Fixés officiellement à 650 gourdes le gallon de gazoline et 700 gourdes le gasoil, les nouveaux prix à la pompe annoncés ce 4 juillet ne reflètent pas toujours la réalité des villes de province, où les postes de rançonnement imposés par les gangs sur les routes et l’acheminement maritime du carburant vers le Grand Sud alourdissent davantage la facture payée par les consommateurs.
PORT-AU-PRINCE — Les ministères de l’Économie et des Finances, du Commerce et de l’Industrie ont fixé de nouveaux prix à la pompe : 650 gourdes le gallon de gazoline, soit environ 4,97 dollars, 700 gourdes le gallon de gasoil, soit 5,35 dollars, et 690 gourdes le kérosène, soit près de 5,28 dollars, sur la base d’un taux proche de 130,77 gourdes pour un dollar.
La comparaison avec les États-Unis, pays riche et grand consommateur d’énergie, accentue le malaise social : la moyenne nationale américaine de l’essence s’établit à 3,81 dollars le gallon au 4 juillet, selon AAA, soit environ 1,16 dollar de moins que le prix de la gazoline en Haïti. Autrement dit, l’automobiliste haïtien paie près de 30 % plus cher que l’automobiliste américain, sans bénéficier du même niveau de revenu, d’infrastructures ou de protection sociale.
Ce durcissement tarifaire intervient au moment où le marché international n’affiche pas une envolée comparable : le Brent évolue autour de 72,10 dollars le baril, tandis que le WTI se situe près de 68,78 dollars. Le paradoxe frappe donc de plein fouet les ménages haïtiens : le baril respire, mais la pompe, elle, continue d’étrangler une population déjà accablée par l’insécurité, la rareté des revenus, les coûts de transport et la flambée des produits alimentaires.
Le pouvoir semble désormais gérer la pression sociale par petites concessions successives, comme s’il distribuait des miettes pour contenir un éventuel éclatement populaire. Pendant ce temps, les déplacements officiels à l’étranger, souvent jugés inutiles ou sans retombées vérifiables, se multiplient, renforçant l’image d’un État plus mobile hors du pays que présent auprès des citoyens frappés à la pompe.
En Haïti, le carburant n’est plus seulement une marchandise stratégique : il devient un révélateur politique. À 4,97 dollars le gallon de gazoline et 5,35 dollars le gasoil, chaque trajet, chaque sac de riz transporté, chaque génératrice allumée se transforme en facture sociale. La question demeure brutale : combien de temps un pays pauvre peut-il payer plus cher qu’un pays riche avant que la colère ne quitte les stations-service pour gagner la rue ?


