Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 25 juin 2026
Une décision américaine aux conséquences humaines considérables
La décision de la Cour suprême des États-Unis d’autoriser l’administration Trump à mettre fin au Statut de Protection Temporaire (TPS) accordé à des centaines de milliers d’Haïtiens et de Syriens constitue un tournant majeur dans la politique migratoire américaine. Pour les bénéficiaires haïtiens, cette mesure ouvre la porte à la perte du statut légal, à l’expulsion éventuelle et à une profonde incertitude quant à leur avenir.
Cependant, au-delà de la décision américaine, cette situation met cruellement en lumière l’échec persistant de l’État haïtien à créer les conditions nécessaires au retour de ses propres citoyens.
Le TPS : un aveu international de l’effondrement haïtien
Le TPS n’a jamais été un privilège. Il était une mesure de protection accordée à des ressortissants provenant d’un pays confronté à des circonstances extraordinaires : catastrophes naturelles, instabilité politique, pauvreté chronique et insécurité grandissante.
Durant des années, l’existence même du TPS a constitué la reconnaissance internationale d’une réalité incontestable : Haïti ne disposait pas des conditions minimales permettant à ses ressortissants de vivre en sécurité et dans la dignité. Aujourd’hui encore, cette réalité demeure.
Où sont les institutions de la République ?
Face à cette menace qui pèse sur plusieurs centaines de milliers de compatriotes, le silence et l’inaction des institutions haïtiennes sont particulièrement troublants. Le Ministère des Affaires Étrangères n’a élaboré aucun plan national crédible en prévision d’un retour massif des bénéficiaires du TPS.
Le Ministère des Haïtiens Vivant à l’Étranger, pourtant directement concerné par cette problématique, demeure pratiquement absent des débats stratégiques. Les représentations diplomatiques haïtiennes à Washington, New York, Miami, Boston ou Atlanta n’ont jamais réussi à construire une véritable stratégie d’influence susceptible de défendre durablement les intérêts des ressortissants haïtiens.
Un gouvernement préoccupé ailleurs
Pendant que l’avenir de centaines de milliers d’Haïtiens est suspendu à des décisions étrangères, les autorités nationales semblent davantage préoccupées par les équilibres politiques internes que par les défis existentiels de la nation. Le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé et les autorités de transition peinent déjà à rétablir la sécurité sur le territoire national. Les gangs continuent d’étendre leur influence. Les déplacements forcés de populations se multiplient. Les services publics fonctionnent au ralenti. L’économie demeure paralysée.
Dans ce contexte, comment envisager sérieusement l’accueil de dizaines ou de centaines de milliers de ressortissants potentiellement contraints au retour ?
L’absence totale d’un plan de réintégration
Aucun programme d’envergure n’existe pour absorber un éventuel retour massif. Aucune politique de logement n’est disponible. Aucune stratégie nationale de création d’emplois n’a été annoncée. Aucun mécanisme d’accompagnement social n’a été présenté.
L’État semble ainsi attendre que la crise éclate avant d’en mesurer les conséquences. Comme souvent, l’improvisation risque de remplacer la planification.
Une menace pour l’économie nationale
La diaspora représente l’un des principaux soutiens de l’économie haïtienne. Chaque année, les transferts financiers envoyés par les Haïtiens vivant à l’étranger permettent à des millions de familles de survivre. Une déstabilisation des bénéficiaires du TPS pourrait affecter ces transferts et fragiliser davantage une économie déjà en état de grande vulnérabilité.
Les conséquences dépasseraient alors largement le cadre migratoire pour devenir une véritable crise sociale et économique.
La responsabilité historique des dirigeants haïtiens
Les responsables politiques aiment souvent dénoncer les décisions prises à Washington, Ottawa ou Paris. Pourtant, la question fondamentale demeure : pourquoi autant d’Haïtiens continuent-ils de chercher protection et avenir ailleurs ?
La réponse est simple. Parce que l’État haïtien n’a pas été capable d’assurer la sécurité. Parce qu’il n’a pas été capable de créer des opportunités économiques. Parce qu’il n’a pas été capable de garantir les services publics essentiels. Parce qu’il n’a pas été capable de restaurer la confiance des citoyens dans leurs institutions.
Une nation abandonnée à elle-même
La fin du TPS n’est pas seulement une décision américaine. Elle agit comme un miroir révélant les profondes faiblesses de l’État haïtien. Pendant que d’autres nations travaillent à attirer leurs citoyens expatriés, Haïti peine déjà à protéger ceux qui vivent encore sur son territoire. Le drame des bénéficiaires du TPS rappelle une vérité douloureuse : la plus grande menace qui pèse sur les Haïtiens n’est pas toujours la décision d’un gouvernement étranger, mais l’incapacité persistante de leurs propres dirigeants à construire un État fonctionnel.
Et tant que cette réalité ne sera pas corrigée, chaque crise internationale continuera de révéler, avec une brutalité implacable, l’ampleur de la faillite institutionnelle haïtienne.
Reynoldson Mompoint
Avocat au Barreau de Mirebalais
Communicateur Social
Journaliste
+50937186284

