7 octobre 2026
Marcus Garcia : Quelques leçons du canal sur la rivière Massacre
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Marcus Garcia : Quelques leçons du canal sur la rivière Massacre

L’article suivant rédigé par : Marcus GARCIA

figurera dans la publication prochaine de l’ouvrage du Dr Joël Lorquet intitulé « Le canal de la rivière Massacre, une opportunité pour renforcer la production nationale et entamer le développement endogène ».

Ce livre comportera trois parties :

1-Une analyse de la situation actuelle par l’auteur,

2-La publication des différentes opinions recueillies de la part des spécialistes de la question et

3-Les résultats d’un travail scientifique réalisé à partir d’une enquête autour de la position des Haïtiens sur la construction de ce canal.

Cet ouvrage de plus de 350 pages servira de guide et de repères aux chercheurs et investisseurs intéressés à faire de la production nationale une réalité en Haïti.

Bonne lecture :

Quelques leçons du canal sur la rivière Massacre

Par : Marcus GARCIA

A toute cause, à tout engagement, il faut un moteur. Encore mieux si celui-ci peut se traduire en acte, en un objet réel, voire utile à toute la communauté et en tout temps en tout lieu.

Or c’est exceptionnellement, pour ne pas dire miraculeusement le cas dans la construction du canal sur la rivière Massacre, mouvement devenu spontanément une cause nationale, entrainant tout un peuple, à l’intérieur du pays comme en diaspora.

Après que le peuple dominicain voisin eut déjà fait 11 prises sur la voie d’eau, le président Luis Abinader voudrait empêcher les Haïtiens de l’utiliser au moins une fois à leur tour. Mal lui en prit. Il a soulevé l’un de ces grands mouvements de fierté nationale, ce qui n’est pas inconnu aux nôtres mais plus souvent traduit jusqu’ici dans les domaines sportifs ou culturels.

Or cette fois exceptionnellement, le thème par excellence, le drapeau qui flotte au-dessus de la construction sur la rivière Massacre, s’appelle la Production nationale.

C’est bien entendu ce qui fait le plus cruellement défaut à notre pays. Le plus pauvre du continent américain mais dont le ventre pour commencer, et pour utiliser un dicton bien de chez nous, ne lui appartient pas mais dépend totalement de l’étranger.

D’ailleurs la principale erreur du président dominicain est d’en avoir fait si peu de cas. Haïti est le second importateur pour le pays voisin et totalement en produits alimentaires. C’est carrément une honte, vu que nous vivons sur la même terre.

Qui plus est, cette crise révèle aussi, en forçant une bonne partie de nos compatriotes vivant de l’autre côté de la frontière à rentrer au pays natal, que les Haïtiens constituent également une importante partie de la main d’œuvre qui crée ces richesses, qui nous sont revendues.

Mais est-ce à dire que nous pouvons nous aussi faire de même ?

Probablement non.

En tout cas pas dans les conditions existant chez nous actuellement !

Il est fort à craindre qu’une fois retombés les lampions de cette grande démonstration de la fierté nationale et que chacun soit rentré à la maison, tout ceci ne disparaisse pour aboutir au même point que c’est déjà le cas partout dans notre pays.

Survolez le bassin versant du fleuve Artibonite qui alimente le barrage hydro-électrique de Péligre et vous n’en revenez pas du déboisement qui le caractérise.

Pareil pour les principaux cours d’eau dans le pays. Voyez les berges de la Grande Rivière du Nord qui envahissent totalement la voie publique. C’est l’absence de drainage qui fait que les rivières du département des Nippes soient sorties de leur lit pour faire les si nombreuses victimes et tant de malheureux dégâts lors de la dernière tempête tropicale.

Donc service public à ce niveau-là c’est zéro. Jamais entendu parler. Où sont passés les conseils communautaires, la tradition des ‘corvées’ tous pour un et un pour tous ? Ce sont eux justement qui vont prêter leurs services dans les plantations chez nos voisins. Voilà !

Mais ce n’est encore rien. Pour refaire la Production Nationale comme tous ceux qui sont penchés en ce moment sur les ouvriers construisant le canal sur la rivière Massacre l’espèrent, il faut des conditions de base bien sûr :

1.financer cette production ;

2.pouvoir vendre cette production ;

3.protéger cette production contre le grand marché extérieur qui peut vous inonder et à des prix plus bas et étouffer votre production nationale dans l’œuf.

Or nous n’avons aujourd’hui absolument rien de tout ça.

Zéro, au superlatif.

Ni le financement, même pas celui de l’Etat. Car ce n’est pas de l’argent proprement dit qu’on attend de l’Etat dans ces cas-là, mais un mécanisme d’encouragement à la production nationale.

Que l’Etat ait une politique qui protège la production nationale … et non le contraire car c’est exactement le contraire ce qui se passe.

L’Etat actuel ne pense dans le meilleur des cas qu’à remplir ses caisses (et encore tant que la corruption devenue quasiment généralisée dans son sein le permet) …

Or d’où lui vient ce pactole ?

Des taxes qu’il applique aux importations.

Donc un Etat qui encourage les importations pour remplir ses caisses et tourne le dos à la production nationale. Car contrairement à ce que dit le proverbe, tout n’est pas dans tout. Vous ne pouvez avoir tout et le contraire de tout. Encourager de plus en plus massivement les importations, donc tournant de plus en plus le dos à la production nationale n’a qu’une conséquence c’est la disparition totale de cette dernière.

Normal d’aboutir à ce que nous avons aujourd’hui : même les épices qui poussent n’importe où comme des herbes sauvages, que nous commandons du pays voisin.

Secundo, pour qu’il y ait une production nationale il faut un investissement et puisque nous vivons en économie capitaliste (car la démocratie telle que nous l’avons reçue est inséparable du système capitaliste, pardon du libéralisme économique), alors cela entend que ce sont des capitaux privés qui doivent apporter cet investissement …

Or sont-ils tellement bêtes nos investisseurs privés pour ne pas faire le même calcul que l’Etat hein ?

Pourquoi s’embêter avec une production nationale vrai casse-tête et cela même dans les secteurs les plus anodins comme la production des condiments alimentaires (huiles de cuisine, pâtes de tomate, vermicelle tout ce qui se produisait dans tous les coins et recoins de notre pays il n’y a pas si longtemps …), pourquoi se fouler la rate quand le voisin dominicain est si prévenant !

Au point de mettre actuellement leur propre président le dos au mur car ses ‘conneries’ menacent de leur faire perdre un marché aussi faramineux. Clef en main !

Faut-il continuer ? Comme dit Cyrano, ‘faut-il donc que je trisse ?’

Non. Il est évident que notre problème c’est notre système économique. Un système 1) qui appauvrit de plus en plus notre pays ; 2) qui élargit de plus en plus le fossé entre les plus riches et les plus pauvres ; 3) qui force les nôtres à aller offrir leur force de travail partout où ils peuvent – principalement dans le pays voisin et cette actuelle crise nous fait voir pour recevoir quels traitements …

4) Un Etat finalement réduit lui aussi à vivre de l’aumône internationale. Et partant même pas capable du simple système de police paysanne d’autrefois (‘notre bon vieux ‘choukèt larouze’ du temps ‘lontan’), ce qui a abouti à livrer le pays aux gangs armés … dont nous ne savons désormais comment nous défaire.

Vraiment, cocorico mis à part, nous méritons mieux !

Espérons au moins que l’actuelle crise autour de la construction du canal sur la rivière Massacre et le rebondissement qu’elle produit, pourra commencer à nous ouvrir les yeux.

Oui refaire la production nationale, c’est la seule politique qui vaille.

Mais avec bien sûr un système politique adéquat.

La plus belle démocratie, y compris comme on nous le promet jusqu’ici sur le papier, ne vaut rien si le peuple ne peut même pas mettre un ortolan au pot !

Marcus Garcia

Journaliste

Haïti en Marche

Miami

Le 9 octobre 2023

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