Au lieu de tirer des conclusions hâtives, le gouverneur de la banque centrale, M. Ronald Gabriel, face à une situation où toutes les institutions financières internationales ont choisi de quitter le pays, devrait adopter une approche proactive et stratégique pour inverser cette tendance et revitaliser l’économie.
La fin de l’année 2024 sera marquée par le départ de la dernière banque internationale qui opérait encore en Haïti : la Citibank. Les cinq(5) dernières banques internationales qui ont dû cesser leurs activités en Haïti sont la Banque Royale du Canada, la Bank of Boston, la Bank of Chicago, la Banque Nationale de Paris et la ScotiaBank.
Cependant face à ce phénomène qui devrait inquiéter tout responsable digne de ce nom, le gouverneur de la Banque Centrale , M. Ronald Gabriel, estime qu’il n’y a pas lieu de s’alarmer outre mesure car cela n’aura pas d’impact systémique et ne constitue pas une approche de » de-risking ».
Le « De-Risking « c’est quoi ?
Le terme « de-risking » en matière de banque fait référence à une stratégie adoptée par les institutions financières pour réduire leur exposition aux risques financiers, réglementaires ou de conformité.
Voici les principaux aspects de ce concept :
1. **Réduction de l’exposition au risque :** Le de-risking implique généralement la réduction des relations commerciales avec des clients, des entreprises ou des pays considérés comme présentant un risque élevé. Cela peut inclure des clients individuels ayant des activités commerciales internationales complexes ou des entreprises opérant dans des industries réglementées de manière stricte.
2. **Conformité réglementaire :** Les régulations financières internationales, telles que celles visant à lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, imposent aux banques des exigences strictes en matière de diligence raisonnable et de surveillance des transactions. Le de-risking peut être une réponse à la difficulté de se conformer à ces règles dans certains contextes.
3. **Coûts de conformité :** Assurer la conformité aux régulations financières et aux normes internationales peut être coûteux pour les banques. En conséquence, elles peuvent choisir de cesser ou de réduire leurs activités dans des segments de marché où les coûts de conformité dépassent les bénéfices potentiels.
4. **Évaluation du risque client :** Les banques évaluent régulièrement le risque associé à leurs clients et aux transactions qu’elles facilitent. Le de-risking peut impliquer une réévaluation des relations avec des clients ou des contreparties jugées trop risquées, même si cela signifie une perte potentielle de revenus.
5. **Impact économique :** Le de-risking peut avoir un impact significatif sur l’économie locale, en limitant l’accès aux services financiers pour certains secteurs ou pays. Cela peut entraîner une exclusion financière pour les populations marginalisées ou les petites entreprises qui dépendent des services bancaires internationaux.
6. **Alternatives stratégiques :** Pour atténuer les effets négatifs du de-risking, les autorités réglementaires et les gouvernements peuvent encourager les banques à adopter des pratiques de gestion des risques plus sophistiquées, à diversifier leurs sources de revenus ou à explorer de nouvelles opportunités de marché moins risquées.
En résumé, le de-risking en matière de banque représente une réponse stratégique des institutions financières pour gérer les risques et se conformer aux exigences réglementaires.
Comment le Gouverneur de la Banque Centrale peut -il affirmer que ce départ de la Citibank ne constitue pas une approche de « de-risking », lorsqu’on sait que Haïti à été placé sur la liste grise de GAFI constituée de pays considérés comme présentant un risque relativement élevé.
Récemment deux hauts responsables d’institutions bancaires en Haïti ont été sanctionnés par le Canada et les États-Unis pour appui financier à des gangs armés criminels qui sont spécialisés dans le kidnapping et le blanchiment d’argent.
Comment le Gouverneur peut -il prendre la responsabilité d’interpréter à sa façon les raisons de ce retrait de Citibank du pays ?
Signification du « De-risking « en Haïti et aujourd’hui ?
De plus, dans un contexte où la violence des gangs armés criminels contrôlant des zones économiques, le « de-risking prend une signification particulièrement critique et complexe pour les institutions financières. Voici les principaux aspects à considérer :
1. **Risque opérationnel accru :** Les zones contrôlées par des gangs armés présentent un risque opérationnel élevé pour les institutions financières (celles qui ne pâtissent pas avec les gangs). Cela comprend la sécurité physique des employés et des clients, ainsi que la vulnérabilité accrue aux activités criminelles telles que le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
2. **Conformité réglementaire :** Les régulations financières internationales imposent des exigences strictes en matière de diligence raisonnable et de surveillance des transactions pour lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Les banques doivent démontrer qu’elles peuvent gérer efficacement ces risques, ce qui peut être particulièrement difficile dans les environnements contrôlés par des gangs.
3. **Réputation et risque de sanctions :** Les institutions financières sont soucieuses de préserver leur réputation et d’éviter les sanctions réglementaires ou légales associées à des pratiques de conformité insuffisantes. Travailler dans des zones influencées par des gangs armés peut nuire à leur réputation et entraîner des conséquences financières sévères.
4. **Réduction des relations commerciales :** Face à ces risques, les banques peuvent être enclines à réduire ou à cesser leurs relations commerciales avec des clients, des entreprises ou des secteurs opérant dans de telles zones. Cela peut entraîner une exclusion financière pour les individus et les entreprises locales, limitant ainsi l’accès aux services bancaires essentiels.
5. **Impact économique et social :** Le de-risking dans ces circonstances peut avoir un impact néfaste sur l’économie locale en exacerbant l’exclusion financière et en entravant le développement économique des régions déjà marginalisées. Cela peut également contribuer à perpétuer un cycle de pauvreté et de dépendance vis-à-vis des activités criminelles.
6. **Solutions et engagements :** Pour atténuer ces effets, il est essentiel que les autorités locales travaillent en étroite collaboration avec les institutions financières pour améliorer la sécurité, renforcer l’application de la loi, et promouvoir des environnements économiques plus sûrs et plus transparents. Des solutions innovantes telles que les services financiers numériques peuvent également aider à accroître l’inclusion financière tout en minimisant les risques associés.
En conclusion, le « de-risking « dans ce contexte de contrôle par des gangs armés criminels des zones économiques pose des défis uniques pour les institutions financières qui se respectent en termes de sécurité, de conformité réglementaire, de réputation et d’impact économique.
On peut comprendre dans ces conditions qu’une institution financière qui se respecte peut décider d’abandonner le marché
Bref, au lieu de tirer des conclusions hâtives, le gouverneur de la banque centrale, M. Ronald Gabriel, face à une situation où toutes les institutions financières internationales ont choisi de quitter un pays, devrait adopter une approche proactive et stratégique pour inverser cette tendance et revitaliser l’économie.
Voici quelques actions recommandées :
1. **Diagnostic approfondi des causes :** Les responsables doivent mener une analyse approfondie pour comprendre les raisons du départ des institutions financières internationales. Cela pourrait inclure des consultations avec les acteurs économiques locaux, des audits de politique économique, et des évaluations des risques et des vulnérabilités économiques.
2. **Réformes économiques et institutionnelles :** Il est crucial de mettre en œuvre des réformes économiques et institutionnelles significatives pour améliorer l’environnement des affaires. Cela peut inclure des mesures visant à renforcer la transparence, à améliorer la gouvernance, à réduire la bureaucratie, à protéger les droits de propriété, et à assurer la sécurité juridique des investissements.
3. **Communication et engagement :** Les responsables doivent communiquer de manière transparente et proactive avec les investisseurs internationaux et les institutions financières. Ils doivent démontrer un engagement ferme envers la stabilisation économique et la création d’un climat d’investissement favorable.
4. **Stimulation de la confiance des investisseurs :** Il est essentiel de restaurer la confiance des investisseurs en mettant l’accent sur la prévisibilité des politiques économiques, la cohérence réglementaire et fiscale, ainsi que la gestion responsable des finances publiques.
5. **Promotion des investissements et des partenariats :** Les responsables doivent promouvoir activement leur pays comme un lieu attrayant pour les investissements étrangers. Cela peut inclure des campagnes de marketing, la participation à des forums économiques internationaux, et la recherche de partenariats stratégiques avec des entreprises et des institutions financières internationales.
6. **Renforcement du système financier national :** Il est important de renforcer le système financier national pour améliorer la résilience et la stabilité financière. Cela peut impliquer des réformes réglementaires et de supervision, ainsi que des efforts pour développer les infrastructures financières et technologiques.
7. **Planification à long terme :** Les responsables doivent adopter une approche à long terme pour restaurer la présence des institutions financières internationales et pour promouvoir un développement économique durable et inclusif.
En résumé, la réaction du Gouverneur de la Banque Centrale , confronté au départ de toutes les institutions financières internationales du pays devrait être proactive, orientée vers des réformes économiques et institutionnelles significatives, la promotion de la confiance des investisseurs, et la mise en place de mesures pour renforcer le système financier national.
Cela nécessite également une communication transparente et un engagement ferme envers la stabilisation économique et la création d’un environnement propice aux affaires.
Celimène Fratus

