10 juin 2026
De Port-au-Prince au Mondial : Carlens Arcus, le latéral aux deux rêves
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De Port-au-Prince au Mondial : Carlens Arcus, le latéral aux deux rêves

Contrairement à beaucoup de ses coéquipiers nés à l’étranger, lui a grandi à Port-au-Prince, jusqu’à ses 17 ans. Devenu un latéral solide du football français, Carlens Arcus n’a jamais coupé le fil qui le relie à Haïti.

Dans une sélection peuplée d’enfants de la Diaspora nés en France, en Belgique ou aux États-Unis, Carlens Arcus fait figure d’exception. Lui est né à Port-au-Prince, le 28 juin 1996, et il a grandi en Haïti jusqu’à ses 17 ans. Devenu un latéral droit solide de l’élite française, la Ligue 1, le défenseur d’Angers n’a jamais coupé le fil qui le relie à son pays. À l’approche du Mondial 2026, il incarne, plus que tout autre, la fidélité tranquille au maillot des Grenadiers.

Une enfance à Port-au-Prince
L’image que l’on se fait d’Haïti à l’étranger, Carlens Arcus s’attache à la corriger. Dans un long entretien accordé au site officiel d’Angers, il décrit une enfance heureuse et paisible, loin des clichés trop souvent accolés au pays. Le footballeur a vécu chez lui jusqu’à l’adolescence, dans une vie ordinaire et joyeuse, avant que le ballon ne l’emmène vers le grand large. Avant les essais, les prêts et les contrats, il y a d’abord eu un garçon de Port-au-Prince qui aimait jouer.

Car ses voyages ont commencé tôt. À l’adolescence, le jeune Carlens quitte une première fois Haïti pour le Brésil, où il passe environ un an dans une académie de la région de São Paulo. Il y apprend le portugais, une langue qu’il parle encore. Ce détour sud-américain, rare pour un footballeur haïtien, marque le début d’une vie de circulation entre les continents. Mais avant de devenir un joueur d’exportation, Arcus revient au pays disputer le championnat haïtien, avec le Racing Club Haïtien puis le Club Sportif Saint-Louis.

S’il y a une figure centrale dans sa construction, c’est sa mère. Carlens Arcus raconte qu’elle a beaucoup travaillé pour qu’il ne manque de rien. Et lorsqu’il évoque la qualification d’Haïti à la Coupe du monde 2026, c’est elle qu’il voit en premier. Le défenseur dit avoir lu sur son visage « cette fierté de voir son fils jouer pour son pays ». Quelques mots qui en disent long sur le sens de son aventure : derrière le joueur, il y a un fils reconnaissant.

Du reste, le latéral parle peu de sa vie privée. Il évoque tout de même une grande sœur et deux frères du côté de sa mère, et de nombreux frères et sœurs du côté de son père, plusieurs proches vivant aujourd’hui au Brésil ou aux États-Unis. Sur les origines précises de ses parents, les informations publiques restent minces : des comptes sportifs évoquent, sans confirmation solide, des attaches haïtiennes du côté paternel et un possible lien avec Trinité-et-Tobago du côté maternel. Pour le reste, l’homme cultive la discrétion, et sa présence en ligne demeure sobre, tournée vers le football.

Deux rêves, une date : Vertières
Carlens Arcus le dit lui-même : il a toujours nourri deux rêves. Le premier, signer un contrat professionnel. Le second, qualifier Haïti pour une Coupe du monde. Le 18 novembre 2025, le second s’est réalisé. Et le défenseur a aussitôt rattaché cette date à une autre, gravée dans toutes les mémoires haïtiennes : le 18 novembre 1803, jour de la bataille de Vertières, qui scella l’indépendance du pays. Lier ainsi le football à l’Histoire en dit long sur la charge symbolique qu’il accorde à ce moment.

Ce sens du symbole va de pair avec une réalité plus dure. Comme presque tous les Grenadiers, Arcus prépare ce Mondial loin d’Haïti : l’insécurité des gangs empêche la sélection de jouer à domicile, et la préparation se fait depuis les États-Unis. Pour lui qui a grandi dans un Port-au-Prince alors paisible, le contraste est saisissant. Joueur de fidélité plus que de rupture, il s’est construit par couches successives, sans tapage, et porte aujourd’hui le maillot haïtien comme un fil ininterrompu entre l’enfant du pays et le professionnel qu’il est devenu.

De Port-au-Prince à la Ligue 1
Sur le terrain, le parcours est celui d’un travailleur patient. Après le championnat haïtien, Carlens Arcus rejoint la France et le club de Troyes, dans l’est du pays, en 2015, où il évolue surtout avec la réserve avant de goûter à l’équipe première. Suivent un passage par Lille, dans le nord, puis un bref détour en Belgique, au Cercle Bruges. À chaque étape, le jeune latéral cherche le club qui lui permettra enfin d’enchaîner les matchs et de s’installer durablement.

Ce club, ce sera Auxerre, en Bourgogne. Prêté en 2017, puis recruté définitivement, il y vit ses plus belles années françaises : plus de 120 matchs de championnat entre 2018 et 2022, et un statut de titulaire. À Auxerre, le latéral droit gagne enfin en régularité ce qu’il avait longtemps cherché. C’est, pour lui, une forme de seconde naissance sportive, le lieu où il devient un défenseur fiable, capable de tenir un couloir saison après saison.
En 2022, il franchit une nouvelle frontière. Le Vitesse Arnhem l’attire aux Pays-Bas, dans le championnat néerlandais, l’Eredivisie, réputé pour son intensité. Arcus y gagne en visibilité, dispute une soixantaine de matchs en deux saisons et entre même, en janvier 2023, dans l’équipe type du mois du championnat. Une reconnaissance individuelle qui confirme qu’il a toute sa place au haut niveau européen.

En juin 2024, c’est le retour en France, à Angers, où il porte le numéro 2 et a prolongé son contrat jusqu’en 2027. Le défenseur y a retrouvé un cadre stable et un accueil qui l’a profondément touché, ému jusqu’aux frissons par la chaleur de ses coéquipiers. International depuis 2016, fort de plus d’une cinquantaine de sélections, il s’apprête à vivre, le 13 juin 2026 près de Boston face à l’Écosse, le couronnement d’une carrière bâtie sur la fidélité. L’enfant de Port-au-Prince, lui, aura déjà gagné l’essentiel : avoir porté Haïti jusqu’au Mondial.

Fiche d’identité
Nom : Carlens Jean Fedlaire Ruby Arcus
Naissance : 28 juin 1996 à Port-au-Prince (Haïti) ; 29 ans
Origines : a grandi en Haïti jusqu’à 17 ans
Nationalité : haïtienne
Profil : arrière droit (aussi milieu), droitier, environ 1,80 m
Club : Angers SCO (France, Ligue 1), n°2 ; contrat jusqu’en juin 2027
Parcours : Olé Brasil (Brésil), Racing CH et Club Sportif Saint-Louis (Haïti), Troyes, Lille, Cercle Bruges, Auxerre, Vitesse Arnhem (Pays-Bas), Angers
Sélection : Haïti, plus d’une cinquantaine de sélections, 1 but au 2 juin 2026 ; 1re cape le 2 septembre 2016
Famille : une grande sœur et deux frères du côté maternel, de nombreux frères et sœurs du côté paternel ; des proches au Brésil et aux États-Unis

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