13 juillet 2026
C’est par la tête que le poisson commence à pourrir : Le Ministère de la Justice face au procès de l’autorité perdue
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C’est par la tête que le poisson commence à pourrir : Le Ministère de la Justice face au procès de l’autorité perdue

Par Reynoldson Mompoint

Port-au-Prince, le 11 juillet 2026

Le temps des interrogations

Les peuples ont souvent recours aux proverbes pour résumer des vérités que les discours politiques peinent à exprimer. « C’est par la tête que le poisson commence à pourrir » est de ceux-là. Cette maxime rappelle qu’une institution ne se détériore jamais uniquement par l’action de ses exécutants. Lorsque les défaillances deviennent récurrentes, le regard se tourne inévitablement vers ceux qui en assurent la direction.

En Haïti, la question de la sécurité est devenue l’un des principaux baromètres de la crédibilité de l’État. L’expansion des groupes armés, les déplacements forcés de populations, les attaques contre les institutions publiques et les difficultés rencontrées par les forces de l’ordre nourrissent un profond sentiment d’insécurité. Cette situation appelle une réflexion sérieuse sur les responsabilités politiques, administratives et institutionnelles.

Une police sous une pression extrême

La Police nationale d’Haïti est confrontée à des défis exceptionnels. Chaque jour, des policiers risquent leur vie dans des opérations complexes, souvent avec des ressources limitées. Plusieurs ont payé de leur vie leur engagement au service de la République.

Il serait injuste de réduire cette institution aux comportements fautifs de certains de ses membres. Toutefois, lorsque des affaires mettant en cause des policiers pour des actes graves apparaissent, elles doivent faire l’objet d’enquêtes rigoureuses, impartiales et transparentes. Une démocratie ne protège ni l’impunité ni les privilèges ; elle protège la loi.

Le rôle central du Ministère de la Justice

Le Ministère de la Justice et de la Sécurité publique ne constitue pas un simple rouage administratif. Il est chargé d’orienter la politique pénale, de superviser les parquets et de contribuer au bon fonctionnement de la chaîne judiciaire.

À ce titre, les citoyens sont fondés à évaluer son action. Les critiques peuvent porter sur l’efficacité des poursuites, la rapidité des procédures, la coordination avec les institutions concernées et la capacité du ministère à renforcer la confiance dans la justice.

Dans un État de droit, la responsabilité politique implique d’expliquer les choix effectués, de rendre compte des résultats et de reconnaître les difficultés lorsqu’elles persistent.

L’impunité, une menace pour la République

L’impunité affaiblit les institutions et décourage les citoyens qui respectent la loi. Lorsqu’une faute n’est pas sanctionnée, elle risque de se répéter. Lorsqu’un dysfonctionnement perdure sans correction, il finit par miner la confiance dans l’ensemble du système.

C’est pourquoi la lutte contre l’impunité ne peut être sélective. Elle doit concerner toute personne soupçonnée d’avoir commis une infraction, quel que soit son statut, avec le respect des garanties judiciaires et de la présomption d’innocence.

Les attentes de la population

Les Haïtiennes et les Haïtiens ne demandent pas des promesses sans lendemain. Ils attendent des institutions qu’elles garantissent leur sécurité, protègent leurs droits et fassent appliquer la loi de manière égale.

Cela suppose notamment un renforcement des mécanismes de contrôle, des enquêtes crédibles sur les allégations de faute, des sanctions lorsque les responsabilités sont établies et un soutien accru aux agents publics qui accomplissent leur mission avec intégrité.

Reconstruire l’autorité de l’État

L’autorité ne se décrète pas ; elle se construit par la cohérence, la transparence et la constance. Un ministère fort est celui qui inspire confiance parce qu’il agit avec impartialité et efficacité.

Le débat public a toute sa place pour examiner les politiques conduites, questionner leurs résultats et proposer des réformes. Cette exigence de reddition de comptes est une composante essentielle de la démocratie.

Haïti traverse une période où chaque institution est mise à l’épreuve. Dans un tel contexte, la responsabilité des dirigeants est d’autant plus importante. Restaurer la confiance passe par des actes concrets, une justice indépendante et une administration qui démontre, chaque jour, que nul n’est au-dessus de la loi.

Le proverbe demeure un avertissement : lorsqu’une institution perd progressivement sa capacité à remplir sa mission, il appartient à ses dirigeants d’en tirer les conséquences, de corriger les faiblesses et de remettre l’intérêt général au centre de l’action publique. C’est à cette condition que l’État pourra retrouver l’autorité et la confiance indispensables à son fonctionnement.

Reynoldson Mompoint

Avocat au Barreau de Mirebalais

Communicateur Social

Journaliste

mompointreynoldson@gmail.com

+50937186284

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