SANS RESPECT DES NORMES FONDAMENTALES , PAS DE SOLUTION À LA CRISE HAÏTIENNE
Par Pierre Robert Auguste
Des organisations d’affaires se sont prononcées sur le différend entre le Gouvernement de Didier Fils Aimé, leur poulain de premier ministre et le CEP actuel, » ondoyant et divers » pour emprunter la fameuse formule de Rodrigue Casimir, principal accusateur public à l’historique procès des timbres. Elles ont appelé à un dialogue sincère entre les protagonistes. Elles ont applaudi la publication du décret électoral. Elles ont souligné l’importance et la nécessité urgente des élections . Soit!
Mais quand et comment ?
A bien analyser , cette logomachie vise plutôt les récalcitrants du CEP qui se retranchent derrière leurs bons droits constitutionnels, légaux,institutionnels d’indépendance,d’autonomie et d’assomption éditoriale ou de maîtrise assumée de leurs œuvres. Elle dégage aussi un alignement, toujours répétitif et identique ,sur la position de l’internationale,du moins de son secteur dominant. Il y a risque de se retrouver en porte à faux avec les voix du peuple dont la volonté nationale ne s’exprime pas encore.
A la vérité,tant qu’on ne comprend pas que la crise haïtienne est fondamentalement une crise normative, on continue ,continuera à s’enliser davantage. Un état dépouillé de ses prérogatives. Des institutions en pleine extralégalité. Une domination externe coercitive typée sur le modèle occupationniste américain du 19e siècle. Donc, la démocratie,qui est un ensemble de normes bien compréhensibles comme autant de points sensibles se mue en un système politique anormé, thymique, » humeurien » où les humeurs des détenteurs de la force tiennent lieu de loi et de principes à suivre. On ne construit pas un état sans une société d’hommes et femmes de caractère. On ne forme pas non plus une société sans des élites unies à une vision collective de bonheur intégral, et d’humanité entendue dans le sens de l’altérité la plus étendue. Ce sentiment,faisant défaut hier, manquant aujourd’hui, éloigne chacun de nous du consensus citoyen, de la recherche assidue de la paix sociale et de la fraternité humaine qui sont intimement liées ,ces deux dernières.
On n’a pas besoin des élections cycliques pour étendre la crise sur une autre période de 15 ans. On a besoin de bonnes élections qui recoudent le tissu social, mobilisent vers la refondation nationale, replacent plus haut la dignité du peuple haïtien sur la scène internationale, dégagent les voies pour la croissance économique équitable et la justice sociale comme normes de stabilité politique.
Le cyclisme électoral moutonnier n’est pas une garantie de bonne gouvernance. La bonne gouvernance, qui préserve contre les ingérences, implique la volonté et le devoir de bien faire selon les normes . La mercatoria prebendière et la politique anormée tuent la démocratie dans une société aussi lentement que le cancer du colon dans un corps humain.
Gonaives le 10 juin 2026
Pierre Robert Auguste

