Le 17 juillet 2026, le Conseil Électoral Provisoire (CEP) a diffusé depuis Pétion-Ville une note de presse (Réf. : CEP/DC/026-2526) annonçant le « lancement officiel » des opérations d’inscription des électeurs à partir du lundi 20 juillet. Les Centres d’Inscription et de Vote (CIV) ouvriront dans neuf départements, à l’exception du département de l’Ouest, pour des « contraintes particulières » de sécurité. Le CEP promet une extension progressive et invite les citoyens à se présenter munis de leur carte d’identification nationale valide.
Derrière ce langage administratif se cache une nouvelle manœuvre dilatoire d’une institution qui semble avoir abdiqué son indépendance. Pire encore, ce lancement intervient dans le contexte de l’affaire des 800 000 doublons présumés dans les enregistrements de l’Office National d’Identification (ONI), un scandale qui sape toute crédibilité du registre électoral et que le CEP passe pudiquement sous silence.
L’absence de calendrier et le sous-financement chronique
Le communiqué ne contient ni calendrier électoral détaillé, ni échéancier précis pour les prochaines étapes (clôture des inscriptions, dépôt de candidatures, jour du scrutin). Comment organiser des élections nationales sans feuille de route ? Cette opacité n’est pas un oubli : elle fait partie d’une stratégie de gestion du temps au profit du pouvoir en place.
Sur le plan financier, le contraste est saisissant. Le CEP avait initialement réclamé environ 250 millions de dollars américains pour mener à bien le processus dans des conditions acceptables. Après négociations avec le gouvernement du Premier ministre Alix Didier Fils Aimé, seulement 120 millions ont été accordés – moins de la moitié. Comment Desrosiers et Uder Antoine justifient-ils une telle amputation budgétaire ? Sont-ils dans le même pays que les citoyens haïtiens ? Parlent-ils des mêmes élections ?
Comparaison accablante avec 2015-2016
En 2015-2016, malgré un contexte déjà chaotique, le budget global des opérations électorales tournait autour de 50 à 55 millions de dollars. Ce montant avait permis d’organiser des scrutins sur l’ensemble du territoire, avec un calendrier publié. Aujourd’hui, face à une insécurité plus grave, une population plus nombreuse et des exigences biométriques accrues, le CEP accepte de travailler avec la moitié des ressources demandées tout en excluant le département le plus peuplé. Le parallèle est cruel : hier, on organisait mal avec peu ; aujourd’hui, on organise encore plus mal avec encore moins.
L’affaire des 800 000 doublons à l’ONI : le scandale occulté
Le plus grave reste cependant l’affaire des 800 000 doublons qui existeraient dans les bases de données de l’ONI. Ces doublons, résultant d’enregistrements défaillants, de fraudes documentées ou d’une gestion laxiste, menacent directement l’intégrité du registre électoral. Comment le CEP peut-il lancer des inscriptions massives sans avoir préalablement assaini, vérifié et purgé ce fichier corrompu par les doublons ?
Au lieu d’exiger une opération de nettoyage urgente, de audits indépendants et de publication des résultats de la biométrie, le CEP choisit de faire comme si de rien n’était. Cette omerta sur les 800 000 doublons est lourde de conséquences : elle ouvre la porte à une élection contestée
d’avance, à des contestations massives et à une nouvelle crise de légitimité. On ne peut pas construire une démocratie sur un registre pourri. Le silence du CEP sur ce dossier n’est pas une simple négligence technique : il constitue une complicité active dans la préparation d’un scrutin potentiellement frauduleux.
Une stratégie dilatoire au bénéfice du pouvoir en place
Ces éléments – absence de calendrier, budget amputé de moitié, exclusion du département de l’Ouest et occultation de l’affaire des doublons – ne relèvent pas du hasard. Ils s’inscrivent dans une logique cohérente de dilatoire institutionnel qui arrange parfaitement le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. En maintenant le processus dans un état de semi-paralysie, le CEP lui permet de gagner du temps, de consolider son contrôle et de reporter le retour à l’ordre constitutionnel.
Jacques Desrosiers et Uder Antoine, par leur passivité et leurs concessions successives, transforment le CEP en simple courroie de transmission du pouvoir exécutif. Au lieu de défendre l’indépendance de l’institution, ils en deviennent les fossoyeurs. Le peuple haïtien, épuisé par plus d’une décennie sans élections crédibles, observe avec colère cette nouvelle trahison institutionnelle.
Il est temps d’exiger la vérité et l’action
Le CEP doit des réponses claires et immédiates à la Nation :
• Quand et comment sera purgée l’affaire des 800 000 doublons de l’ONI ?
• Quel est le calendrier électoral définitif et contraignant ?
• Comment compte-t-il organiser des élections crédibles avec seulement 120 millions de dollars et sans couvrir Port-au-Prince ?
• Est-il encore au service du peuple haïtien ou uniquement au service du maintien au pouvoir de Fils-Aimé ?
Sans réponses concrètes et sans rupture immédiate avec cette culture du report et de la complaisance, le « lancement » du 20 juillet restera dans l’histoire comme un nouveau chapitre honteux : celui où le Conseil Électoral Provisoire, au lieu de sauver la démocratie haïtienne, aura choisi de l’enterrer sous les doublons, les demi-mesures et les compromis inavouables.
Haïti mérite mieux. Le peuple mérite des élections véritables, organisées par une institution indépendante, sur un registre assaini et avec des moyens à la hauteur de l’enjeu. Le temps de la complaisance est terminé. L’heure est à la responsabilité ou à la démission.

