ULCC réduite à sa plus simple expression, son secrétaire à la Communication en poste : Martelly débarque dans le pays affichant l’indice de corruption le plus élevé de la région et figurant parmi les plus pauvres du monde.
Port-au-Prince, 15 juillet 2026 — Près de trois ans après son audition dans l’enquête sur l’assassinat de Jovenel Moïse, Michel Martelly revient en Haïti sous les vivats, les tambours et les slogans de ses partisans. Un accueil soigneusement mis en scène avant une nouvelle rencontre annoncée avec la justice, dans un dossier où les manifestations de fidélité politique semblent parfois couvrir le silence des procédures.
Arrivé mercredi à bord d’un avion « privé », après une escale au Cap-Haïtien, l’ancien président a été escorté jusqu’à sa résidence de Péguy-Ville, où des bandes de rara et plusieurs dizaines de sympathisants lui ont offert un bain de foule. Martelly n’a fourni aucune explication publique sur l’objet de son voyage. Des médias haïtiens rapportent toutefois qu’il doit répondre à une convocation liée au supplément d’information ordonné dans l’enquête sur l’assassinat de Jovenel Moïse. À ce stade, aucune inculpation n’a été annoncée contre lui dans cette affaire.
Le scénario rappelle celui du 3 octobre 2023. Ce jour-là, Michel Martelly s’était présenté devant le juge Walter Wesser Voltaire, escorté par des agents de l’USGPN, entouré d’anciens responsables publics et accompagné, à l’extérieur du cabinet, par une animation musicale. Après environ quatre heures d’audition, il avait quitté les lieux sans répondre aux journalistes.
Trois ans plus tard, le décor demeure presque intact : convois sécurisés, militants mobilisés, musique de rue et démonstration de puissance symbolique. La procédure est désormais conduite dans le cadre d’un supplément d’information confié au magistrat Cyprien Jean F. Denis Pierre, à la Cour d’appel de Port-au-Prince. Une première comparution, fixée au 18 juin 2026, avait été reportée. L’un des avocats de Martelly, Me Mario Delcy, entretient encore l’incertitude sur la présence effective de son client à la nouvelle audition.
Cette nouvelle séquence intervient dans un système pénal dont les fragilités institutionnelles sont abondamment documentées. Un rapport des Nations unies estime que la corruption et l’insuffisance des mécanismes de contrôle demeurent profondément enracinées dans le secteur de la justice criminelle haïtienne. Les grandes enquêtes politiques y progressent lentement, tandis que les condamnations définitives pour corruption restent exceptionnelles.
Le retour de Martelly porte aussi le poids de son propre passé politique. Son accession à la présidence, en 2011, découle d’un processus électoral fortement contesté, marqué par des accusations de fraude et par une intervention internationale ayant modifié l’ordre des candidats issus du premier tour. Joseph Lambert, ancien dirigeant d’Inité devenu conseiller politique de Martelly, est régulièrement présenté comme l’un des artisans de cette recomposition électorale. Des déclarations publiques qui lui sont attribuées ont, plusieurs années plus tard, reconnu le caractère frauduleux de cette séquence, sans qu’un jugement électoral définitif ait juridiquement annulé l’élection de Martelly.
L’ancien chef de l’État revient également sous le régime de sanctions internationales. Le Canada l’a sanctionné en novembre 2022. Les États-Unis l’ont inscrit, en août 2024, sur une liste liée au trafic international de stupéfiants, l’accusant d’avoir facilité le commerce de cocaïne, blanchi des revenus illicites et soutenu plusieurs gangs. En décembre 2025, l’Union européenne lui a imposé un gel des avoirs et une interdiction de territoire, affirmant qu’il avait armé et financé des groupes criminels afin de défendre ses intérêts politiques et économiques. Ces mesures administratives ne constituent toutefois pas, en elles-mêmes, des condamnations prononcées par une juridiction pénale.
La valeur de cette nouvelle comparution se mesurera aux actes de procédure : questions précises, confrontations éventuelles, vérification des déclarations, exploitation des communications et détermination des responsabilités intellectuelles et financières. Sans avancée vérifiable, le bain de foule de juillet 2026 risque de rejoindre les images d’octobre 2023 dans les archives d’une justice transformée en scène politique.
La justice haïtienne conduira-t-elle enfin l’enquête au-delà des escortes, des tambours et des apparitions médiatiques ? Ou assistera-t-on, une fois encore, à un spectacle soigneusement orchestré, suivi de l’éternelle formule nationale : l’enquête se poursuit ?

