29 septembre 2026
Prof. Carly Dollin : Dominique Dupuy, une chance pour la chancellerie 
Actualités Société

Prof. Carly Dollin : Dominique Dupuy, une chance pour la chancellerie 

La chancelière Dominique Dupuy a fait montre de clairvoyance et de perspicacité à transcender dans les eaux troubles de la diplomatie haïtienne en mettant en exergue la primauté de l’intérêt collectif sur les caprices individuels. Munie de gants et d’éponges, Dominique Dupuy a descendu au fond du puit obscur et insalubre de notre diplomatie galvaudée et kokoratisée pour nettoyer les écuries d’Augias produites par les administrations antérieures. Avec poigne et autorité, la chancelière touche des dossiers sensibles dont la corruption, la sinécure et les détournements de fonds qui hypothèquent l’efficacité de nos relations bilatérales et multilatérales avec nos partenaires. Tout en félicitant la ministre pour ses prises de positions courageuses, nous émettons le vœu que son autorité ne soit entachée du bais « deux poids deux mesures ». Cette velléité de rétablir l’ordre et l’équilibre devrait s’étendre sur tous les grands dossiers diplomatiques. En toute objectivité, le regard critique de madame Dupuy est aussi attendu sur les injustices transnationales et les scandales de rackets de passeports qui indexaient son ancien homologue à la chancellerie et un ancien ambassadeur zélé du PHTK à Washington.   

La nouvelle est tombée comme un géant astéroïde percutant le paquebot de la diplomatie haïtienne en détresse. La ministre Dominique Dupuy exige de divorcer d’avec les pratiques ignobles qui résultent en de piteuses représentations d’Haïti à l’étranger. Comme Fatal & Kòyòt – dans le film humoristique Alléluia – invités comme des cons à s’exprimer en français, les faux diplomates contraints d’envoyer leurs curriculums vitae au MAE pour réévaluation, ont été subitement à deux doigts de subir un AVC. De nombreux cancres de la diplomatie haïtienne ont été accouchés dans la salle d’opération de l’usurpation. C’est de manière illégitime, en des deals souterrains et des abus de pouvoir exercés par des contrebandiers politiques qui y font mainmise, que de nombreux médiocres avaient accédé à des postes clés de la diplomatie.

Colique, migraine, stress, insomnie ; c’est le lot de plusieurs faux consuls complexés, ancrés depuis plusieurs années dans leurs espaces de confort à l’étranger, qui y fournissent des services consulaires précaires. Tandis qu’ils déploient peu d’effort pour satisfaire les requêtes du contribuable Haïtien, ces employés résidant à l’étranger coûtent extrêmement cher à Haïti. De bonne ou de mauvaise foi, ils ne sont pas toujours qualifiés au poste auquel ils ont été assignés. Juste imaginez la pratique séculaire d’un grand nombre de séniles députés et sénateurs qui n’ont même pas achevé le cycle secondaire et qui imposent leurs semblables, des individus de même niveau voire de calibre inférieur, dans les structures diplomatiques. Il y a un mélange nauséabond d’incompétence et de corruption au sein de cette diplomatie moribonde qui s’anime en permanence de scandales de commissions, de surfacturation et de déceptions. 

La ministre Dupuy a exprimé une tout autre dimension d’officiel responsable et un rare courage en ordonnant que soient rappelés plusieurs cadres de la diplomatie haïtienne. Ce faisant, madame Dupuy assume une importante décision en faveur de la diplomatie haïtienne, mais qui va à contre-courant du « politiquement correct ». Incognito ou ouvertement, la plupart de ces éternels missionnaires vivant à l’étranger au frais de la princesse se sont rebellés contre cette judicieuse décision. Néanmoins, c’est dans un souci de rentabilité sociale qu’une telle décision a été prise. D’ailleurs, en référence aux principes de la rationalité, certains de ces rappelés mal élus seront éventuellement remobilisés en des missions diplomatiques locales ou internationales qui devraient mieux rapporter à Haïti. 

Le principe de rotation du personnel diplomatique est une pratique judicieuse qui vise à faire circuler régulièrement les diplomates entre différents postes dans le but de partager et diversifier leurs expériences. Cette pratique sert à prévenir la corruption et à maintenir un haut niveau de performance et de compétence au sein du service diplomatique. Ce roulement permet également d’assurer une représentation équilibrée des intérêts nationaux et de favoriser une compréhension globale des affaires internationales. 

De cette preuve de courage motivé par une quête de rendement et d’efficacité des services diplomatiques et consulaires, la nation haïtienne ne peut que féliciter la chancelière. À l’instar des systèmes diplomatiques modernes, la dynamique d’affectation et réaffectation des cadres diplomatiques ne peut être que socialement avantageuse pour Haïti. Il n’y a pas que la justice qui ne vit pas de scandales, la chancellerie non plus. La restauration de la discipline est essentielle. Puisse le leadership dont fait montre la chancelière s’extrapoler sur des conflits diplomatiques non encore résolus vis-à-vis du pays voisin ainsi que nos partenaires de l’Occident. Également, nous en rêvons un effet de contagion sur les autres secteurs de la vie nationale.  

En plus des bons points au Point

Dominique Dupuy a rappelé lors de sa majestueuse intervention à l’émission Le Point-Télévision Métropole du 11 juillet dernier, que la diplomatie haïtienne, financée par les taxes des citoyens haïtiens, est extrêmement budgétivore. La titulaire du MAE-MHAVE envisagerait de procéder avec efficacité concernant le recrutement et la mobilisation des ressources humaines au sein des structures diplomatiques haïtiennes. Face aux multiples préoccupations pertinentes exprimées par Wendel Théodore, la chancelière a réagi avec tact tout en rappelant les rôles clés d’un diplomate. Elle a surenchéri que l’intégration d’un professionnel au sein du personnel diplomatique est censée être un investissement rentable au profit d’Haïti. À l’instar de tout « Matching Process » favorable à un équilibre stable, le professionnel doit pouvoir fournir des services efficaces, qui garantissent le renouvellement de son contrat et plausiblement sa promotion à des postes supérieurs. 

La réaffectation des diplomates participe d’un besoin urgent de correction puisque c’est contre les normes qu’un diplomate puisse délibérément marquer une longue rupture territoriale vis-à-vis de son pays d’origine. Lequel pays embauche ce représentant officiel selon des termes de référence qui contiennent des tâches bien définies. Le mandat du diplomate est limité dans le temps et dans l’espace. Ainsi, à l’issue de sa mission au terroir ou sur un territoire d’outre-mer, des rapports d’évaluation sont sollicités du diplomate afin de jauger de sa performance et des alternatives de réaffectation. 

Le diplomate doit plutôt s’attacher à son pays d’origine qui le recrute dans la perspective de promouvoir ses relations internationales et d’assurer la protection de ses intérêts. Pourtant, selon la ministre des Affaires étrangères, la diplomatie haïtienne compte un bon nombre de missionnaires endurcis dont les enfants naissent à l’étranger, y vont à l’école, y sont gradués et travaillent. Ce sont des attitudes contre performantes pour le progrès des relations internationales ; elles vont à l’encontre des référents diplomatiques qui établissent entre autres un temps limité à résider au pays d’accueil. 

Tant pour le pays d’origine que pour le pays hôte, un diplomate engagé à l’étranger ne devrait pas s’enraciner au pays hôte. Ce sont des balises analogues à celles des organisations multinationales qui visent notamment à éviter des cooptations, à décourager des copinages malsains et à minimiser les risques de corruption. Par exemple, un ambassadeur Américain, Canadien ou Français n’est habilité à garder son poste à un même pays que pour une durée déterminée. Au cours de ces derniers temps de turbulence politique, l’on peut remarquer que les noms des ambassadeurs en provenance de nos pays « partenaires » changent comme on change de chemises. 

Malheureusement, en violation des principes diplomatiques, les plénipotentiaires occidentaux savent commettre des impairs en exprimant ouvertement des partialités politiques. Nous en voulons pour preuve ceux qui s’identifiaient par des bracelets de couleur politique criminelle, entêtés à étayer de manière grotesque des antithèses de double ou de triple nationalité au palais présidentiel. Puisque ce sont les incitations qui motivent les actions humaines, n’est-il pas essentiel d’investiguer sur le mobile d’un plénipotentiaire partisan d’un clan politique et donc qui n’affiche aucun sens d’objectivité ? En dépit des évidences qui établissent les comportements condamnables de nombreux ambassadeurs étrangers, ils ne sont jamais condamnés par leurs pays d’origine.  

Comme à ses prouesses lorsqu’elle occupait le poste d’ambassadrice déléguée permanente d’Haïti auprès de l’UNESCO, Dominique Dupuy a choisi de monter l’estrade en s’immisçant avec science et conscience pour prendre la défense d’Haïti. Son parcours est auréolé de quelques victoires remarquables dont l’inscription de la Soupe Joumon et de la cassave dans la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. À juste titre, plusieurs compatriotes s’enorgueillissaient de la posture de cette femme au sein de la prestigieuse organisation internationale. Dominique se distingue par ses réflexions et ses intrépides interventions dialectiques qui visent à faire hisser le bicolore national à des tribunes internationales.

La société a noté que madame Dupuy s’est indignée devant des agressions subies par nos compatriotes en République dominicaine. Par son sens du symbolisme et sa dimension historique, elle a condamné de récents incidents diplomatiques dont des déportations injustes et des animosités subies par nos confrères sur la frontière. Si ce n’était dans la perspective de grossir leur capital politique, ses prédécesseurs fuyaient les sujets qui fâchent de telles relations bilatérales unidirectionnelles, dominées par les lois racistes de la République dominicaine. On se souviendra du comportement ignoble du gouvernement d’Ariel Henry lors de la prise sur la rivière Massacre. N’était le leadership des citoyens conscients supportés par la bravoure de la population et l’engagement des forces de l’ordre, cette prise hydraulique n’aurait pas été effective. Une fière chandelle à Wideline Pierre.

Dans les conflits frontaliers, le Dominicain détient toujours une belle longueur d’avance par rapport au compatriote Haïtien. En plus du déséquilibre causé par la précarité économique, les connivences nourries par nos officiels corrompus de mèche avec les officiels corrupteurs de la République voisine en seraient les sources de ces relations asymétriques. Juste quelques recherches voire un regard évasif, il ressort que la plupart des anciens ministres et premiers ministres haïtiens soient des propriétaires et des actionnaires de firmes dominicaines alors qu’ils ne possèdent pas une boutique en Haïti. Contre les références de la justice, ces anciens dirigeants crapuleux que Gary Victor catalogue de « crème des kokorat » seraient dès lors contraints de garder le silence, sinon de se mettre du côté du bourreau. 

Les affaires politico-économiques opaques mettant aux prises l’ancien sénateur Félix Bautista et des candidats aux élections présidentielles post sismiques de 2010 n’ont-elles pas été révélatrices ? De la main droite, Bautista finançait Michel Martelly ; et de la main gauche il sponsorisait Mirlande Manigat, sous le tapis. Par ce stratagème, le politicien lie les mains et les pieds du nouveau président haïtien. À preuve, il allait ravir de nombreux contrats de construction négociés en dehors des principes de passation du marché. La firme HADOM fait l’objet de plusieurs scandales en Haïti. Plus choquant, après avoir occupé de hautes fonctions au pays tout en le ravissant et léguant un héritage de pauvreté et d’insécurité, la plupart de nos représentants exécutifs et législatifs se rendent à Santo Domingo et à Punta Cana pour jouir de leurs retraites dorées. Ils y festoient, épousent des gonzesses dominicaines et marient leurs enfants. Définitivement, la résolution durable des conflits haïtianno-dominicain nécessite des mesures plus profondes qui devraient notamment porter sur le contrôle des collusions de nos politiciens indignes avec des businessmen dominicains.   

Promotion de la méritocratie 

Autre son, autre ton ; tôt à son nouveau poste régalien, Dominique Dupuy lance un bon signal en nourrissant l’espoir vers un regain de la dignité nationale. La matérialisation de cette valeur intrinsèque orientée vers les droits fondamentaux de la nation haïtienne, sa souveraineté et son indépendance passe d’abord par la valorisation du capital humain. Le diplomate a un rôle crucial à jouer dans la revendication du respect, de l’honneur et de la fierté de notre république emblématique. À travers son prestigieux poste, le diplomate est interpellé à participer à l’élaboration des accords et des traités internationaux. En conséquence, il doit prouver des compétences adéquates dans les processus de négociation et des réflexions stratégiques. 

Une saine représentation diplomatique requiert notamment des personnalités compétentes, aptes à promouvoir et à rehausser l’image du pays sur les plans économique, culturel, commercial, etc. Les prémisses évoquées par madame la ministre pour persuader la société de l’intérêt du rappel des membres de la diplomatie augurent une pratique moderne qui consacre la primauté de la méritocratie sur les stratagèmes de copinage et de parrainage biaisé. N’empêche que Dominique Dupuy ne soit échappée aux yeux de lynx qui sont impatients de voir ses positions et ses décisions sur des sujets diplomatiques d’intérêt national qui épinglent d’anciens ministres et ambassadeurs. Il faudrait un dépassement de soi de cette chancelière qui mérite son poste en raison de ses compétences. Elle doit surtout se laisser guider par l’excellence de l’âme tout en évitant de se fourvoyer en des serments d’allégeance envers la mafia politique. 

Les diplomates haïtiens sont censés être en mesure de défendre les positions et les intérêts d’Haïti tout en travaillant à résoudre des conflits par des moyens diplomatiques. À la lumière des avantages comparatifs, nos diplomates doivent collecter et analyser des informations pertinentes sur le pays hôte, notamment sur les développements politiques, économiques et sociaux. Ainsi, ils pourront éclairer le gouvernement sur des opportunités économiques et culturelles à saisir. Face à un monde en pleine mutation, dominé par divers domaines stratégiques tels que le commerce, la culture, la science et la technologie, le renforcement des relations bilatérales requiert des ressources humaines compétentes. En outre, nos diplomates doivent faire montre de capacité à protéger les droits et les intérêts de nos citoyens au sein de leurs pays de résidence. Leur capacité cognitive constitue un facteur essentiel. 

Dans ce contexte particulier d’une véritable lutte contre le terrorisme, le blanchiment des avoirs et l’insécurité transnationale, nos diplomates devraient pouvoir coordonner des actions avec nos partenaires internationaux sur des questions d’intérêt commun. Par exemple, de gigantesques fonds détournés par d’anciens officiels haïtiens sanctionnés ont fait l’objet de confiscation au Canada et aux États-Unis. Selon la convention des Nations Unies traitant de la question, il y aurait donc matière pour nos diplomates d’aborder des discussions de recouvrement de tels fonds au pays d’origine. Le leadership de la chancelière Dupuy est également attendu à ce niveau. 

Le raisonnement est similaire à propos de la restitution de la rançon de de la dette de l’indépendance imposée par la France à Haïti. Des investigations approfondies, incluant les recherches du célèbre économiste Français Thomas Piketty, ont estimé le montant de cette dette à plus de 28 milliards de dollars. Outre ces recherches, d’éminentes figures intellectuelles et politiques telles que Christane Taubira et Jean Pierre Leglaunec font la plaidoirie pour que la France procède à la réparation des injustices et des torts de tous ordres causés à Haïti. Sans un débat sincère et approfondi pour que conscience soit prise et que réparation s’ensuive, les cicatrices des vols et des viols du passé restent entières. Ce sont entre autres des sujets à insérer dans l’agenda de la chancelière et de celui de toute l’équipe gouvernementale afin de rétablir des relations bilatérales franches avec nos partenaires. 

État délabré des services consulaires 

Dans la chaîne diplomatique, les consuls sont appelés à fournir une assistance consulaire aux citoyens de leur pays à l’étranger, y compris l’aide en cas de perte de passeport, d’accident, de maladie, de détention, etc. Les consuls doivent traiter les demandes de visa y compris les visas de tourisme, d’études, de travail ou d’immigration pour les étrangers souhaitant se rendre à leur pays. À ce niveau, un consul haïtien n’aurait presque pas de tâche à assurer puisqu’Haïti n’offre pas véritablement de telles alternatives à des résidents étrangers. Fort souvent d’ailleurs, le passeport étranger est un document suffisant pour entrer en Haïti. 

D’un autre côté, les consuls doivent soutenir les entreprises de leur pays dans le développement des relations commerciales avec le pays hôte, en fournissant des informations pertinentes sur le marché local et en facilitant les contacts commerciaux. Ils sont appelés à enregistrer les citoyens de leur pays résidant dans leur circonscription consulaire pour faciliter la communication et l’assistance en cas de besoin. Ils offrent des services notariaux, tels que la légalisation de documents, les actes de naissance, de mariage et de décès, et d’autres services juridiques pour les citoyens de leur pays. Ils assurent la promotion des échanges culturels et éducatifs entre leur pays et le pays hôte, organisant et soutenant des événements culturels, des programmes d’échange académique et d’autres initiatives de coopération.

Il va sans dire que les mandats des professionnels des services consulaires requièrent des facultés spécifiques, y compris un seuil de compétences académiques qui les rendent aptes à délivrer et à acquérir les nouvelles techniques adaptées à différents contextes. Malheureusement, la diplomatie haïtienne est garnie de représentants peu scolarisés, issus de tous les lieux prostitués et imbibés de corruption. Au cours des récentes années, en plus des graves scandales de corruption, de nombreuses grognes ont été exprimées par les des immigrants Haïtiens par rapport à la précarité des services consulaires. C’est sans surprise quand on sait qu’une palanquée d’employés y évoluent comme des extraterrestres. 

D’une part, au sommet de l’échelle de la hiérarchie diplomatique Haïti compte des ambassadeurs perdus dans les hémicycles où se disputent les processus de négociation et du rehaussement de l’image et du prestige du pays. D’autre part, l’incompétence du personnel consulaire y fait rage. Serait-ce par une loterie ou un casino à Las Vegas qu’un profane jamais initié à des réflexions stratégiques ferait triompher Haïti en y apportant une certaine valeur ajoutée dans les projets de lois à proposer par le parlement ? De même, par quelle magie un quidam de peu de lecture et d’écriture saurait-il s’approprier des outils de la diplomatie ? L’acquisition de la connaissance demeure un prérequis fondamental pour pouvoir mener à bien la destinée d’une société. Au nom de la démocratie et de la méritocratie, il y a certains profils inaptes à occuper certaines fonctions. 

En témoigne la chute drastique du système de médiocratie en vigueur, il y a évidence d’une causalité de la mauvaise gouvernance sur l’échec sociétal. Les toutes dernières présidences et législatures portent les empreintes d’un duplex nauséabond de malhonnêteté et de faille académique stupéfiante. Tant au niveau local qu’international, la gouvernance d’Haïti a subi un farouche amateurisme qui a atteint son paroxysme au cours du règne du PHTK. 

Sur les plans exécutif, législatif et diplomatique, les récents dirigeants Haïtiens commettaient les mêmes bêtises d’improviser sinon de badiner avec des fonctions stratégiques. À un certain stade, la société doit adopter la dynamique d’une gouvernance avisée qui indique d’accueillir aux postes décisifs des hommes et des femmes dignes et compétents. 

Définitivement, Haïti doit cesser de nourrir de telles plaisanteries de se faire piloter par des incultes et des cupides à ses fauteuils stratégiques. Le bon sens n’y voit aucune position aristocratique quand une société exige « The right person at the right place. Il s’agit tout bonnement d’une plaidoirie rationnelle, au profit de la collectivité. Un député, un sénateur ou un diplomate devraient faire preuve d’un minimum de science, mais aussi de conscience citoyenne. 

À titre de passif initial, la diaspora est traitée en parent pauvre

C’est bien dommage que cette capacité cognitive et surtout cette fougue exprimée par la ministre du MAE pour remettre à l’heure les pendules diplomatiques ne soient et probablement ne seront pas convenablement exprimées en faveur de la diaspora. Quand une ministre porte au moins trois chapeaux, elle ne saurait évidemment mettre la priorité partout. Plausiblement, dans le contexte de la chancelière Dupuy, le ministère des cultes ainsi que le ministère des Haïtiens vivant à l’étranger n’auront pas la chance de bénéficier d’une attention suffisante. À titre de comparaison, le tourisme, fusionné avec le ministère du commerce et de l’industrie, en sortira victime également. La politique d’austérité adoptée par le gouvernement Conille aurait été mal posée. Cette façon grotesque du gouvernement de fusionner des ministères semble tout à fait inappropriée. D’ailleurs, au regard de la multiplication de ministères sans portefeuille attachés à la primature, la formule de l’austérité souffre de contradiction. 

Puisque la diaspora constitue de plus en plus la pierre angulaire du développement d’Haïti, il ne fait aucun sens que ce secteur soit traité avec autant de dédain par le pays d’origine, bénéficiaire de ses transferts substantiels. Une gouvernance qui se voudrait moderne, aurait conçu un Thank-Think qui envisagerait des approches efficaces d’intégration et de réintégration des ressources humaines haïtiennes locales et internationales dans les principales sphères de développement du pays. Cette stratégie inclusive nécessiterait la mobilisation dynamique du ministère des Haïtiens vivant à l’étranger. Celui-ci devant être proactif pour assurer la protection des droits et des intérêts des Haïtiens. 

Les attributions du MHAVE consistent entre autres à encourager les investissements, faciliter des initiatives entrepreneuriales et inciter au retour et à la réinsertion des Haïtiens souhaitant revenir au pays. L’expérience de l’ISTHEA nous aura appris que l’intégration de l’expertise internationale dans des domaines clés au pays ne requiert pas nécessairement le présentiel. Le gouvernement actuel semble totalement inconscient de la portée salvatrice de la mission d’une instance intermédiaire telle que le MHAVE pour inventorier les ressources humaines du pays. Une fuite inversée des cerveaux devrait être propulsée pour permettre à Haïti de renforcer son capital humain. Le MHAVE y détient un rôle moteur.

Aucun pays ne saurait emprunter la trajectoire de la création de la richesse en dehors d’un capital humain compétitif. Du train que ça va, avec plus de 80% des ressources haïtiennes les mieux qualifiées résidant à l’étranger, le pays peinera à se relever. Les récents programmes de migration sélective aux dépens d’Haïti amplifie davantage le fossé béant entre la qualité des services à fournir et les expertises disponibles. Tous les secteurs dont l’Administration publique, le système bancaire et l’université, expérimentent une perte massive de leurs personnels. Face à cette hémorragie génératrice d’un déséquilibre cuisant, la fuite inversée des cerveaux s’imposerait comme politique de survie d’Haïti. 

Un ministère comme le MHAVE devrait foncièrement contribuer à cerner de tels enjeux. Avec ses deux pieds, la ministre ne saurait courir dans une multitude de chemins. Face à un ensemble d’options, il y a toujours des arbitrages à faire. Puisque la chancelière met le paquet sur le chantier le plus visible, en l’occurrence la diplomatie, il est donc logique que les autres en pâtissent. C’est bien dommage que la diaspora soit encore relayée à un rang inférieur dans les affaires internes du pays. À ce propos, le discours du PM ne concorde pas avec ses actions. 

Plausiblement, une direction générale de la diaspora composée d’un personnel compétent et dynamique aurait amplement contribué à combler le vide. Puisse la chancelière agir avec intelligence en accordant dans son agenda une place princière à la diaspora, réservoir de compétences diversifiées et poumon de l’économie nationale. 

Par la vague de rappels édictés sous le leadership éclairé de la ministre Dominique Dupuy, des vagues de colère et de frustration ont été agitées. La rage de certains cadres hégémoniques qui ont transformé leur visite diplomatique en résidence pour leurs familles a certainement ciblé la « maudite ministre ». Puisqu’elle fait œuvre qui vaille au profit de la nation, nous souhaitons que les sorcelleries et « oraisons mystiques » sur l’effigie de cette valeureuse figure de la chancellerie, prononcés par les vieux briscards de la diplomatie, soient nuls et sans effet. 

Comme capitaine habile et fougueuse, Dominique inspecte le tableau de bord du navire diplomatique ; elle promet d’appliquer les règles du jeu dans la fidélité. Cependant, dans un contexte de délit et de conflit d’une diplomatie pourrie depuis des lustres où des amis, concubines et familles de députés et sénateurs y sont empilés dans une sinécure onéreuse, la lutte sera rude pour la chancelière. L’on sait en outre que des postes de consuls ont été distribués arbitrairement, dans un désordre administratif inédit, à de grands commerçants pour les exempter de supervision et les faciliter dans des franchises. Tout en sachant que la ministre ne sera pas épargnée du sale jeu politique de fomentation, de complots et de persécutions, elle doit s’atteler à corriger ces gaffes. 

Quand l’autorité s’associe à l’éthique, les actions souscrivant à la bonne gouvernance ne sont pas difficiles à implémenter. Nous émettons le vœu que la ministre continue sur cette ligne, qu’elle étende ses tentacules sur les autres dossiers en toute impartialité et qu’elle soit un modèle d’inspiration pour les autres membres du gouvernement. Quand la politique veut, la diplomatie peut. 

Carly Dollin

carlydollin@gmail.com

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