22 septembre 2026
La position de la communauté internationale sur Haïti et les perspectives d’avenir
Actualités

La position de la communauté internationale sur Haïti et les perspectives d’avenir

Par Patrick Prézeau Stephenson 

Contexte

La crise sécuritaire grandissante en Haïti a de nouveau placé le pays au cœur des délibérations internationales. Les gangs contrôlent désormais environ 85 % de la capitale, Port-au-Prince, et ont étendu leur emprise aux zones avoisinantes, compromettant gravement la stabilité du pays. Dans ce contexte, une mission de Soutien Multinational Sécuritaire (SMS) dirigée par le Kenya a été déployée en vertu de la Résolution 2699 du Conseil de sécurité de l’ONU en octobre 2023 pour appuyer la Police Nationale d’Haïti (PNH) dans la reprise du contrôle. Cependant, malgré certains progrès, la mission fait face à des déficits graves en financement et en ressources, suscitant des appels à sa transformation en opération de maintien de la paix des Nations unies[1].

Le Débat au Conseil de Sécurité de l’ONU

Le 20 novembre 2024, le Conseil de sécurité s’est réuni pour discuter d’une proposition menée par les États-Unis, avec le soutien de l’Équateur, visant à transformer la mission MMS en une opération de maintien de la paix pour garantir un financement durable et une capacité opérationnelle renforcée. Cependant, la Chine et la Russie se sont fermement opposées à cette proposition, invoquant plusieurs préoccupations clés[2] :

• Position de la Chine : L’ambassadeur adjoint de la Chine à l’ONU, Geng Shuang, a souligné que le mandat de la mission SMS avait été récemment renouvelé et a estimé que discuter de sa transformation en une opération de maintien de la paix serait prématuré et contre-productif. Il a insisté sur le fait que les forces de maintien de la paix de l’ONU ne sont pas adaptées à des opérations de combat contre des gangs, rappelant que leur mission est d’intervenir là où la paix est déjà établie[2].

• Position de la Russie : L’ambassadeur adjoint de la Russie à l’ONU, Dmitry Polyansky, a exprimé son « choc et horreur » face à la détérioration de la sécurité à Port-au-Prince, tout en critiquant les États-Unis et les autres soutiens de la mission SMS pour leur incapacité à la financer de manière adéquate. À l’instar de la Chine, la Russie a souligné que l’environnement chaotique en Haïti est inadapté à une mission de maintien de la paix et a rappelé que les forces de l’ONU ne devraient pas être utilisées pour lutter contre la criminalité urbaine ou pallier les défaillances systémiques de gouvernance[2].

Ces objections interviennent alors que la mission SMS ne compte qu’environ 430 agents sur les 2 500 promis, principalement venus du Kenya, avec de petites contingents des Bahamas, du Belize et de la Jamaïque. Le fonds fiduciaire des Nations unies qui soutient la mission a reçu à peine 85 millions de dollars, bien en deçà des 600 millions de dollars nécessaires pour déployer une force complète pendant un an.

La Position des États-Unis et de leurs Alliés sur le Maintien de la Paix

Les partisans de la transition soutiennent qu’une mission de maintien de la paix financée par l’ONU est nécessaire pour résoudre les problèmes chroniques de financement de la mission SMS et accroître sa capacité à répondre efficacement aux défis sécuritaires en Haïti. Les responsables américains estiment que la portée limitée et les ressources insuffisantes de la mission actuelle ne suffisent pas pour combattre les gangs lourdement armés ni pour créer les conditions nécessaires à une gouvernance démocratique et à des élections libres.

Les soutiens de cette transformation soulignent également la demande officielle du gouvernement haïtien en faveur de cette transition, considérée par les autorités de transition comme essentielle pour rétablir la présence de l’État, sécuriser les infrastructures vitales et ouvrir la voie à une stabilisation politique[2].

Défis et Perspectives

La communauté internationale doit répondre à des questions cruciales sur la meilleure manière de soutenir la relance d’Haïti :

1. Assurer un Financement Durable : La dépendance de la mission SMS aux contributions volontaires s’est révélée inadéquate. Si le maintien de la paix est écarté, les États membres doivent explorer d’autres mécanismes pour garantir un financement, tels qu’un soutien plus large de coalitions ou des engagements d’organisations régionales comme la CARICOM.

2. Renforcer la Propriété Haïtienne : Toute mission internationale doit prioriser le renforcement des institutions haïtiennes, en particulier la PNH, afin de réduire la dépendance à long terme envers des forces externes. L’assistance internationale devrait inclure des programmes de formation solides et un soutien financier pour élargir les capacités de la PNH.

3. S’attaquer aux Causes Profondes : Les interventions sécuritaires à elles seules ne suffiront pas à résoudre la crise en Haïti. Un soutien global est nécessaire pour aborder les problèmes systémiques de gouvernance, reconstruire les infrastructures de l’État et lutter contre la pauvreté extrême qui alimente l’activité des gangs.

4. Construire un Consensus : Les divergences au sein du Conseil de sécurité mettent en lumière la nécessité d’efforts diplomatiques accrus pour réconcilier les perspectives opposées. Les préoccupations de la Chine et de la Russie sur la pertinence d’une mission de maintien de la paix en Haïti doivent être reconnues, mais leur participation constructive est essentielle à toute solution à long terme.

Conclusion

Avec une transition politique en cours à Washington et un Core Group traditionnel distrait et réactif, les perspectives de renforcement de la mission de Soutien Multinational Sécuritaire (SMS) dirigée par le Kenya semblent de plus en plus incertaines. L’absence de focus et de ressources internationales, combinée aux défis profondément enracinés au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, laisse peu d’espoir pour un appui externe significatif.

Haïti, comme tant de fois dans son histoire, doit une fois de plus se tourner vers elle-même pour trouver des solutions. Cette crise offre l’occasion aux Haïtiens de se rassembler, de redéfinir leurs priorités et de tracer une nouvelle voie. Se réinventer implique de mobiliser les ressources locales, de favoriser l’unité à travers les communautés et de créer des stratégies novatrices pour reconstruire la gouvernance et la sécurité à partir des bases.

La résilience et l’ingéniosité d’Haïti l’ont soutenue à travers d’innombrables épreuves. Maintenant que l’assistance mondiale est remise en question, il appartient aux Haïtiens de puiser dans cet esprit pour transformer leur pays en un lieu de stabilité, d’espoir et de progrès.

Références

[1] https://www.securitycouncilreport.org/whatsinblue/2024/11/haiti-briefing-and-consultations-12.php

[2] https://abcnews.go.com/US/wireStory/russia-china-oppose-changing-kenya-led-force-haiti-116082599

Contact Médias Patrick Prézeau Stephenson: Éditeur manifeste1804@gmail.com

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