15 juillet 2026
Gangs en Haïti | Accusé par Leslie Voltaire et sanctionné par l’Union européenne, Michel Martelly doit-il redouter le nouvel accord Fils-Aimé–FRG ?
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Gangs en Haïti | Accusé par Leslie Voltaire et sanctionné par l’Union européenne, Michel Martelly doit-il redouter le nouvel accord Fils-Aimé–FRG ?

Accord Fils-Aimé–FRG | Michel Martelly doit-il craindre que les enquêtes remontent jusqu’aux parrains politiques des gangs ?

La signature, le 14 juillet 2026, d’un protocole d’accord entre le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé et la Force de répression des gangs pourrait-elle ouvrir une nouvelle phase dans le traitement judiciaire de la criminalité organisée en Haïti ? Au-delà de la remise des personnes arrêtées, des armes, des munitions et des matériels saisis, ce dispositif pose une interrogation autrement plus embarrassante pour le pouvoir : les investigations s’arrêteront-elles aux exécutants armés ou remonteront-elles jusqu’aux financeurs, protecteurs et parrains politiques présumés des groupes criminels ?

Michel Martelly se trouve directement exposé à cette interrogation.

Le 15 décembre 2025, l’Union européenne a sanctionné l’ancien président haïtien en raison de ses liens allégués avec plusieurs gangs. Selon les autorités européennes, Michel Martelly aurait financé, armé ou soutenu des organisations criminelles afin de défendre des intérêts économiques, de préserver une influence politique et de maintenir un contrôle sur certains territoires.

Une sanction internationale ne constitue pas une condamnation pénale. Elle ne remplace ni une enquête conduite par un magistrat haïtien, ni une inculpation, ni un procès contradictoire. Michel Martelly demeure juridiquement présumé innocent tant qu’une juridiction compétente n’a pas établi sa responsabilité au terme d’une procédure respectueuse des droits de la défense.

Cette garantie fondamentale ne saurait cependant devenir un prétexte à l’inaction.

La présomption d’innocence protège contre une condamnation anticipée ; elle n’interdit pas au parquet d’enquêter. Elle ne dispense pas le ministère de la Justice de solliciter les renseignements détenus par les autorités européennes. Elle n’empêche pas l’Unité centrale de renseignements financiers d’examiner d’éventuelles transactions suspectes, ni les magistrats de vérifier l’origine des armes, les circuits de financement ou les relations entretenues entre groupes criminels et responsables politiques.

L’accord signé avec la FRG pourrait fournir à la justice haïtienne des éléments qu’elle prétendait jusqu’ici ne pas détenir.

Chaque téléphone récupéré pendant une opération peut contenir des échanges compromettants. Chaque arme saisie peut être rattachée à une filière d’approvisionnement. Chaque véhicule, registre financier ou appareil électronique peut conduire vers des intermédiaires établis hors des quartiers contrôlés par les gangs. Chaque individu arrêté peut également livrer des informations sur ceux qui ont financé, protégé ou orienté les activités de son organisation.

La criminalité armée ne fonctionne jamais dans un isolement absolu. Elle dépend de ressources financières, de réseaux commerciaux, de complicités administratives, de protections institutionnelles et de relais politiques. Réduire les gangs à leurs seuls hommes de terrain reviendrait à ignorer l’architecture qui assure leur survie.

Le protocole signé par le ministre de la Justice, Patrick Pélissier, et le représentant de la FRG, Jack Christofides, organise précisément le transfert aux autorités haïtiennes des suspects et des matériels saisis. À partir de ce moment, la responsabilité ne reposera plus seulement sur la force internationale. Elle incombera aux institutions judiciaires nationales.

Qui dressera les procès-verbaux ? Où seront conservées les armes ? Comment sera protégée la chaîne de garde des preuves ? Quels magistrats seront chargés des interrogatoires ? Les téléphones et ordinateurs saisis feront-ils l’objet d’expertises numériques indépendantes ? Les suspects seront-ils entendus sur leurs relations politiques et financières, ou les enquêtes seront-elles limitées aux crimes immédiatement visibles ?

Ces questions détermineront la portée réelle de l’accord.

Michel Martelly doit-il redouter ce dispositif ? Pas nécessairement dans l’immédiat. Le protocole ne constitue pas un mandat d’arrêt contre l’ancien président. Il ne confère pas à la FRG le pouvoir de poursuivre un ancien chef de l’État établi à l’étranger. Il ne transforme pas non plus les sanctions de l’Union européenne en décision pénale automatiquement exécutoire en Haïti.

Le risque juridique apparaîtrait toutefois si les éléments remis par la FRG confirmaient les accusations déjà formulées par plusieurs acteurs internationaux et nationaux.

Leslie Voltaire avait lui-même accusé Michel Martelly, le 29 janvier 2025, d’avoir favorisé l’émergence et la consolidation des gangs. Cette déclaration, prononcée par un dirigeant de la transition, n’a pourtant été suivie d’aucune procédure publique connue. Aucun communiqué du parquet n’a annoncé l’ouverture d’une enquête. Aucun magistrat n’a indiqué avoir sollicité les éléments sur lesquels reposaient ces accusations.

Quelques mois plus tard, Leslie Voltaire participait à l’adoption d’un décret relatif à la Haute Cour de justice, dénoncé par plusieurs juristes et défenseurs des droits humains comme un texte susceptible de compliquer les poursuites contre d’anciens hauts responsables de l’État.

La contradiction est manifeste : accuser politiquement un ancien président tout en maintenant un environnement procédural favorable à l’impunité affaiblit la crédibilité du discours officiel sur la lutte contre les gangs.

L’État haïtien ne peut durablement dénoncer les connexions entre criminalité et pouvoir sans engager les procédures nécessaires pour les documenter. Il ne peut davantage célébrer un accord sécuritaire tout en refusant de suivre la trace des preuves susceptibles d’atteindre les classes dirigeantes.

L’épreuve décisive ne sera donc pas l’arrestation de quelques hommes armés dans un quartier assiégé. Elle commencera lorsque les enquêtes rencontreront des noms influents, des fortunes établies, des anciens ministres, des parlementaires, des hommes d’affaires ou d’anciens présidents.

Le gouvernement Fils-Aimé acceptera-t-il que les investigations franchissent cette frontière politique ? Le ministre de la Justice garantira-t-il l’indépendance des commissaires du gouvernement et des juges d’instruction ? Les suspects disposant de relations au sommet de l’État seront-ils traités selon les mêmes règles que les exécutants capturés sur le terrain ?

La légitimité de l’accord dépendra de ces réponses.

Une politique de sécurité qui emprisonne les soldats des gangs tout en préservant leurs présumés commanditaires ne démantèle pas le système criminel. Elle en remplace seulement les agents les plus exposés. Les chefs peuvent être neutralisés, les territoires momentanément repris et les armes saisies ; tant que les circuits financiers et politiques demeurent intacts, les organisations se reconstituent.

Michel Martelly n’est pas le seul responsable politique susceptible d’être concerné par une enquête remontant les réseaux criminels. Le débat ne doit pas être réduit à son seul nom. Les mêmes exigences doivent s’appliquer à toute personnalité citée par des sanctions internationales, des rapports officiels, des témoignages judiciaires ou des renseignements vérifiables.

L’ancien président occupe néanmoins une position particulière. Il a dirigé l’État entre 2011 et 2016. Il demeure une figure centrale du PHTK, formation dont plusieurs représentants ont exercé le pouvoir pendant la période d’expansion des gangs. Son retour éventuel dans le débat public ne peut faire abstraction des accusations formulées contre lui.

S’il estime ces allégations mensongères, Michel Martelly dispose du droit de les contester. Il peut demander l’accès aux éléments retenus contre lui, saisir les juridictions compétentes et présenter ses arguments. La justice ne doit pas être remplacée par des condamnations médiatiques ou politiques.

Mais l’État doit, de son côté, démontrer qu’aucun ancien président ne bénéficie d’une immunité de fait.

L’accord Fils-Aimé–FRG ne prendra toute sa signification que lorsque les premiers suspects seront transférés, interrogés et confrontés aux preuves. Son efficacité ne se mesurera pas au nombre d’armes exposées devant les caméras, mais à la capacité des magistrats de reconstruire les chaînes de responsabilité.

Michel Martelly doit-il craindre que les enquêtes remontent jusqu’aux parrains politiques présumés des gangs ?

Il ne devrait s’en inquiéter que si les accusations européennes reposent sur des faits vérifiables et si la justice haïtienne décide enfin de les examiner. Le véritable doute porte toutefois sur la volonté du pouvoir : le gouvernement a-t-il signé un accord destiné à démanteler l’ensemble du système criminel ou simplement un instrument sécuritaire pour neutraliser les exécutants avant les élections ?

L’avenir du protocole dépendra moins de la puissance de la FRG que du courage institutionnel des autorités appelées à recevoir ses prisonniers et ses preuves.

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