12 juin 2026
Garven Metusala, le Grenadier du Québec
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Garven Metusala, le Grenadier du Québec

Il n’était pas dans la liste initiale des vingt-six. À deux jours du premier match, l’enfant de Terrebonne (Québec), fils d’une Haïtienne et d’un Congolais, a reçu l’appel qui change une vie : Garven Metusala disputera bien le Mondial avec Haïti.

Il y a deux jours encore, son nom ne figurait pas sur la liste. Ce jeudi 11 juin 2026, à quarante-huit heures du premier match d’Haïti au Mondial, Garven Metusala a reçu l’appel dont rêvent tous les footballeurs. La Fédération l’a convoqué en urgence pour remplacer Leverton Pierre, blessé. Né au Québec, d’une mère haïtienne et d’un père congolais, ce défenseur de 26 ans se décrit lui-même comme un « beau mélange ». Le voilà, contre toute attente, Grenadier pour le plus grand des rendez-vous.

Garven-Michée Metusala voit le jour le 31 décembre 1999 à Terrebonne, dans la grande banlieue nord de Montréal, au Québec. De sa mère, il tient l’héritage haïtien ; de son père, les racines congolaises. À cela s’ajoutent la culture québécoise et l’identité canadienne. Quatre influences, donc, dans lesquelles il a puisé pour se construire. Dans un entretien au quotidien La Presse, il revendiquait fièrement ce métissage, cette façon d’être à la fois d’ici et d’ailleurs, sans jamais avoir eu à renier l’une de ses appartenances.

Cette richesse posait pourtant une vraie question sportive. Par sa naissance, Metusala pouvait porter le maillot du Canada ; par sa mère, celui d’Haïti ; par son père, celui de la République démocratique du Congo. Trois nations possibles. Il a tranché avec le cœur, qualifiant sa décision d’évidence. Quand les démarches ont abouti, sa mère, bouleversée, lui a glissé une phrase qu’il n’oubliera jamais. « Tu es enfin considéré comme un vrai Haïtien », lui a-t-elle dit, fière de le voir représenter ses racines à elle.

Son geste ne tenait pas qu’au sang. Metusala a expliqué avoir voulu soutenir un pays qu’il aime, à un moment où Haïti traverse de grandes difficultés, convaincu que la sélection peut offrir au peuple un peu de joie et quelques sourires. Son intégration, ensuite, a été facilitée par un atout précieux : il parle le créole. Cette langue, partagée avec ses coéquipiers, a aussitôt aboli les distances. Quant à son père, il a soutenu sans réserve ce choix tourné vers la moitié haïtienne de la famille.

Derrière sa trajectoire se cache aussi un homme providentiel : Angelo Jean-Baptiste. C’est lors d’un passage dans un club amateur québécois que Metusala croise cet entraîneur, qui repère son talent et lui fait une promesse : s’il continue à progresser, il le recommandera à la fédération haïtienne. La parole a été tenue. Aujourd’hui sélectionneur des moins de 20 ans d’Haïti, Jean-Baptiste reste une figure tutélaire pour le défenseur, qui reconnaît volontiers lui devoir une part de son parcours international.

De Terrebonne aux sommets canadiens
Sur le terrain, Metusala est un pur produit du football soccer québécois. Repéré jeune aux Étoiles de L’Est, il rejoint vers quatorze ans l’académie de l’Impact de Montréal, le grand club professionnel de la ville, où il se forme jusqu’en 2016. Suivent des années d’apprentissage dans des clubs semi-professionnels du Québec, loin des projecteurs. En 2021, le tournant arrive : il est repêché par le Forge FC, l’un des cadors du championnat professionnel canadien, la Première ligue canadienne. Une anecdote l’amuse encore : il ignorait avoir été sélectionné au moment de l’annonce.

À Hamilton, dans l’Ontario, le défenseur s’épanouit. En quatre saisons sous le maillot du Forge, il dispute plus de cent rencontres et s’impose comme un pilier de la charnière. Surtout, il garnit son armoire à trophées : champion de la Première ligue canadienne deux années de suite, en 2022 et 2023. En janvier 2025, il franchit la frontière pour rejoindre les Colorado Springs Switchbacks, en deuxième division américaine. Il y retrouve deux visages connus, son coéquipier Duke Lacroix et un autre Montréalais, le gardien Josué Duverger.

L’appel de la dernière heure
Avec Haïti, Metusala n’a rien d’un inconnu. Convoqué dès le printemps 2022, il honore sa première sélection le 28 mars de cette année-là, face au Guatemala. Depuis, il a réuni autour de seize capes, disputé deux Gold Cup, la grande compétition de la zone Amérique du Nord et Caraïbes, et plusieurs rencontres de Ligue des Nations. Surtout, il a pris part à la campagne de qualification, présent dans le groupe lors de la victoire historique sur le Nicaragua. Son rappel n’est donc pas un pari : c’est le retour d’un soldat de la qualification.

Le scénario s’est noué ce 11 juin. Lors d’une séance d’entraînement, Leverton Pierre se blesse à l’adducteur droit, une lésion de grade 2 qui l’écarte pour plusieurs semaines. À quarante-huit heures du match d’ouverture, Sébastien Migné devait réagir vite. Il a fait appel à Metusala, déjà présent sur le sol américain avec son club du Colorado et familier du vestiaire. Un choix logistique autant que sportif, qui a permis au défenseur de rejoindre les Grenadiers dans la région de Boston sans perdre une heure.

Le 13 juin 2026, au Gillette Stadium de Foxborough, près de Boston, Haïti retrouvera la Coupe du monde après cinquante-deux ans d’absence. Derrière les cadres Ricardo Adé et Hannes Delcroix, Metusala apportera à la défense sa taille et son jeu de tête, un atout face aux puissances du groupe, le Brésil et le Maroc. Mais au-delà du rôle tactique, c’est une histoire d’identité qui se joue. Le gamin de Terrebonne, fils d’une Haïtienne et d’un Congolais, n’avait qu’un rêve d’enfant : porter les couleurs de l’un des pays de ses parents. En une seule journée, ce rêve est devenu réalité.

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