En 2030, le football mondial soufflera cent bougies. Un siècle plus tôt, en 1930, l’Uruguay accueillait la toute première Coupe du monde de la FIFA, avec treize équipes et un seul stade, le Centenario de Montevideo. Cent ans plus tard, la 24ᵉ édition du tournoi prendra une forme qu’aucune Coupe du monde n’avait jamais eue : six pays hôtes, trois continents, et un hommage appuyé aux origines sud-américaines de la compétition. Voici tout ce qu’il faut savoir, avec des données vérifiées, sur cet événement qui s’annonce déjà comme l’un des plus ambitieux de l’histoire du sport.
Un tournoi inédit réparti sur trois continents
Pour la première fois de son histoire, la Coupe du monde masculine se déroulera dans six pays différents, répartis sur trois continents. L’essentiel de la compétition sera organisé par un trio euro-africain : l’Espagne, le Portugal et le Maroc. Ces trois pays, seuls candidats en lice, ont vu leur dossier commun entériné par la FIFA le 11 décembre 2024, lors d’un congrès extraordinaire réunissant les 211 associations membres de l’organisation, qui les a désignés hôtes par acclamation.
À cela s’ajoute une dimension commémorative unique : trois matches de phase de groupes seront disputés en Amérique du Sud, en Argentine, au Paraguay et en Uruguay, chacun de ces pays accueillant une rencontre pour célébrer le centenaire du tournoi. Ce choix n’est pas anodin. Selon la FIFA, l’Uruguay a été retenu parce qu’il fut l’organisateur de la toute première Coupe du monde en 1930 ; l’Argentine, parce que sa sélection avait atteint la finale de cette même édition ; et le Paraguay, parce qu’Asunción abritait à l’époque le siège de la CONMEBOL, alors unique confédération continentale existante.
Concrètement, ces trois matches d’ouverture se joueront à Montevideo, Buenos Aires et Asunción les 8 et 9 juin 2030, une semaine avant le coup d’envoi officiel du tournoi principal, qui se déroulera du 13 juin au 21 juillet 2030 en Espagne, au Portugal et au Maroc. La cérémonie commémorative aura lieu au stade Centenario de Montevideo, où tout a commencé en 1930.
Le Maroc, deuxième pays africain à accueillir la compétition
Ce sacre marque une avancée symbolique majeure pour le continent africain. Le Maroc devient en effet le deuxième pays africain à organiser une Coupe du monde, douze ans après le Qatar au Moyen-Orient et huit ans après l’Afrique du Sud, seul précédent africain en 2010. Pour Rabat, qui avait déposé sans succès plusieurs candidatures par le passé (1994, 1998, 2006, 2010 et 2026), cette victoire couronne une stratégie assumée de longue date.
Le dossier commun Maroc-Espagne-Portugal avait d’ailleurs reçu une évaluation technique très favorable de la part de la FIFA, avec une note de 4,2 sur 5, largement supérieure aux exigences minimales requises pour l’organisation du tournoi.
Une candidature née d’une alliance inédite entre deux continents
L’attribution du Mondial 2030 est l’aboutissement d’un processus lancé dès 2023. Pour la première fois dans l’histoire du football, des pays situés sur deux continents différents — l’Europe et l’Afrique — se sont associés pour porter une candidature commune. Cet accord tripartite a été scellé par les présidents des fédérations espagnole, portugaise et marocaine, avec le soutien de leurs gouvernements respectifs, avant que la FIFA ne confirme officiellement l’absence de candidature concurrente à l’automne 2023.
Les stades : 20 enceintes réparties dans 18 villes
Le dispositif principal du tournoi s’appuiera sur 20 stades répartis dans 18 villes d’Espagne, du Portugal et du Maroc, complétés par les trois enceintes sud-américaines réservées aux matches inauguraux.
En Espagne, pays qui fournit le plus grand nombre de sites, 11 stades ont été retenus par la Fédération royale espagnole de football (RFEF), répartis notamment entre Madrid et Barcelone. Deux stades emblématiques sont candidats pour accueillir la finale : le Santiago Bernabéu, antre du Real Madrid, dont la capacité avoisine les 80 000 places, et le Camp Nou du FC Barcelone, actuellement en pleine rénovation pour porter sa capacité à environ 105 000 places. L’Espagne avait déjà accueilli la Coupe du monde en 1982, remportée cette année-là par l’Italie.
Au Portugal, qui organise pour la toute première fois une phase finale de Coupe du monde, trois stades sont mobilisés entre Lisbonne et Porto : l’Estadio da Luz (plus de 66 000 places), enceinte du Benfica qui a déjà accueilli deux finales de Ligue des champions (2014 et 2020), l’Estadio José Alvalade du Sporting (environ 50 000 places), et l’Estadio do Dragão du FC Porto (environ 50 000 places).
Au Maroc, six stades ont été proposés, actuellement en travaux de réhabilitation et de modernisation, à l’exception d’un projet totalement inédit : le Grand Stade Hassan II, en construction sur un terrain de 100 hectares près de Casablanca (site de Benslimane), pour un budget annoncé de 5 milliards de dirhams. Une fois achevé, avec une capacité visée de 115 000 places, il devrait devenir le plus grand stade du monde. Cette enceinte est elle-même candidate pour accueillir le match d’ouverture ou la finale du tournoi, aux côtés du Bernabéu et du Camp Nou — une compétition entre stades qui alimente déjà de nombreux débats footballistiques.
Un format à 48 équipes… mais un débat à 64 qui ne s’éteint pas
Officiellement, le Mondial 2030 doit reprendre le format à 48 équipes inauguré lors de la Coupe du monde 2026 aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Toutefois, depuis mars 2025, l’idée d’un élargissement exceptionnel à 64 équipes pour ce centenaire circule régulièrement, une variante à 66 équipes ayant même été évoquée à un moment donné. Cette proposition, portée notamment par la confédération sud-américaine, se heurte à une opposition frontale de l’UEFA : son président Aleksander Čeferin l’a qualifiée de « mauvaise idée », craignant une dévaluation des phases de qualification. La confédération asiatique s’y oppose également, tout comme les trois pays hôtes principaux eux-mêmes, qui avaient bâti leur candidature sur la base d’un tournoi à 48 équipes.
L’ancien président de la FIFA, Sepp Blatter, a de son côté averti qu’un nombre trop élevé de pays hôtes ferait perdre son identité au tournoi. À ce jour, aucune décision formelle n’a été actée par le Conseil de la FIFA, et le dossier reste officiellement ouvert, même si un élargissement à 64 équipes semble de moins en moins probable selon plusieurs sources.
Les qualifications : un parcours qui a déjà commencé
Bien que la compétition n’ait lieu qu’en 2030, les mécanismes de qualification suivront une logique proche de celle du Mondial 2026, avec des campagnes organisées séparément par chacune des six confédérations continentales (UEFA, CONMEBOL, CAF, CONCACAF, AFC, OFC), sur des périodes s’étalant generalement sur près de deux ans. Pour rappel, le passage à 48 équipes a déjà considérablement élargi les quotas continentaux : à titre d’exemple, la zone Afrique est passée de cinq à neuf places directes pour la Coupe du monde 2026, avec une place supplémentaire possible via un tournoi de barrage intercontinental. Un système de qualification comparable, avec des ajustements liés à la présence des pays hôtes, est attendu pour 2030 — l’Espagne, le Portugal, le Maroc, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay étant d’ores et déjà qualifiés d’office en tant que pays organisateurs.
Des controverses qui accompagnent déjà le projet
Un tournoi aussi étendu géographiquement ne va pas sans susciter des critiques. La répartition des matches sur trois continents distincts est contestée par des supporters, des dirigeants du football et des organisations environnementales. L’argument central porte sur l’empreinte carbone : la distance considérable entre l’Amérique du Sud, l’Europe et l’Afrique du Nord impliquerait des déplacements aériens massifs, difficilement conciliables avec les objectifs de neutralité carbone que la FIFA affiche par ailleurs pour ses grandes compétitions.
S’ajoute à cela une question calendaire sensible : disputer le tournoi de la mi-juin à la mi-juillet en Espagne, au Portugal et au Maroc — des pays ayant connu des pics de chaleur dépassant les 40 °C lors des étés récents — interroge sur les conditions de jeu et la sécurité des joueurs. La FIFPRO, le syndicat mondial des joueurs professionnels, plaide déjà pour un protocole anti-chaleur indexé sur des mesures réelles de température, plutôt que sur des pauses fraîcheur à horaires fixes.
Enfin, plusieurs observateurs pointent une dimension géopolitique : le format à six pays hôtes de 2030 a mécaniquement limité, pour l’attribution de l’édition suivante, l’éligibilité aux seules confédérations asiatique et océanique. Une manœuvre qui, selon ses détracteurs, aurait été pensée pour ouvrir la voie à l’Arabie saoudite en 2034.
Et après 2030 : cap sur l’Arabie saoudite en 2034
La FIFA a également tranché, lors du même congrès de décembre 2024, la question du pays organisateur de l’édition suivante. La Coupe du monde 2034 se déroulera en Arabie saoudite, seule candidature soumise dans les délais. Le royaume du Golfe deviendra ainsi le troisième pays asiatique à accueillir l’épreuve, après le Japon et la Corée du Sud en 2002, et le Qatar en 2022. Comme pour l’édition qatarie, et en raison des températures extrêmes de la région en été, le tournoi 2034 devrait à nouveau se jouer en hiver. Contrairement à 2030, cette édition renouera avec la formule classique d’un seul pays hôte, même si le calendrier détaillé n’a pas encore été communiqué par la FIFA. Ce choix suscite déjà des critiques de la part d’organisations non gouvernementales, qui dénoncent une opération de « sportwashing » au regard du bilan du royaume en matière de droits humains, ainsi que l’impact écologique d’un projet qui nécessitera de construire la quasi-totalité des stades depuis zéro.
Ce qu’il faut retenir
| Élément | Détail vérifié |
|---|---|
| Édition | 24ᵉ Coupe du monde de la FIFA (masculine) |
| Pays hôtes principaux | Espagne, Portugal, Maroc |
| Pays hôtes commémoratifs | Argentine, Paraguay, Uruguay (un match chacun) |
| Dates du tournoi principal | 13 juin – 21 juillet 2030 |
| Matches du centenaire | 8–9 juin 2030 (Montevideo, Buenos Aires, Asunción) |
| Nombre de stades (phase principale) | 20, dans 18 villes (Espagne : 11, Maroc : 6, Portugal : 3) |
| Format | 48 équipes (débat en cours sur un possible passage à 64) |
| Décision officielle | 11 décembre 2024, congrès extraordinaire de la FIFA |
| Édition suivante (2034) | Arabie saoudite, candidature unique confirmée |
Avec ses six pays hôtes, ses trois continents et son clin d’œil appuyé à l’histoire du football, la Coupe du monde 2030 s’annonce comme un tournoi hors normes — à la fois vitrine d’un football toujours plus mondialisé et symbole des tensions, logistiques comme politiques, que soulève désormais l’organisation d’un événement planétaire de cette ampleur. Les prochains mois, entre finalisation du format et derniers arbitrages sur les infrastructures, diront si ce pari du centenaire tiendra toutes ses promesses.

