19 juillet 2026
Krisla, le parti Bouclier et les liens troubles avec le PHTK – Quand la politique  haïtienne danse avec les gangs 
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Krisla, le parti Bouclier et les liens troubles avec le PHTK – Quand la politique  haïtienne danse avec les gangs 

Dans une récente interview, Bailly a tenu à mettre les points sur les « i » : Krisla (Christ-Roy  Chery) n’est pas un simple chef de gang de quartier, mais un membre fondateur du parti «  Bouclier ».  

Cette clarification, loin d’être anodine, ouvre une fenêtre inquiétante sur la collusion  structurelle entre acteurs politiques et groupes armés en Haïti, particulièrement avec le Parti  Haïtien Tèt Kale (PHTK). 

Krisla, de son vrai nom Christ-Roy Chery, dirige le gang de Nan Ti Bwa (Fontamara,  Carrefour, zones de Martissant). Il fait partie des piliers de la coalition G9 an fanmi, aux  côtés de Jimmy Chérizier « Barbecue ». Son empire repose sur l’extorsion systématique  (péages illégaux), les enlèvements, le contrôle territorial et une violence extrême documentée  par de multiples rapports de droits humains.  

Pourtant, selon Bailly, cet homme a participé activement à la fondation de formations  politiques, dont le Bouclier et, indirectement ou directement, au réseau gravitant autour du  PHTK. 

Les liens historiques et opérationnels avec le PHTK 

Le PHTK, créé autour de Michel Martelly, a longtemps été accusé d’entretenir des relations  privilégiées avec certains groupes armés pour sécuriser son emprise sur le pouvoir. Sous la  présidence de Jovenel Moïse, ces liens se sont renforcés. La coalition G9, dont Krisla est un  leader clé, a été largement perçue comme une force d’appoint du pouvoir en place.  

Avant l’assassinat de Moïse en 2021, le G9 bénéficiait d’une tolérance, voire d’un soutien  tacite, permettant à ses membres de consolider leur contrôle sur des quartiers stratégiques en  échange de votes, de calme relatif pendant les scrutins ou de répression de manifestations  d’opposition. 

Krisla incarne ce modèle. Ses zones d’influence (Fontamara, Ti Bwa, Carrefour) sont des  bastions où le PHTK et ses alliés ont historiquement puisé un soutien « populaire » forcé.  

Des témoignages et enquêtes journalistiques évoquent des rencontres entre responsables  politiques et chefs de gang comme Krisla lors des campagnes électorales. 

Bailly lui-même évoque ces contacts directs dans les quartiers populaires, où les politiciens  viennent négocier avec les véritables détenteurs du pouvoir de facto sur le terrain.  

Ces alliances ne se limitent pas à des discussions : elles impliquent souvent des flux  financiers, des distributions de ressources et une protection mutuelle. Krisla aurait ainsi pu  jouer un rôle dans la mobilisation de bases électorales ou dans la dissuasion d’adversaires.  

En retour, le pouvoir politique offrait une relative impunité, permettant au gang d’étendre son  racket (péages sur les routes menant à Carrefour, contrôle de l’économie informelle). 

Même après l’assassinat de Jovenel Moïse, les ramifications persistent. Le PHTK reste une  force politique majeure, et des figures comme Krisla continuent d’exercer une influence  hybride : mi-criminelle, mi-politique.  

Sa participation à la fondation du parti « Bouclier » s’inscrit dans cette logique de  diversification des alliances. En créant ou en intégrant de nouvelles structures, des acteurs  comme Krisla cherchent à légitimer leur pouvoir et à maintenir des canaux d’influence sur la  scène nationale, au-delà de la simple force brute. 

Une stratégie de « terrorisme d’État » ? 

Bailly critique ouvertement cette stratégie : les politiciens haïtiens, toutes tendances  confondues, ont trop souvent recours aux « valises » (groupes armés) pour se maintenir au  pouvoir. Dans le cas du PHTK, cela s’est traduit par une tolérance face à la prolifération des  gangs, accusée d’avoir contribué à l’explosion de l’insécurité que connaît aujourd’hui le pays.  Krisla n’est pas un cas isolé ; il symbolise la fusion dangereuse entre sphère politique et  sphère criminelle organisée. 

Cette collusion a des conséquences dramatiques : 

Délitement de l’État : Quand un chef de gang devient membre fondateur d’un  parti, la distinction entre pouvoir légitime et pouvoir de fait s’efface. • Violence institutionnalisée : Massacres (comme celui de La Saline en 2018, où  Krisla a été cité), viols systématiques, enlèvements et famines induites par le  contrôle des routes. 

Capture de l’économie : Les péages illégaux et le racket financent à la fois les  gangs et, indirectement, les réseaux politiques qui les protègent. 

Une clarification qui en dit long 

En affirmant que Krisla est membre fondateur du Bouclier, Bailly ne fait pas que corriger une  information. Il met en lumière un système pourri jusqu’à la moelle, où d’anciens ou actuels  dirigeants du PHTK et d’autres partis ont pactisé avec des seigneurs de guerre pour conquérir  ou conserver le pouvoir.  

Tant que des figures comme Krisla pourront se revendiquer à la fois chefs de gang et  fondateurs de partis, Haïti restera prisonnière d’un cercle vicieux : l’insécurité nourrit le  besoin de « protection », qui elle-même renforce les gangs et leurs protecteurs politiques.  

Il est grand temps que la classe politique haïtienne, le PHTK inclus, rende des comptes sur ces  alliances mortifères. 

Sans une rupture claire avec ce modèle, aucune transition démocratique sérieuse ne sera  possible.  

Source : https://m.youtube.com/watch?v=HKmgy0mItbU

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