Par Robert Lodimus
« Avec ou sans fil d’Ariane, nous avons décidé de descendre dans les entrailles de la terre afin d’aller combattre les « minotaures politiques et financiers » qui sucent le sang des masses. Il faut arracher l’ « ivraie ». Il faut la détruire dans ses racines, et ensuite la brûler sans hésitation, en vue de permettre à la « bonne herbe » de pousser librement dans la vallée d’une « Révolution mondiale », porteuse de changement réel pour l’humanité. »
(Robert Lodimus, Pauvreté en Haïti et dans le reste du monde : Hara-kiri ou Révolution, 454 pages, essai, 2019)
Le début du titre de notre texte réveille – sans nul doute – les souvenirs amers que nous ont laissés des événements calamiteux qui bouleversèrent l’ordre de la planète à une époque où la cruauté des hominidés bipèdes, parlants et écrivants franchissait la frontière de l’intolérabilité. Des municipalités, des villages, des bourgs s’effondrèrent sous les bombes meurtrières de la belligérance démoniaque. Des corps d’enfants, de femmes, d’hommes, de vieillards et d’animaux domestiques tuméfiés, mutilés gisaient inertes sous des amas de ruines dans toute l’Europe. Des millions de Juifs furent déportés et sacrifiés dans les chambres à gaz d’Auschwitz, en hommages à un nouvel « Ivan le Terrible » venu de l’Autriche. Hiroshima et Nagasaki avaient atteint le sommet des calamités terriennes, le pic de la désolation humaine. Un petit homme décida un matin, dans une cellule de la forteresse de Landsberg-sur-la-Lech, en Bavière, de se faire le « Zeus » de l’univers. Avec ses doigts de feu, il écrivit son « décalogue » dans l’intention de théoriser et d’idéologiser la « peste » qu’il voulait répandre sur le monde. Ainsi naissait le royaume sanguinaire de l’apôtre hystérique qui précipita la première moitié du 20e siècle dans la géhenne sociale et politique. Nostradamus l’appelait déjà « Hisler ». L’éminent homme de science s’était trompé d’une lettre. Selon les interprètes des songes et des prophéties authentiques ou apocryphes, Michel de Notresdame aurait même révélé avec une précision incroyable la tragédie du World Trade Center le 11 septembre 2001. Si l’astrologue magicien avait vécu plus longtemps, il aurait certainement annoncé l’arrivée, – après l’exécution du planteur de banane –, d’un « médiocre carabin » – qui est finalement parvenu à prononcer le serment d’Hippocrate –au trône de la République du Core Group érigé sur un ruisseau de sang… Que voulez-vous? À chaque époque sa dépravation. À chaque moment sa démoniaquerie. À chaque période sa mégalomanie. À chaque situation sa vassalité. Et à chaque instant son absurdité !
Rassurez-vous, – pour revenir à notre « lead de mise en scène », comme on le dit dans le langage journalistique –, nous n’avons pas l’intention de soumettre votre esprit à la torture d’une sorte de « Mein Kampf » dans une version actualisée et « antillanisée ». Nous faisons allusion à cet ouvrage excessif sur le national-socialisme radical, pensé par un « détraqué mental », écrit par un «psychopathe » qui jura après la mort prématurée de ses parents de dominer sur l’Europe et d’asservir les États des autres continents. Et pire encore, de détruire toutes les formes de civilisations et de les remplacer par son invention idéologique monstrueuse. Nous n’avons pas erré comme un animal vagabond dans les rues de Vienne avec une valise remplie de linges usagés, à la conquête du pays de Richard Wagner. Nous n’avons pas émigré involontairement non plus en Amérique du Nord pour « devenir quelqu’un ». Au contraire… N’avons-nous pas plutôt échangé l’étoile brillante de Gonaïbo, protecteur d’Harmonise, personnage symbolisant la résistance légitime dans la forêt des « arbres musiciens » – l’un des jets subliminaux de la puissance imaginaire et intellectuelle de « Jacques Soleil » – contre la bruine vespérale de la nostalgie poignardante, de l’ignominie offensante et de la malveillance xénophobe. Ce cri révolté de « unser kamptf [1]» ne rejoint ni de près ni de loin les « philosophies maléfiques » qui dissimulent les velléités tyranniques, les comportements pervers, les attitudes criminelles, et les ambitions ploutocratiques des uns et des autres. Les onomatopées désespérées, irrationnelles, déraisonnées des « bricoleurs » de « turelures sloganiques » creuses, amorphes, et sans aucune substance de résistance organisationnelle, n’interpellent pas la conscience éclairée des combattants anti-oligarchiques, catalyseurs de changement social, vecteurs de liberté politique, instigateurs de progrès économique et porteurs d’épanouissement culturel. Ils veulent plutôt remplacer la sueur et le sang des ouvriers et des travailleurs qui remplissent les encriers des revendications quotidiennes insatisfaites avec les larmes de capitulation des dominateurs néolibéralistes.
Les carillons des cloches de « déboussolement politique » qui résonnent devant la chapelle de Saint Jean Bosco où se réunissaient chaque jour des fidèles impotents, démunis, misérabilisés, – aussi bien par le corps que par l’esprit –, nous exaspéraient. Le train du 16 décembre 1990 a déraillé. Il ne s’agit pas de se « mettre ensemble » (Ansanm nou fò; ansanm, ansanm nou se lavalas), pour exorciser les « démons » de la communauté impériale ; il faut s’organiser en vue de renforcer les colonnes des édifices de la « militance nationale ». Notre combat est donc celui de l’organisation, de l’idéologisation. Et pourquoi ne pas y ajouter la « militarisation positive des masses », en guise d’outil de dissuasion et d’instrument d’autodéfense légitime ? Si les extrémistes de droite du Vénézuela n’arrivent pas à renverser Nicolas Maduro, l’héritier du « chavisme bolivarien », c’est grâce à la prévoyance active et à l’intelligence vive du défunt « Commandante » qui avait compris la nécessité pour les couches paysannes d’apprendre à défendre – par les moyens pacifiques ou militaires – les acquis de la Révolution. En face du loup, le bâton est consubstantiel à la sécurité, à la protection, à la défense et à la survie même de l’espèce individuelle menacée.
Vous avez probablement lu, à l’université, dans le cadre de votre mouvement d’activisme politique, ou simplement par curiosité intellectuelle, des ouvrages qui parlent de « La nuit des longs couteaux ». Hitler, prétextant d’un coup d’État, traça la voie de son avenir politique par une purge assassine au sein du mouvement qui lui avait ouvert les portes du pouvoir. Son ami Ernst Röhm se comptait parmi les égorgés. En Haïti, avec l’affaire des dix-neuf officiers fusillés à Fort-Dimanche, François le dictateur réédita l’horreur. Le personnage de Staline, comme vous le savez, est entaché lui-même du massacre de Katyn. En 1940, dans la forêt du même nom, des centaines d’officiers polonais furent immolés et abandonnés dans des fosses communes. On dénombra aussi des étudiants et des médecins au milieu des morts. Les responsables de l’empire soviétique nièrent le crime odieux. Mais le temps et l’histoire finirent par les rattraper. Le révolutionnaire Trotski n’échappa pas au narcissisme terrorisant de Staline. Le film de Julie Taymor, sorti le 25 octobre 2002, qui retrace la vie tumultueuse, mouvementée de la peintre Frida Khalo, a consacré quelques scènes émouvantes à l’assassinat de Trotski, le 29 août 1940, au Mexique. Les plaies physiques et psychologiques que la « démence » des «caïnistes », comme Adolf Hitler, Benito Mussolini, Joseph Staline, Rafael Leonidas Trujillo, François Duvalier, Augusto Pinochet, Idi Amin Dada, a causées aux innocentes créatures du globe terrestre restent encore ouvertes. Et l’espoir de les cautériser, de les refermer est réduit à une peau de chagrin. Les haies des difficultés à sauter pour repriser le tissu des sociétés mondiales que l’« injustice » politique, militaire et financière a déchiré, paraissent très élevées.
Les oligarques se sont retranchés, repliés derrière des murailles de protection que les manifestations de rue, les émeutes populaires n’arrivent plus à renverser. Les poussées insurrectionnelles se heurtent contre une opposition impériale virile et haineuse. Les rassemblements pour marcher contre la corruption administrative, contre le népotisme dans la fonction publique s’essoufflent. Depuis l’invention de Richard Jordan Gatlin en 1861, la « mitrailleuse », les trompettes de Jéricho ont perdu leur pouvoir de destruction. La terre n’est plus à l’époque des pierres, des arcs, des flèches, des glaives et des catapultes. Aujourd’hui, les boucliers du roi Salomon sont dépourvus de leurs effets spiritualo-mystiques. Ils ne peuvent plus être utilisés contre les « Adonias » et les « Joab » antinationaux, les vassaux qui ont trahi leur nation et qui se sont alliés aux « Égyptiens » de l’ère néolibérale. Outre la finesse de l’esprit, le raffinement de l’intelligence, le combat que nous soutenons aux côtés des compatriotes engagés, à l’avant-garde des mouvements contestataires, exige une longue période de préparation théorique, d’organisation technique et d’aménagement logistique.
Comment réparer les méfaits du néocolonialisme « pauvrivore » sans faire gronder le tonnerre, zébrer les éclairs, sans déclencher les orages…? Les mots de révolte et d’indignation des chantres de la « Liberté » sont devenus inefficients. N’est-il pas venu le temps d’entendre exploser les « vers rimés ou libres » que les poètes de la « Révolution » universelle ont composés dans la solitude de l’aube carcérale? Le temps presse. Faut-il attendre encore longtemps, avant d’allumer la mèche de cette Libération qui gruge notre patience ? Les poèmes d’Heinrich Heine, d’Edmond Laforest, d’André Chénier, d’Etzer Vilaire n’arrivent toujours pas à détonner dans la cour des châteaux et des palais où les Fantine, les Cosette et les Gavroche sont crucifiés ou pendus au crépuscule du soir. Les artificiers manquent toujours à l’appel. Des femmes, des hommes, des vieillards et des enfants anonymes, humiliés, persécutés et abandonnés par l’État bourgeois, guettent trop longtemps déjà l’arrivée des matins d’espoir dans un coin assombri de leur chaumière glaciale.
« Ici chacun sait ce qu’il veut. Ce qu’il fait quand il passe. Ami, si tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place. Demain du sang noir sèchera au grand soleil sur les routes. Chantez compagnons, dans la nuit la liberté nous écoute… [1] »
Prendre le pouvoir ne suffit pas, il faut être capable de le conserver. Donc, de s’en offrir les moyens. C’est à ce carrefour innovant que Nicolas Machiavel prend toute son importance dans la dimension de modernité conférée à la pensée politique. Il en a acquis la paternité. Même si la reconnaissance de son apport « diamanté» à la compréhension de la realpolitik est venue après sa disparition. Et un peu tard.
Che Guevara comprenait que pour « changer une société », il fallait commencer par « changer l’homme ». Le mouler dans l’endoctrinement idéologique révolutionnaire jusqu’à ce qu’il acquière une conviction politique solide, pure, loyale, sincère et propulseuse de bien-être pour le prolétariat urbain et rural. C’est ce que le Commandant a fait dans la montagne avec les paysans cubains.
En sachant « ce qui est », l’intelligence humaine est habilitée à remonter la rive des réflexions diffuses, pour parvenir finalement à identifier avec précision le « comment » et le « pourquoi » de « ce qui est ». Cette démarche méthodique se veut préalable à toutes les tentatives de transformation envisagées au niveau des « êtres » et des « choses ».
La « pauvreté » n’a rien à voir avec le postulat de l’eschatologie. Elle est historique. Le système capitaliste qui l’entretient, comme l’a bien démontré Karl Marx dans « Le Capital », porte en lui les germes de son autodestruction. Le grand philosophe de l’économie et de la politique écrit : « Une formation sociale ne disparaît jamais avant que soient développées toutes les forces productives qu’elle est assez vaste pour contenir, jamais des rapports de production nouveaux et supérieurs ne s’y substituent avant que les conditions matérielles d’existence de ces rapports ne soient écloses dans le sein même de la vieille société. [2]»
La mondialisation serait-elle la dernière invention du capitalisme glouton qui, du stade de l’impérialisme, est passé à celui du néolibéralisme. Sentant sa fin prochaine, la « bête » est en état de rage. Elle est infectée par l’un des stéréotypes des lyssavirus. Elle est atteinte de la maladie de la rage et dévore sans pitié les « esclaves » qui le nourrissent. Le prolétariat s’écroule sous le poids de l’endettement. Les ouvriers, les travailleurs, les petits fonctionnaires et employés empruntent de l’argent même pour renflouer leurs cartes de crédit. Et c’est encore Karl Marx qui parle : « C’est pourquoi l’humanité ne se pose jamais que des problèmes qu’elle peut résoudre, car, à y regarder de plus près, il se trouvera toujours, que le problème lui-même ne surgit que là où les conditions matérielles pour le résoudre existent déjà ou du moins sont en voie d’advenir [3]. »
Albert Einstein rejoint Karl Marx : « Un problème sans solution est un problème mal posé. »
Dans quelle direction faut-il orienter « notre combat » qui a comme finalité, comme but ultime l’anéantissement, la désagrégation des gratte-ciel de l’exploitation des pauvres, répartis sur l’ensemble de la planète ? Nous n’avons pas l’intention de noyer nos attentes sous une phraséologie métaphorique. D’ailleurs notre « antibourgeoisisme » est articulé et accentué. Il ne porte pas le masque de la prudence exagérée, la cagoule épaisse de la frousse honteuse et le voile opaque de la faiblesse d’une capitulation. Pour paraphraser Guevara, il faut avoir le courage d’ « exprimer sa vérité et de la défendre ». Nous combattons les escrocs du système hégémonique et mondialisé. La propriété privée et la concentration des moyens de production entre les mains du petit cheptel de milliardaires sont les causes essentielles de la pauvreté et de la misère dans le monde. Notre rôle, en qualité de témoins de la souffrance des êtres affaiblis et vulnérabilisés, est de dénoncer sans crainte et sans frayeur la situation criminogène de la répartition dichotomique des richesses communes.
Si les ennemis traditionnels des peuples pratiquent la « Torture » à visage découvert, ne sera-t-il pas indigne de se cacher soi-même dans un trou obscur pour les dénoncer ? Avec ou sans fil d’Ariane, nous avons décidé de descendre dans les entrailles de la terre afin d’aller combattre les « minotaures politiques et financiers » qui sucent le sang des masses. Il faut arracher l’ « ivraie ». Il faut la détruire dans ses racines, et ensuite la brûler sans hésitation, en vue de permettre à la « bonne herbe » de pousser librement dans la vallée d’une « Révolution mondiale », porteuse de changement réel pour l’humanité.
Ceux qui vont aux fronts et qui ont peur, sont les premiers à tomber. Car la peur neutralise la force de se défendre. Pour revenir vivant de la guerre, le soldat sait qu’il doit appliquer les règles dictées par la guerre pour la conservation de la vie : tuer pour ne pas être tué. C’est à ce prix que s’obtiennent également la victoire collective et le trophée de l’héroïsme. Alexandra Lange, une épouse anéantie et durement éprouvée, jugée dans une affaire de « maricide », a avoué au tribunal : « Je l’ai tué pour ne pas mourir. » Son époux lui faisait voir toutes les couleurs de la maltraitance conjugale: coups avec blessures, viols, insultes… Son ouvrage « Acquittée », publié aux « Éditions J’ai Lu », dévoile les mobiles de son meurtre classé dans la rubrique du cas de légitime défense.
C’est absurde d’observer des leaders politiques faiblards, désorientés par l’inculture, l’incapacité et l’incompétence, prêcher le « gandhisme » dans un pays de « banditisme systémique », où des « arsouilles » de la classe nantie pratiquent le vol et le kidnapping pour élargir la surface de leurs fortunes personnelles. La non-violence du Mahatma Gandhi l’a conduit tout droit à la mort le 30 janvier 1948. Et Calcutta n’a pas vraiment échappé à la flétrissure sociale et à la fanure économique. Martin Luther King est assassiné le 4 avril 1968 à Memphis par la haine, alors qu’il avait des mots d’amour et d’apaisement dans sa bouche. Malcom X, contrairement au révérend pasteur et militant pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis, avait choisi d’utiliser l’arme de ses ennemis : la violence contre la violence. Donc, l’effet du boomerang. Nous avons entendu un jour les propos d’un jeune élève haïtien dans un documentaire de Télé Québec, qui répondait au journaliste sur la question de la violence dans les écoles : « Qui me frappe, je le frappe. C’est comme ça… » Les Écritures ne reconnaissent-elles pas la « Loi du Talion »? Chaque être porte la responsabilité de son Karma. Il doit en récolter les avantages ou en payer les conséquences. C’est une évidence naturelle que chaque action engendre sa propre réaction. Nous touchons aux fondements matériels et immatériels des principes de la dualité perpétuelle expliqués dans la théorie héraclitéenne du contraire. Il n’existe pas de « cause » sans « effet ». Si les populations de la périphérie déclinent tristement dans la misérabilité, c’est parce que les « aconscients » du centre grossissent indécemment dans l’opulence. Donc, que faire? Se jeter à genoux en égrenant son chapelet de pénitence? Ou agir héroïquement? No, we are not speaking through one’s hat (Non, nous ne parlons pas à travers notre chapeau).
En Haïti, depuis le complot mortel contre Jean-Jacques Dessalines, les chèvres se sont laissé enfermer dans les pâturages des lions qui les dévorent. Les félidés du néolibéralisme ne sont jamais rassasiés. Et leurs incalculables victimes ne se décident pas à sauter les enclos qui les retiennent prisonnières du capital, en vue de circonscrire l’hémorragie de l’exploitation outrancière. Les États-Unis, le Canada, la France, etc., leur disent : « Laissez-vous manger gentiment : c’est pour le bien de notre démocratie. Ensuite, vous hériterez le royaume du Bon Dieu ».
La globalisation de l’économie se promène avec une arme redoutable : la délocalisation des entreprises. Cette pratique courante dans le monde industriel consiste à freiner les revendications salariales des ouvriers qui dessèchent dans les usines d’assemblage. « Fermez votre gueule, sinon nous partons nous installer ailleurs. » C’est le message que transmettent avec arrogance les « crocheteurs du patronat » aux syndicats progressistes qui défendent sincèrement leurs membres, et qui refusent de se jaunir. Certaines entreprises, comme Wal-Mart, ne tolèrent pas l’accréditation syndicale. Elles révoquent les employés impliqués ou déménagent sans préavis. En 2005, à Jonquière (Canada), 180 salariés de Wal-Mart ont été remerciés pour cette raison. En 2013, la Cour suprême, le plus haut tribunal du pays, a finalement tranché en faveur de ces dizaines de révoqués. Elle a sommé la multinationale états-unienne de dédommager les victimes abusées. En Haïti, les patrons de la sous-traitance refusent jusqu’à présent de respecter la « Loi Benoit » sur le salaire minimal journalier. Sur les cinq continents, les travailleuses et les travailleurs n’arrivent plus à gagner de l’argent qui leur permet de renouveler leur force de travail et de se faire soigner en cas de maladie. Les familles infortunées vivent sans une couverture d’assurance. L’ « Obamacare » voté par le 111e Congrès des États-Unis et promulgué par l’ex-président le 30 mars 2010 est considéré par des experts en santé publique comme de la poudre aux yeux des marginalisés de Harlem et de Bronx. L’« Obamacare » n’offre pas une protection complète à ses bénéficiaires. Et les principes d’accessibilité découvrent des nœuds gordiens qui sont parfois difficiles à défaire. Donald Trump qui a prêté serment le vendredi 19 janvier 2017 avait juré au cours de sa campagne électorale de jeter le bébé avec l’eau du bain. À l’heure où il déposait sa main droite sur la Bible d’investiture d’Abraham Lincoln, l’horloge en face de nous marquait midi. L’heure où les esprits malins, selon les croyances populaires superstitieuses, se déplacent dans les zones urbaines et campagnardes. Donald Trump se dessinait déjà comme une « créature de Lucifer ».
Les frontières entre les peuples qui partagent les mêmes souffrances sociales, les mêmes préoccupations politiques, les mêmes soucis économiques et les mêmes problèmes de dégradations environnementales doivent être abattues. Cela permettra de regrouper ces individus cosmopolites sur un vaste terrain de lutte commune. La fable de Jean-Pierre Claris de Florian, L’aveugle et le paralytique, en demeure un bel et heureux exemple : «… Il n’est tel que les malheureux
pour se plaindre les uns des autres. « J’ai mes maux lui dit-il et vous avez les vôtres. Unissons-les mon frère, ils seront moins affreux… »
Cependant, il resterait à renverser les barrières de division érigées par la théocratie. La religion nous rend veules et indécis. Le dogmatisme religieux, d’où qu’il vienne, exerce et conserve un pouvoir de domination sur la conscience des pratiquants fanatiques. Nous refusons toujours d’aborder les problématiques qui impliquent l’agnosticisme du « créationnisme » et le credo de l’« évolutionnisme », pour ne pas choquer les simples d’esprit. La sagesse, dans plusieurs cas, ne recommande-t-elle pas l’éloquence silencieuse ? Ne faut-il pas adroitement éviter les discussions interminables sur les théories biologiques ou géologiques abstraites, qui tentent de retracer et d’enseigner la genèse de l’univers? Les débats creux, aliénants et lassants demeurent l’apanage des entreteneurs des discours métaphysiques sur le « platonisme de la réminiscence ». Chacun, – comme bon lui semble –, a le droit de lire « L’Éloge de la folie » d’Érasme de Rotterdam ou « L’utopie » de Thomas More. Et cela, même lorsqu’il serait incapable de les assimiler. Les détenteurs du capital contribuent à la prolifération des doctrines religieuses sur la planète. Les cathédrales, les chapelles, les temples protestants, les pagodes, les mosquées, les synagogues, les pérystiles poussent comme l’herbe sauvage dans les régions nécessiteuses. Car les « pauvres en esprit et en matérialité hériteront le Royaume des cieux ». Cela voulait-il laisser croire que les milliardaires Bill Gates, Amancio Ortega, Jeff Bezos, Liliane Bettencourt, Donald Trump, Elon Musk… iraient eux-mêmes brûler en enfer?
Le chanteur-compositeur Charles Aznavour écrit : « Que j’aille au ciel ou en enfer, je n’ai pas lieu de m’inquiéter, car j’ai des amis des deux côtés. » Néanmoins, dans l’histoire des peuples, cela ne se passe pas ainsi. « Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre; ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon [4]. » Dans un combat politique, il faut donc indiquer son camp. Sans ambigüité. Ceux qui choisissent le camp du peuple haïtien ne peuvent pas valser, « tangoïser » ou se déhancher sous la musique dissonante de l’orchestre des États impérialistes…
Les politiciens haïtiens ont hérité de la nature du « Renard roux ». Ils sont à la fois carnivores, frugivores et herbivores. Ils survivent étonnamment dans tous les environnements sociopolitiques. Ils abdiquent, concèdent, félicitent, flagornent, démissionnent, se positionnent… À force de tourner autour de la chandelle allumée, comme un papillon étourdi, plusieurs « chefs de bouquement » se sont brûlé les ailes. Le pouvoir politique élève et abaisse. C’est une lame à deux tranchants. Néron se poignarda. Le roi Louis XVI y laissa sa tête. Le Tsar Nicolas II et Nicolae Ceausescu finirent avec la panse trouée. Benito Mussolini fut suspendu au bout d’une corde la tête en bas à coté de sa dulcinée. Adolf Hitler se fit exploser la cervelle.
Émile Zola, Victor Hugo, Karl Marx restent des défenseurs farouches de la classe ouvrière. Ils ont rédigé des ouvrages célèbres qui « verbalisent la misère matérielle » des petites gens et la résistance des peuples à l’oppression du capital. L’histoire du « socialisme » est écrite avec le « sang » du syndicalisme progressiste et du militantisme révolutionnaire.
Le chemin du « Changement » social, politique, économique et culturel est long et sinueux. Cependant, il ne s’étend pas à l’infini, comme le néant. Nous finirons par trouver les portes de cette « Révolution universelle » que nous franchirons fièrement, en répétant à l’unisson les noms des camarades qui sont tombés avant nous et devant nous sur les champs de bataille.
Robert Lodimus
_________________________
Notes et références
[1] Hymne de la résistance française, Le chant des partisans.
[2] Karl Marx, cité par Chris Hedges, Karl Marx avait raison.
[3] Karl Marx, cité par Chris Hedges, Karl Marx avait raison.
[4] La Bible, Matthieu 6 :24.

