22 mai 2026
Huitième partie  »IL FAUT SAUVER CARTHAGE », de Robert Lodimus 
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Huitième partie  »IL FAUT SAUVER CARTHAGE », de Robert Lodimus 

Robert Lodimus

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Il faut sauver Carthage

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Huitième partie

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Sauver Carthage, c’est anéantir le néolibéralisme

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     « Vous me demandez ce qui me pousse à l’action? C’est la volonté de me trouver au cœur de toutes les révoltes contre  l’humiliation, c’est d’être présent, toujours et partout, chez les humiliés en armes. »

                                                                 (Ernesto Che Guevara)

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     Nous nous sommes réveillés le samedi 11 avril 2020 à l’aube avec l’idée que le Christ venait de décéder la veille, vendredi après-midi, dans l’indifférence mondiale. Sincèrement, y avons-nous pensé nous-mêmes? C’est vrai qu’avec le temps, les traditions socioreligieuses ont beaucoup changé. Le dimanche, qui était autrefois le jour consacré au Seigneur, est usurpé par les forces capitalistes qui cherchent toujours les moyens de mousser leurs plus-values. Le salarié n’a plus de repos. Toute sa vie est vendue au « Diable » de l’impérialisme. Le « dieu » de l’argent n’est-il pas en train de déloger tranquillement le « Dieu » du paradis? Au Canada, les églises vaticanes se ferment les unes après les autres. Pour défaut d’acquittement des bordereaux de l’eau chaude, de l’électricité, du chauffage etc. Plusieurs édifices où les fidèles allaient rencontrer le « Bon Dieu » le dimanche, recevoir le sacrement de l’Eucharistie, manger le corps et boire le sang du Christ ont déclaré faillite. La Noël, la Fête-Dieu, le Carême… ont perdu de leur caractère de sacralité et de solennité. Enfants, mon feu frère et moi profitions de la journée du Vendredi saint pour contrevenir à certains principes de discipline fixés par Emmanuel et Eliza : notre père et notre grand-mère consanguine. Un « Sabbatum Sanctum » (Samedi saint), comme aujourd’hui, nous nous éloignâmes sans permission de la maison avec notre cerf-volant sous le bras, pour aller rejoindre d’autres gamins du quartier qui se réunissaient sur un terrain vague et abandonné. Grand-mère n’avait pas tardé à se montrer sur les lieux du « crime », qu’il faut interpréter dans le sens de « désobéissance ». Elle nous sommait de la suivre immédiatement. En cours de route, elle ne cessait de répéter que nous l’avions échappé belle. La vieille croyait que c’était un péché grave de se mettre en colère, de gronder les enfants voire de les fouetter le jour où le Christ se reposait dans la mort. L’après-midi, les fidèles catholiques, toutes les couches sociales confondues, s’habillaient en blanc et en noir, pour accompagner Jésus le charpentier à sa dernière demeure. L’évêque de la cathédrale Saint-Charles-Borromée, flanqué d’une dizaine de curés et d’une petite poignée d’enfants de chœur, prenait la tête du convoi funèbre, sans cadavre, qui ceinturait la ville. Une fois, en pleine procession, nous demandâmes à Eliza si elle pouvait nous dire « pourquoi Jésus est-il mort chaque année ? » Elle avait répondu à voix basse, pour ne pas troubler le silence de la marche mortuaire : « Tais-toi! Tu es trop petit pour comprendre. Cela s’appelle un mystère! » Lorsque nous n’eûmes plus sept ans, parce que nous avions pas mal grandi, nous comprîmes que grand-mère, non plus, ne comprenait pas… C’est cela, les religions des impérialistes! On vous demande d’obéir, sans prendre le temps de vous expliquer! Le néocolonialisme fonctionne sur la base de l’ignorance et de l’aliénation sociale. C’est la seule façon pour lui d’éviter que ses innombrables victimes accèdent à « l’arbre de la connaissance du bien et du mal ». Le savoir amène la conscientisation qui, elle-même, engendre la résistance, l’insurrection, la révolte, la désobéissance, et en dernier lieu provoque la révolution. 

     Tout est « absurde » dans ce monde qui fut pourtant créé pour le bonheur, pour l’épanouissement de l’humanité. Mais quelle humanité?  Regardez autour de vous! Et dites-nous où vous la voyez, cette foutue « humanité » qui s’est dévoyée au cours des siècles pour « édéniser » une oligarchie devenue exagérément rapace et étonnamment impassible! La guerre, l’exploitation, la misère, l’asservissement, la haine et l’égocentrisme ont traversé toutes les périodes de l’existence humaine. Depuis l’Antiquité, des rois, des sultans, des empereurs, des présidents… rêvent de posséder entièrement les êtres et les choses. De régner par la force sur les mers et sur les terres. Les Mongols barbares, conduits par le petit-fils de Gengis Khan, Houlagou Khan, détruisirent Bagdad en 1258. Ils allèrent jusqu’à brûler la grande bibliothèque qui était considérée comme le lieu de départ de toutes les connaissances scientifiques qui ont fait avancer les sociétés mondiales. Le nombre de Bagdadis assassinés, massacrés atteignirent près d’un million. L’histoire du monde est triste, déroutante, pénible à remonter. Impossible de ressasser les souffrances vécues, les mauvais traitements subis par les Africains dans les plantations de Saint-Domingue, sans avoir des larmes qui nous montent aux yeux! Il ne s’agit pas d’une situation de dysrégulation ou de labilité émotionnelle; mais d’une tension inextinguible, qui se traduit par la manifestation de symptômes somatiques, spécifiques, modulés par des sentiments d’impuissance et de révolte. Il n’est pas question non plus de reflux de frustration… 

     Nous n’encenserons jamais les Bonaparte des temps anciens et nouveaux. Boris Vian a écrit en 1946 le roman  « J’irai cracher sur vos tombes », pour dénoncer le racisme dans le Sud des États-Unis. Le livre est aussi le récit d’un métis qui cherche à venger son frère lynché par des individus cruels et impitoyables. Le titre de l’œuvre est choquant. Mais ceux-là qui oppressent les peuples vulnérables ne parlent eux-mêmes que le langage de la violence. La « révolution » n’a rien à voir avec la « charité » crasse, mesquine et narcissique.  Jadis, esclaves des Grecs ou des Romains. Hier, esclaves des Espagnols, des Français, des Anglais… Aujourd’hui, nous voici esclaves du « Capital ». Quel triste destin, dirait-on, pour ceux-là qui sont nés sous une mauvaise étoile! Bizarre! Même les étoiles du ciel n’échappent pas au manichéisme ridicule. Comme dans le cinéma hollywoodien : les bons et les méchants! Seulement dans le cas qui nous concerne, ce sont les bons qui perdent et les méchants qui gagnent! Les cimetières du monde en sont remplis : Boukman, Toussaint Louverture, Jean-Jacques Dessalines, Abraham Lincoln, Charlemagne Péralte, Sanite Belair, Thomas More, Amilcar Cabral, Patrice Lumumba, Jacques Stephen Alexis, Adrien Sansaricq, Ézéchiel Abellard, Gasner Raymond, Mouammar Kadhafi, Hugo Chavez… Ils sont tous morts au devoir, parce qu’ils croyaient en leur rêve noble et honorable : celui de changer l’ordre de l’univers au profit des « sans voix ». De redonner à la terre sa vocation originelle. De la rendre décente, supportable au même niveau pour les « créatures » auxquelles elle était prédestinée. Nous ne disons pas sans exclusion! Ces héros majestueux, ces éternels philanthropes ont répandu leur sang, juste avant de rendre leur dernier soufle, sur trois termes juxtaposés et indésoudables : Liberté, Égalité, Fraternité. Les « Caïn » de l’impérialisme supportent mal les chantres, les « sambas » et les chevaliers qui prônent la Justice sociale, l’Équité économique et la jouissance des droits politiques.  

     Les terriens se retrouvent aujourd’hui devant le dilemme d’une « humanité » tordue, qui se montre totalement « déshumanisée » envers ses membres les plus faibles, qui se révèle aussi hideuse que le Quasimodo de Victor Hugo dans « Notre-Dame de Paris », mais sans l’âme généreuse du troublant personnage, et qui n’arrive pas à se regarder dans le miroir moral de Jean Cocteau, sans avoir envie de le briser pour cacher la honte de ce qu’elle est devenue avec le système économique esclavagiste. Depuis la légende mystérieuse de Babel, n’a-t-elle pas effectivement volé en éclats, cette « humanité » fausse, trompeuse, hypocrite et prétentieuse? Elle est divisée par les « races », les sexes, les langues, les couleurs, les continents, les pays, les villes, les bourgs, les villages, les avoirs et les pouvoirs. Comment rassembler ces « protons, ces neutrons et ces électrons humains », tellement incohérents, déraisonnables, égoïstes, haineux, félons,  sans courir le risque de faire exploser l’atome qui symbolise pour nous la terre? Si l’un est coupable d’être riche, l’autre n’est-il pas aussi coupable d’être pauvre? 

     Comment concilier les intérêts de tous les milliardaires recensés sur la planète avec ceux d’une multitude de souffre-douleurs qui vont prier tous les matins et tous les soirs dans les temples protestants et catholiques, dans les pagodes, les péristyles et les mosquées pour que le Bon Dieu, dans sa bonté infinie, fasse pleuvoir des paquets de spaghettis, des sacs de petit-mil, de patates douces, de maniocs sur les bidonvilles, les favelas et les terres sèches des régions subsahariennes, sans oublier celles de la république d’Haïti? Où faut-il placer les Bill Gates, les Warren Buffett, les Sheldon Adelson, et tous les autres membres du clan des milliardaires qui regardent crever cette « humanité » controversée, sans ressentir le moindre sentiment d’émotion et de pitié? Nous ne disons même pas de culpabilité. Ces « insouciants bienheureux » forment plutôt un petit « noyau de salauds » qui ne gardent pas les deux pieds sur terre. Ces « inconscients » vivent dans l’espace, cherchent à se rapprocher du « Bon Dieu », à bord de leurs Jets privés. Et ils ne se soucient que de leur fortune, de leur famille et de leurs amis. Ils ont la capacité de se tenir debout devant le  drame de l’univers,  en mangeant du caviar et en buvant du vin rare conservé dans leurs caves précieuses. 

Détruire le néocolonialisme

     Aujourd’hui, la « Création » est noyée sous des tonnes de termes et de  concepts intellectuels qui divisent et opposent les êtres et les choses, au lieu de les rapprocher, de les solidariser : maître et valet, patron et salarié, riche et pauvre, savant et illettré, Blanc et Noir, etc. Il faut un mouvement politique révolutionnaire pour éradiquer les sources des rapports de domination sociétale qui élèvent une minorité et qui abaissent une majorité. Le fonctionnement de la planète doit recouvrer l’esprit de la Genèse. Aucun parmi les êtres humains n’a été créé pour être grand ou petit.

     Il serait complètement irresponsable et utopique de croire que l’action politique, dans le sens de recherche des intérêts des masses populaires, doit être menée sur la base d’un « inclusionnisme » stupide. Souvenez-vous du livre deutéronomique de la Bible hébraïque qui raconte la traversée du désert des Juifs libérés de l’Égypte pharaonique. Plusieurs d’entre eux ne virent pas la terre promise. Ils furent brulés par la foudre du ciel, pour avoir désobéi à l’Éternel et trahi leur chef Moïse. En politique, chacun est responsable de ses actes. Celui qui agit contre la « Révolution » du peuple mérite un châtiment juste et proportionnel. Comme dit le film de Giorgio Stegani : « Pas de pitié pour les salopards! » En Haïti, ceux-là qui parlent d’emmener les politiciens conservateurs à la table d’une « Conférence nationale souveraine », vouée à l’échec avant même qu’elle débute, sont en train de se ridiculiser. Ils n’ont pas visité les grands théoriciens de la science politique. Ils méconnaissent Lénine, Trotsky, Proudhon, Mao… Lisez ce que Jean Baechler écrit en 1976 dans « Qu’est-ce que l’idéologie? », publié aux Éditions Gallimard : 

     « La première fonction de l’idéologie réside dans la nécessité de se reconnaître entre amis – c’est-à-dire tous ceux qui participent à un combat politique du même côté – et de désigner l’ennemi. Chaque camp a besoin de signes, de symboles, de mots d’ordre, de discours pour rallier ses partisans et, par le fait même,  exclure les autres. » 

     La Russie de Staline a fracassé le crâne de Trotsky qui est décédé de ses blessures au Mexique. Les États-Unis ont fait pendre Saddam Hussein en Irak. Exécuter sommairement Oussama Ben Laden au Pakistan. La France de Sarkozy est citée dans l’assassinat de Mouammar Kadhafi en Lybie. Israël est accusé dans l’empoisonnement de Yasser Arafat. La Belgique a découpé en rondelles Patrice Lumumba… Ce ne sont pas les exemples qui manquent pour prouver que les États ne négocient pas avec leurs ennemis. Ils s’en débarrassent.  

     La nouvelle Haïti se fera uniquement avec des femmes et des hommes politiques qui sont restés debout dans l’honneur et dans la dignité. Ceux-là qui ont couché avec « Satan », et qui ont contribué aux malheurs de la Nation, ne verront pas poindre le soleil de Jacques Stephen Alexis dans le ciel de la « Révolution ». « Pas de pitié pour les salopards! »                   

     Voici ce que nous avons écrit dans l’ouvrage « Le Grand Combat contre le Capital » qui est paru en hiver 2021, c’est-à-dire après la sortie de notre roman « L’inconnu de Mer Frappée » au début de l’été 2020 : 

     « Les camarades qui mènent le combat acharné contre les « idéologies hallucinogènes » induites par le « capitalisme assassin » ont  hérité de Platon, d’Aristote, de Thomas Hobbes, de Karl Marx… la connaissance du « Bien » et du « Mal » qui permet de scruter, d’analyser, d’interpréter les réalités sociopolitiques et économiques ambiantes, et de les transformer au profit d’une société de justice, d’équitabilité, d’impartialité… Le soleil d’une « Révolution planétaire » percera tôt ou tard les nuages de l’exploitation des masses ouvrières. Et les larmes de souffrances des populations opprimées d’un Sud triomphant couleront finalement sur les joues d’un Occident vaincu et humilié. »

     Les habitants de la planète commencent à s’éveiller. L’affaire George Floyd, ce Noir assassiné par quatre policiers blancs au Minnesota, a ravivé les flammes de conscientisation sociale, politique et économique. Les pauvres de la terre comprennent la nécessité d’unir leurs forces pour renverser le système de société qui les emprisonne dans l’insécurité multidimensionnelle. Des manifestations ont éclaté partout pour soutenir la cause des Noirs. Les Blancs, exploités par l’État bourgeois, se sont joints au mouvement. Ce n’est pas une question de couleur. Mais d’êtres humains. Ce n’est pas une histoire de suprématie raciale. Mais de dignité humaine. L’assassinat de Georges Floyd, et de toutes les autres victimes du racisme du « Capital », devrait changer quelque chose dans le monde.  

     La peur empêche les individus d’être Libres, mais ne les empêche pas de mourir. Tôt ou tard, la mort sera au rendez-vous. Chacun de nous doit être digne de la recevoir dans sa résidence, dans la rue ou à l’hôpital, c’est-à-dire avec l’assurance d’avoir accompli ses devoirs envers son prochain et soi-même, d’avoir exercé ses droits, et le plus important, d’avoir combattu l’injustice sous toutes ses formes. Comme l’ont fait Che Guevara, Fidel et Raúl Castro, Jacques Stephen Alexis, Chris Hani, Thomas Sankara, etc.

      Che Guevara            Fidel Castro              Raúl Castro          Jacques S. Alexis

                                  Chris Hani                                Thomas Sankara

     La date du 10 mai 2013 a été adoptée et retenue  en France comme le Jour consacré officiellement à la commémoration de l’esclavage, selon la loi Taubira.  L’ex-président français, François Hollande, reconnaît sans détour que c’est une honte pour son pays d’avoir le sang des Africains et  des Indiens sur la conscience. La France, au même titre que l’Espagne, l’Angleterre, la Hollande …, admet finalement qu’elle a construit sa « civilisation » avec les retombées honteusement bénéfiques du phénomène dégradant de la « destruction » et de la « bestialisation » de la personne humaine. Les descendants de Napoléon Bonaparte ont donc avoué publiquement, officiellement qu’ils se reconnaissent – d’une certaine manière comme l’Allemagne d’Hitler et ses nazis, l’Italie de Mussolini et ses miliciens dans les pogroms juifs –  des responsabilités lourdes de conséquences dans cet immense crime commis contre l’humanité, reproché aux puissances esclavagistes et organisatrices de la traite négrière durant une période s’étalant sur trois longs siècles. 

     Les nazis, Milosevic, Pinochet, Taylor…, tous ils furent accusés de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité. Il y en a parmi eux qui sont aujourd’hui décédés. D’autres, comme l’ancien président Bush, attendent leur inculpation formelle en prenant la précaution de restreindre leur droit de libre circulation à l’étranger. 

    Pour l’Europe coloniale, l’esclavage recèle non seulement des périodes de torture, de meurtre et d’assassinat, mais encore des situations fracassantes de pillage et de vol, des cas horribles de violence sexuelle exercée sur des mineures et des adultes… Il existe donc un lot de facteurs aggravants qui culpabilisent les pratiques de domination et d’asservissement développées par les conquistadors européens racistes et qui ont favorisé  l’élévation du mercantilisme international et du « corporatisme » au stade suprême de système. 

Robert Lodimus

IL FAUT SAUVER CARTHAGE

(Neuvième partie : POUR LES CARTHAGES DU MONDE, essai).

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