Face à la montée des discours haineux et aux tensions qui traversent de nombreuses sociétés, des artistes, historiens et survivants ont rappelé aux Nations Unies que la culture peut jouer un rôle essentiel dans la prévention des violences de masse et la transmission de la mémoire collective.
Réunis lors d’une table ronde intitulée « L’art se souvient : la culture comme témoin et moyen de prévention », les intervenants ont exploré la manière dont les œuvres artistiques peuvent contribuer à dénoncer les mécanismes de la haine, préserver les récits des victimes et favoriser la réconciliation.
Le conseiller spécial des Nations Unies pour la prévention du génocide, Chaloka Beyani, a souligné que les discours de haine constituent souvent un signal précurseur des crimes les plus graves. Selon lui, la déshumanisation et la stigmatisation précèdent fréquemment les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et les génocides.
Les discussions ont porté sur plusieurs tragédies historiques, notamment la Traite transatlantique des esclaves, la Shoah, le Génocide contre les Tutsi au Rwanda et le Massacre de Srebrenica.
La responsable du département d’histoire du Rijksmuseum, Valika Smeulders, a notamment expliqué comment les musées peuvent contribuer à revisiter des récits longtemps marginalisés, en mettant en lumière l’expérience humaine des personnes réduites en esclavage plutôt que leur seule souffrance.
De son côté, le clarinettiste israélien Nur Ben Shalom a présenté le projet Lebensmelodien (« Mélodies de la vie »), qui redonne vie à des œuvres musicales liées aux victimes de la Shoah. « L’art n’est pas neutre », a-t-il affirmé, estimant que la musique demeure un puissant outil contre l’oubli.
L’artiste et dramaturge rwandais Diogène Ntarindwa a quant à lui rappelé comment la tristement célèbre Radio Télévision Libre des Mille Collines avait contribué à diffuser la haine avant le génocide de 1994. À travers son œuvre théâtrale Hate Speech, il cherche à démontrer comment la propagande peut se dissimuler derrière le divertissement et l’humour.
Pour les participants, la culture ne constitue pas seulement un moyen de commémoration. Elle peut aussi devenir un outil de prévention, capable d’aider les sociétés à reconnaître les signes avant-coureurs de la haine et à construire un avenir fondé sur la mémoire, la compréhension et le respect de l’autre.

