intimidation.
Haïti n’est pas un quai où les voyageurs embarquent sans connaître la destination. Première République noire indépendante, elle porte une mémoire politique qui commande davantage que la précipitation. Pendant que des milliers d’Haïtiens affrontent l’incertitude et l’humiliation à l’étranger, le pouvoir donne l’impression de vouloir rattraper, en cinq mois, le temps perdu depuis novembre. Pourtant, aucun mécanicien ne peut convaincre des passagers qu’un pont existe lorsqu’il manque encore plusieurs travées. Les élections demeurent une nécessité. Encore faut-il que les rails de la légalité, de la confiance publique et de la transparence soient achevés avant de lancer le convoi de la souveraineté populaire.
cba

