10 juin 2026
Marnatha Irène Ternier :  »Mon Interdit »
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Marnatha Irène Ternier :  »Mon Interdit »

Je rêve à midi d’une lune tropicale.

Un soldat debout dans la lumière,

plein de sève et de silence,

dont les rayons coulent dans mes veines

comme un vieux whisky ambré,

lent tercet de feu,

incantation de lumière

venue habiter les chambres secrètes de mon sang.

J’implore l’un de ses dix rayons

de dévorer les feuilles encore vertes

où la rosée du matin s’attarde

comme une confidence sur la peau du monde.

Je jouis d’un pays intérieur

où mon Interdit, enfin dépouillé de ses chaînes,

cesse de rôder dans l’ombre de mes nuits.

Il devient mangue pain-sucre éclatée sous les dents de l’enfance,

pain chaud de liberté rompu à pleines mains

sous un ciel délivré du crépuscule.

Mais le jour se lève.

Et je me perds encore

dans un rêve interdit.

L’Interdit me saisit par le souffle.

Son ombre chaude traverse mes rivages.

Mon corps s’agrippe au sien comme une liane à son arbre de lumière.

Sous l’étoffe légère où s’emprisonne mal la chaleur du soleil,

je sens monter les laves anciennes d’un volcan longtemps contenu.

À la vue de cette métamorphose d’homme,

de ce soldat debout sur le champ d’un tendre combat,

la pluie descend alors,

avec la douceur d’une caresse

et la violence d’un aveu longtemps retenu.

Elle glisse sur les feuillages abandonnés de cette caverne secrète,

là où les saisons déposent leurs fièvres,

là où sommeillent encore

les racines profondes du désir.

Elle lave la poussière des absences,

les fantômes des élans retenus,

et réveille dans la chair

des jardins oubliés.

Alors dans mon sang

s’envolent des oiseaux de feu,

aux ailes vastes et insatiables.

Entre la lune et l’orage,

entre le jour et la nuit,

je célèbre le miracle d’exister.

Je célèbre la beauté.

Je célèbre le mystère de l’autre.

Nu devant les saisons,

offert à la fièvre des éléments,

je bois à même la source vive du monde.

La sève monte en moi

comme une marée ardente.

Chaque battement de mon cœur

épouse le rythme ancien du désir,

cette lumière sauvage

qui traverse les siècles,

consume les nuits

et refuse de mourir.

Puis vient le réveil.

Brutal.

Le retour d’un monde sans tendresse.

Et je me souviens soudain

que mon rêve porte encore un nom :

Interdit.

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