PORT-AU-PRINCE, 16 avril 2026 (Rezo Nòdwès) — Une charge argumentée contre les mécanismes actuels de la transition a été formulée jeudi à Pétion-Ville par Pierre Robert Auguste, président de l’Association des Entrepreneurs de l’Artibonite (AEA), à l’occasion d’une rencontre entre le secteur privé et le Bureau intégré des Nations unies en Haïti. L’intervention, structurée autour de considérations juridiques et politiques, met en cause la validité du pacte encadrant la stabilité institutionnelle et l’organisation des élections, qualifié de « vicié » et dépourvu de fondement conforme à l’intérêt général.
L’orateur a d’abord contesté le cadrage même de la réunion, estimant qu’il s’inscrivait dans une logique de validation implicite d’un accord politique dont les bases seraient affectées d’irrégularités substantielles. Selon lui, la formulation du débat conduirait à un enfermement discursif, assimilable à un procédé de ratification indirecte, incompatible avec les exigences de transparence et de sincérité attendues dans un contexte de transition. Cette critique s’accompagne d’une dénonciation d’arrangements politiques décrits comme orientés vers la conservation du pouvoir au bénéfice d’intérêts particuliers.
Sur le plan normatif, Pierre Robert Auguste a relevé que le pacte se réfère expressément à la Constitution, ce qui, en droit public, emporte l’obligation de conformité à ses prescriptions. Il soutient néanmoins que plusieurs dispositions du document — notamment celles relatives à la structuration du pouvoir exécutif et à l’organisation du processus électoral — seraient entachées de forclusion et de contrariété avec l’ordre constitutionnel en vigueur. L’absence d’un président de la République régulièrement investi est, selon lui, de nature à compromettre la légalité même de toute initiative électorale, dans la mesure où la fonction de chef de l’État demeure juridiquement irremplaçable dans l’architecture institutionnelle.
L’intervention a également porté sur la question de la représentativité du secteur privé. Le président de l’AEA a affirmé que les entités présentes lors de la réunion ne sauraient être assimilées à l’ensemble du tissu économique national, majoritairement constitué de petites et moyennes entreprises. Il a dénoncé une confusion terminologique entre intérêts sectoriels restreints et représentation économique globale, y voyant une forme de captation du discours public par des groupes disposant d’un accès privilégié aux centres de décision. Dans cette perspective, il a plaidé pour une recomposition inclusive du secteur privé, intégrant les entrepreneurs régionaux et la diaspora, considérés comme des acteurs essentiels du développement.
En outre, des précédents de structuration interrégionale du patronat ont été évoqués, notamment les tentatives de coordination menées sous l’impulsion de Olivier Nadal à travers une conférence des associations patronales. Selon Pierre Robert Auguste, ces initiatives, bien que pertinentes, n’ont pas permis d’aboutir à une représentation équilibrée et pérenne, laissant subsister des déséquilibres dans la gouvernance économique.
Enfin, l’orateur a mis en cause le positionnement des acteurs internationaux impliqués dans l’accompagnement de la transition. Il a évoqué un déficit de cohérence et de sincérité dans leur action, suggérant que certaines prises de position diplomatiques auraient contribué à consolider des configurations politiques contestées. Cette lecture critique inscrit la crise haïtienne dans une dynamique où les interactions entre acteurs nationaux et partenaires extérieurs participeraient, selon lui, à la reproduction des blocages institutionnels.
La réunion organisée par le Bureau intégré des Nations unies en Haïti s’inscrit dans un processus de consultations visant à recueillir les positions des différentes composantes nationales, alors que persistent de profondes divergences sur les modalités de sortie de crise, dans un environnement marqué par l’insécurité, la fragilité institutionnelle et l’incertitude électorale.

