En mai 2024, des groupes armés ont attaqué la ville de Gressier, forçant de nombreuses familles à fuir vers Léogâne.
par Rachel Opota
Léogâne, Haïti – Nadège, 37 ans, mère de quatre enfants, semble accablée par le poids du monde. Son regard angoissé en dit long. Après des heures de marche, elle et ses enfants atteignent Léogâne, se réfugiant dans l’un des sites de fortune établis dans la ville. Ils sont arrivés sans ressources ni abri.
La situation en Haïti est désastreuse. Les groupes armés contrôlent 80 % de la zone métropolitaine de Port-au-Prince et de ses environs, terrorisant la population en incendiant des maisons et en lançant des attaques, comme celles récentes à Gressier – une commune jusque-là épargnée par la violence armée. Ces violences ont forcé plus de 33 000 personnes à fuir leur foyer et à se réfugier à Léogâne, soit dans des familles d’accueil, soit dans des camps de fortune.

Échapper à nouveau à la violence
« Nous avons dû échapper à la violence des groupes armés pour la deuxième fois. La première fois, nous avons fui Port-au-Prince et nous nous sommes réfugiés chez un ami à Gressier », explique Nadège. « Maintenant, des groupes armés ont attaqué Gressier, nous forçant à fuir à nouveau, cette fois à Léogâne. Nous ne pouvions prendre que ce que nous portions. »
Entre janvier et mars 2024, plus de 2 500 personnes ont été tuées ou blessées en raison de violences liées aux gangs, dont au moins 82 enfants. Cette période a été la plus violente depuis le début de l’année 2022. De plus, l’effondrement du système de santé et la fermeture des écoles dans les zones touchées par la violence exacerbent la situation.
Les conditions dans les sites de déplacés sont précaires. Les familles dorment à l’extérieur ou dans des abris improvisés, sans eau potable ni installations sanitaires. Le manque d’intimité et les risques pour la santé associés à la défécation à l’air libre sont des sources constantes de préoccupation.

Espoirs et craintes
Nadège a partagé ses craintes et ses espoirs pour l’avenir de ses enfants. Ancienne femme de ménage à Port-au-Prince, elle compte aujourd’hui sur la générosité des autres pour subvenir aux besoins de sa famille. « Nous dormons sous un abri de fortune, sans portes ni surveillance. Pour nourrir mes enfants, j’attends les jours de prière pour demander de l’aide aux pèlerins, mais il n’y a pas de prières tous les jours. C’est très difficile », a-t-elle déclaré.
Malgré les défis, elle refuse de retourner dans son quartier d’origine, craignant pour la sécurité de ses enfants. « Je ne veux pas exposer mes enfants à la violence des groupes armés. Je veux être dans un endroit sûr pour moi et mes enfants. Je veux que mes enfants aillent à l’école pour préparer leur avenir. Mais je ne retournerai pour rien au monde à Gressier ou à Port-au-Prince », a-t-elle expliqué.

Un combat commun
Cette histoire, bien qu’unique dans ses détails, reflète la vie de nombreuses familles en Haïti. Des milliers de familles sont prises au piège de la violence et de la pauvreté, luttant chaque jour pour survivre.
Il est difficile de se rendre à Léogâne depuis Port-au-Prince en raison de la présence de groupes armés qui contrôlent la route principale vers le sud. Cela complique encore la mobilisation et l’acheminement de l’aide humanitaire aux enfants et aux familles déplacés.
Cependant, avec le soutien financier d’Irish Aid, l’UNICEF et ses partenaires fournissent une aide vitale aux familles les plus vulnérables comme celle de Nadège. Des kits d’hygiène sont distribués pour prévenir des maladies comme le choléra, tandis que des efforts sont en cours pour fournir des services de base aux personnes déplacées et un soutien psychologique aux enfants dans différents sites.

