13 juillet 2026
Haïti | Elections pour, par et avec les « fils aimés » du chaos : le CEP oppose téléphones et menottes en plastique aux fusils des gangs
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Haïti | Elections pour, par et avec les « fils aimés » du chaos : le CEP oppose téléphones et menottes en plastique aux fusils des gangs

L’Edito du Rezo

Haïti | Élections pour les « fils aimés » du chaos : le CEP oppose téléphones et menottes en plastique aux fusils des gangs

Alix Didier Fils-Aimé veut-il conduire Haïti vers un scrutin à haut risque en décembre 2026, au mépris du précédent sanglant de la ruelle Vaillant et d’un contexte sécuritaire qu’il a lui-même reconnu incompatible avec des élections en août ? Entre référendum interdit, décret contesté et agents électoraux équipés de téléphones et de menottes en plastique, le gouvernement de doublure paraît confondre consultation populaire et expérimentation électorale dangereuse.

Le Conseil électoral provisoire, constitué bientôt deux années, semble avoir élaboré une doctrine sécuritaire digne d’une comédie noire : installer dans les centres de vote des agents de sécurité munis d’un téléphone et de menottes en plastique, puis leur demander d’appeler la police lorsqu’un incident survient. Face à un électeur agité, l’accessoire pourra peut-être impressionner. Face à des hommes dotés de fusils d’assaut, de munitions et de véhicules blindés et vêtus en uniforme de police, l’agent devra surtout vérifier que sa batterie est chargée, que son opérateur capte encore et que la police répond avant la disparition des urnes.

Les réseaux téléphoniques, déjà défaillants en période ordinaire, deviennent ainsi la pièce maîtresse d’un dispositif improvisé en plein XXIème siècle. Coupures d’électricité, zones sans couverture, antennes endommagées, relais perturbés ou territoires contrôlés par des gangs armés : l’architecture du CEP repose sur une technologie qui abandonne régulièrement les usagers au silence. Lorsqu’un commando entrera dans un centre, l’agent devra-t-il lever son appareil vers le ciel, courir derrière une barre de réseau ou demander aux assaillants de patienter pendant que l’appel tente de passer ? Le téléphone ressemble moins à un instrument de protection qu’au certificat numérique de l’impuissance publique.

Pourquoi des policiers armés et formés ne seraient-ils pas directement positionnés sur les lieux de vote ? Le CEP demande à des agents civils d’alerter une police susceptible d’arriver après les intimidations, le pillage ou la fermeture forcée du bureau. Il devra aussi expliquer comment les milliers d’armes détenues par les gangs auront cessé de circuler avant les élections à la Fils-Aimé, conduites sous l’autorité d’un décret illégal et inconstitutionnel, parallèlement à un projet référendaire interdit par l’article 284-3 de la Constitution. Le scénario tient en une formule : les gangs en « mission commandée » gardent le métal, les agents reçoivent le plastique et le CEP leur remet un téléphone sans garantie de réseau pour sauver, à distance, ce qu’il persiste à appeler un scrutin national pour enfin, l’établissement d’un Etat…de droit.

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