22 mai 2026
Prof. Carly Dollin : Imbroglio politique, arme de destruction massive 
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Prof. Carly Dollin : Imbroglio politique, arme de destruction massive 

Sous l’avidité insatiable des acteurs hégémoniques de l’Hémisphère, un narratif de brouhaha politique a été concocté contre plusieurs nations de la région. Le Léviathan de ce système mondial inique est constamment entêté à rafler capital humain et ressources naturelles à travers des mécanismes asymétriques. Cette logique hégémonique s’incarne dans la doctrine de Monroe – ou « Donroe » dans sa version contemporaine – aujourd’hui exacerbée par une overdose de trumperie et donc de grotesquerie. Cette arme géopolitique cynique vise à fissurer les pylônes centraux des institutions sociétales pour produire des effets désastreux qui font croupir des populations massives dans la dépendance et la misère abjecte. En référence à la théorie de la fenêtre brisée, les conspirateurs du chaos sont bien imbus de l’efficacité de la mauvaise gouvernance comme vecteur directeur pour dessiner une trajectoire morose ponctuée de déséquilibres économiques et sociaux. Ils en font leur instrument de prédilection pour créer la pagaille et anéantir des sociétés sous emprise néocoloniale « dissimilaires par la teinte épidermique » qu’ils jugent indignes de savourer le bonheur sur terre. Ainsi, nombreux sont des pays appauvris et rendus ingouvernables tels que Vénézuéla, Cuba et Haïti pris dans l’œil de ce cyclone occidental ravageur, aux répercussions fatales particulièrement pour les plus vulnérables. 


Pure hypocrisie, lorsqu’en cette série interminable de jeux de poker-menteur, les barons de l’Hémisphère prétendent ignorer les tenants et aboutissants des grands projets mafieux et crimes de lèse-patrie perpétrés au niveau de l’Hémisphère. Sans conteste, aucune pièce du puzzle des désastres notables de l’Amérique et au-delà de l’Atlantique ne saurait échapper au maître du jeu omnipotent, quoiqu’aujourd’hui mis à nu dans sa prétendue superpuissance. En fonction des enjeux économiques ou géopolitiques, le salvateur imposteur aligne dans une droiture injuste troisième, quatrième et cinquième colonnes dans l’optique d’assouvir uniquement ses intérêts mesquins. « They want something, they do something ». Quitte à saboter la paix, exterminer la flore, la faune ou de multiples vies humaines. 

Le Bureau ovale ne se contente plus de la diplomatie de façade et du mensonge éhonté pour enclencher des conflits ou des troubles sociopolitiques destinés à satisfaire sa convoitise des ressources naturelles telles que le pétrole ou les terres rares d’autrui. Point besoin de dialectique, maïeutique, thèses, antithèses, synthèses ou Investig-Action pour établir les motifs du crime. Car, dans un aveu stupide, la vérité crue sort déjà de la bouche du POTUS actuel. Donald dit tout haut ce que ses homologues murmuraient et mijotaient sous le tapis : la puissance impériale s’approprie les richesses des autres nations soit par la contrainte, soit par la négociation imposée. 

À l’instar des nombreux feuilletons meurtriers ayant marqué les altercations de l’Occident vis-à-vis du Moyen-Orient, notre région mythique est prise aux griffes d’une voracité capitaliste démentielle qui n’hésite pas à bombarder, à sacrifier des vies humaines. Fort souvent, les génocides qui ont endeuillé l’humanité trouvent leur origine dans des crises délibérément entretenues par de véreux mercenaires de l’Occident, revêtant d’habits de généreux missionnaires afin de satisfaire sournoisement les intérêts occultes des prétendues agences internationales de paix, d’équité ou d’intégration économique. Impitoyable. 

Faudrait-il compter sur une prise de conscience du bourreau invétéré qui devrait adopter une nouvelle attitude, digne et fraternelle, pour assurer le sauvetage de la région ? Absolument pas, car cette habitude maniaque de braquage économique et de vagabondage dans les affaires politiques de la région et ailleurs devient leur première nature. De surcroît, les récents signaux du POTUS tourmenté nous ont rendus perplexes quant à un déclic de justice transnationale à observer en cette décennie de piètre leadership au niveau mondial. Ni la science ni les conventions internationales ne sont en odeur de sainteté aux yeux de l’administration actuelle dont l’incrédulité face à des menaces globales empiriquement démontrées demeure profondément troublante.

La lutte pour la justice transnationale, l’autonomie et la souveraineté paraît comme perdue d’avance pour les sociétés apparemment faibles vis-à-vis du géant hémisphérique qui se comporte comme un véritable roi dans une jungle ensanglantée. Il ne faut pourtant pas baisser pavillon, car l’histoire nous révèle que de nombreuses victoires ne s’acquièrent pas d’abord par la force, mais par la foi. Les sociétés dépouillées et pulvérisées, à l’image d’Haïti, ne doivent pas entrer dans un cycle vicieux de découragement qui constituerait l’ultime étape psychologique de leur effondrement général. Elles sont interpellées à continuer d’agir et de nourrir l’espoir vers un changement positif, au profit de la collectivité. 

Face à chaque Pharaon, surgira un Moïse libérateur ; face à tout Goliath prétendument invincible, un David finira toujours par émerger ; face à un Bonaparte condescendant, il y avait les stratèges Toussaint, Dessalines et consort pour défier l’ordre colonialiste bestial. En tant que dignes héritiers des gènes des génies immortels ayant déjà réalisé des prouesses impossibles, les descendants Haïtiens doivent continuer de croire qu’un moment de miracle surviendra. Oui, un jour, ces faux-amis obstinés à étrangler Haïti finiront par lui foutre la paix.

Une bombe atomique subtile

Dans les arcanes du néocolonialisme diabolique, le chaos politique est souvent amorcé comme une bombe atomique subtile, dans l’intérêt d’une corpocratie prédatrice, davantage préoccupée par l’accumulation du profit gigantesque que par le bien-être collectif de la majorité des habitants de la planète. Pourtant, les inégalités criantes sont perçues également comme une bombe à retardement qu’il faudrait incessamment désamorcer. C’est le point de vue émis par de multiples éminents économistes à l’instar de Thomas Piketty et Joseph Stiglitz. Ceux-ci prônent une meilleure redistribution de la richesse mondiale dans la perspective de réduire les inégalités et d’éradiquer la pauvreté. L’économiste Gabriel Zucman, dont les recherches portent sur les inégalités, les paradis fiscaux et l’évasion fiscale abonde dans le même sens. Il propose des quotas de prélèvement fiscal sur la fortune des ultrariches. 

Dans les lentilles telles sommités de la sphère académique, tant intéressées à l’équité et au codéveloppement, la persistance des inégalités et de la pauvreté ne réside pas dans l’absence de moyens. Le véritable obstacle se situe au niveau de la volonté précaire des tenants politiques et économiques à endiguer ce fléau. La convergence vers un idéal humaniste où la paix, la joie et le sourire habitent les visages de tous requiert définitivement de procéder à des choix politiques et institutionnels courageux qui restructurent la répartition de la richesse mondiale. On est en droit de se demander, avec justesse, à quoi sert l’existence de milliers de multimilliardaires dans un monde rongé par les inégalités. D’ailleurs, même les individus les plus robustes ne vivent pratiquement pas un siècle. 

En dépit de la projection d’une harmonie mondiale au profit de tous à émaner du mécanisme de redistribution de richesse, l’humanité est encore loin de remporter cette victoire vers la convergence économique. Plusieurs analyses approfondies laissent augurer une hypocrisie patente au cœur des institutions internationales qui disent œuvrer contre les injustices sociales. Dans son livre au titre percutant, « Confessions d’un assassin économique », John Perkins illustre dans une sombre clarté les missions macabres accomplies par des experts malhonnêtes qui infiltrent des gouvernements indécents sous l’auspice de puissantes agences multinationales. Ces « intellectuels petits » participent activement à la paupérisation et l’ingouvernabilité des sociétés ciblées par la gourmandise du capitalisme. Il s’agit d’un aveu personnel de l’auteur, ancien haut-cadre d’une influente agence internationale. 

À retenir que n’étaient les prémisses exigées par le paradigme du « diplomatiquement correct », les institutions internationales ne promettraient même pas théoriquement l’éradication de la pauvreté et la concrétisation de la prospérité partagée. Car en réalité, le sentiment de défis communs suscités par les multiples problématiques du cosmos – socioéconomiques, démographiques, écologiques – auxquelles prétend confronter l’humanité n’affecte pas les émotions des multimilliardaires pullulés dans la lumière comme dans l’obscurité par les sociétés industrialisées. 

Des mécanismes modernes s’avèrent essentiels en vue de changer le sombre tableau d’une extrême pauvreté et une persistante inégalité entre les pays et à l’intérieur des pays. Le projet consistant à vivre dans un monde équitable, en réduisant les inégalités, s’avère Pareto-efficace en ce sens qu’il produira une hausse de satisfaction des plus défavorisés sans nécessairement réduire celle des ultrariches. Tel est le paradigme que la géopolitique moderne devrait plutôt entretenir. Mais force est de constater que cela fait déjà un lustre depuis que se tient cette juste plaidoirie qui peine à se matérialiser.  

En fin de compte, il est clair que le rêve d’un monde juste et équitable passe par le transfert de la fortune des plus riches vers les plus démunis. Cependant, des stratégies alternatives allant au-delà de la simple dialectique méritent d’être développées par les peuples appauvries pour que ce rêve d’enrayer les effets néfastes du fléau de l’ingérence et des inégalités ne demeure pas un chimère. 

La politique sale, au service de l’oligarchie économique

Au grand dam de l’équilibre planétaire, les ultra-riches mènent un mode de vie extravagant où ils effectuent des investissements massifs à l’empreinte carbonique démesurée. Les accords et engagements issus des multiples COP portant sur le changement climatique ne sont définitivement que des promesses creuses. Voyages superflus en jets privés, excursions en yachts hyper onéreux et surexploitation des industries extractives comptent parmi les activités énergivores adulées par les ultrariches qui contribuent à l’aggravation des crises climatiques. Dans une lâcheté compromettante, les dirigeants les plus influents du globe ratent volontairement l’opportunité d’appliquer le principe pollueur-payeur à titre de ticket modérateur pour dissuader ces perturbations qui constituent des facteurs majeurs de l’anthropocène. 

Malheureusement, à travers un copinage politico-économique malsain, les oligarques de l’élite économique crasseuse se cachent derrière les boucliers des cercles politiques et des puissantes agences internationales pour tirer leurs épingles du jeu d’enrichissement déloyal. Un œil dans le dossier Epstein laisse augurer que les plus insensés tenants du pouvoir et des finances mondiales exagèrent dans leur démence en se défoulant dans la pédophilie et le proxénétisme. « Deux poids, deux mesures » : la justice protège ces puissants bourreaux tout en livrant les plaintives à la boucherie. La lutte contre les extrêmes injustices, les inégalités et la dépravation à la plus haute sphère politique et financière ne sera pas acquise sans marquer une fracassante rupture de ce duplex toxique entre pouvoir oligopolistique et influence politique. 

La minorité détentrice de la majorité des ressources économiques limitées du globe continue d’amasser des fortunes colossales, au mépris des principes de protection de la santé des travailleurs. Ces richissimes dépourvus d’humanité assouvissent leur gourmandise en faisant déloyalement acquisition de « biens périssables », quitte à abêtir leurs semblables dans un esclavage moderne qui les extermine à petits feux. Ils exploitent de manière abusive des sociétés vulnérabilisées par des astuces économiques et géopolitiques souvent sinistres. 

Au moment même de la rédaction de cet article, une multitude d’hommes, de femmes et d’enfants sont réduits en esclavage, en travaillant sans le minimum de protection au fonds des mines de la RDC et bien d’autres pays africains. Ces misérables familles y expérimentent des traumatismes et contractent des maladies incurables que leurs modiques salaires ne sauraient jamais compenser. Les multiples pathologies (cancer, tuberculose, surdité et cécité précoces) subies par ces familles exposées à des conditions infrahumaines ne résultent pas d’accidents de travail. Leur sort tragique a été prémédité au laboratoire de la flibusterie internationale qui les surexploite et prévoit tout bonnement de classer le nombre effarant de malades et décès de ces familles abusées dans le tiroir du dommage collatéral. 

Quand cette farouche flibusterie égocentrique ne démolit pas le centre névralgique des petites économies fragiles via des mécanismes irréguliers perceptibles à l’œil nu tels que les invasions ou kidnappings de leurs leaders « soi-disant rebelles », elle les déstabilise subrepticement en des manipulations, diffamations et stratagèmes subtiles qui alimentent conflits et chaos politiques. À propos de nations emblématiques victimes de la géopolitique hypocrite orchestrée par le laboratoire dévastateur instrumentalisé par l’Occident omniscient, Haïti constitue un véritable prototype. Suite de coups d’État, acéphalie, confusion multicéphale à la magistrature suprême, transitions interminables ; les flibustiers du Nord ont téléguidé tous les coups mortels qui ont enfanté cette crise multifacette qui sabote la stabilité et plombe le développement inclusif et endogène d’Haïti. 

Vers le virage qualitatif 

Un changement profond s’impose afin de renouer avec la paix, la sécurité et la vie dans la Cité. Toutefois, ce virage qualitatif ne sera pas effectif si la société ne cesse d’accepter que siègent à la tête de l’État des corrompus et poltrons incapables d’exiger des renégociations géostratégiques qui mettent l’intérêt de la collectivité au premier plan. La noble tâche de rétablir l’équilibre sociétal ne saurait être incombée à des amateurs et de véreux jouisseurs dépourvus de leadership, de vision et du sens du bien commun. Cette vocation sacrée de gouverner dans la loyauté et la rationalité revient plutôt à l’élite probe, qui doit définitivement s’engager politiquement. 

Cette juste plaidoirie pour un mariage heureux entre le politique et le scientifique date de plusieurs siècles. Par exemple, dans La République, Platon préconisait : « Puissent les philosophes devenir rois, ou les rois devenir philosophes ». Il vient le temps pour Haiti d’emboîter le pas aux sociétés émergentes qui axent leur gouvernance sur un capital humain honnête et compétent.

Les tenants du système impérialiste doivent cesser de postuler qu’ils favorisent le progrès des sociétés du Sud alors qu’ils pillent leurs ressources humaines et naturelles. Les dignes descendants de Dessalines ont besoin d’assumer pleinement le destin du pays par l’autodétermination et par l’expression libre et souveraine de ses choix politiques à travers et au-delà des urnes. Que cette flibusterie sournoise enlève ses griffes létales pour cesser son emprise sur Haïti qu’elle a trop vidée de ses forces vives.

Carly Dollin

carlydollin@gmail.com

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