Nous, La Via Campesina, le mouvement paysan mondial pour la souveraineté alimentaire, élevons notre voix de protestation contre les attaques constantes subies par le peuple haïtien et sa souveraineté.
Ces derniers mois, cette souveraineté est à nouveau menacée par l’invasion imminente des forces de police du Kenya, sous l’égide du gouvernement américain et de son outil impérialiste, le Core Group, composé des ambassades des gouvernements du Brésil, du Canada, de l’Union européenne, de la France, de l’Allemagne et de l’Espagne, ainsi que du représentant spécial de l’Organisation des États américains et du représentant spécial du secrétaire général des Nations unies (BINUH).
Cette nouvelle offensive néocolonialiste prétend répondre à l’insécurité induite dans la capitale et certaines régions du nord, comme dans le département de l’Artibonite, où l’importation indiscriminée d’armes en provenance des États-Unis, en passant par la République Dominicaine, a renforcé les gangs criminelles semant la terreur et l’insecurité dans la société haïtienne. Haïti n’est pas en guerre ; c’est une situation politique crée pour justifier l’intervention militaire. Jusqu’à octobre du 2023, le Core Group et ses gouvernements satellites – le Kenya et la République dominicaine – se préparaient à une nouvelle invasion du territoire haïtien. Le président du Kenya offrait ses forces de police comme chair à canon pour cette nouvelle ingérence en Haïti, dans un effort pour se concilier avec l’élite capitaliste mondiale.
De son côté, le gouvernement dominicain encourageait ces plans en utilisant comme prétexte la construction d’un canal d’irrigation sur les terres frontalières par les paysans haïtiens, fermant les frontières pour contenir la migration forcée des Haïtiens résultant de l’invasion qu’il promouvait lui-même à New York. Aussi, au nom du peuple haïtien, le président dominicain, Luis Abinader, négocie les concession minières avec les multinationales du Canada pour l’extraction de minéraux dans la frontière sans le consentement du peuple haïtien.
Ainsi, les ressources naturelles d’Haïti, riche en or et d’autres minéraux, sont la motivation derrière ce complot contre le peuple haïtien, y compris le contrôle géopolitique de la région des Caraïbes depuis l’île de Dessalines, visant à s’approprier ces ressources et à poursuivre le projet considérant l’Amérique latine comme la réserve des ressources ou l’arrière-cour des États-Unis et de leurs alliés, prêts à investir plus de 100 millions de dollars dans ce projet colonialiste.
Depuis La Via Campesina, nous soutenons nos organisations membres en Haïti, Tet Kole Ti Peyizan Ayisyen, le MPP et le MPNKP, dans leur lutte pour la dignité et contre les ingérences étrangères dans leur territoires qui ont marqué le XXe siècle et jusqu’à nos jours, entravant la situation politique, économique et sociale d’Haïti, l’empêchant de devenir la nation prospère qu’elle devrait être grâce à la force et à la résilience de son peuple.
Les paysan·nes d’Haïti, du Kenya, de la République dominicaine et de tous les pays où La Via Campesina est présente rejettent les mesures anti-paysannes et pro-néolibérales contre le peuple haïtien. Ils unissent leurs voix pour dénoncer l’absurdité d’une intervention par la force policière kényane annoncée pour le premier trimestre de 2024. Connu pour ses actes de brutalité et de violence envers ses propres citoyens et les civils en Afrique, tels que les violences policières subies par les Kényans lors du confinement et les pertes humaines résultant de la répression des manifestations pendant les élections de 2017, la force policière kenyane n’est pas la bienvenue dans cette prétendue « mission de solidarité » en Haïti.
Le peuple haïtien en a assez des interventions dites humanitaires sous l’égide de l’ONU, qui, au cours des 30 dernières années, n’ont pas tenu leurs promesses et ont aggravé les violations des droits humains en Haïti. Ces missions ont maintenu le pays dans la misère, coexistant avec l’impunité, la politique d’élimination de la classe paysanne et de l’agriculture locale, tout en renforçant l’emprise du « Core Group » sur Haïti.
Les communautés paysannes souffrent de la négligence du gouvernement ilegitime, de l’insécurité alimentaire, de l’accaparement des terres et de la violence. Les zones franches déplacent les paysan·nes sur tout dans le département du Nord-est, et le système judiciaire corrompu aggrave ces injustices. Les communautés paysannes sont également touchées par l’inflation, mettant en péril la souveraineté alimentaire de la population.
Les intérêts économiques ne doivent pas primer sur les droits humains des Haïtiens. Les organisations paysannes et sociales ont déjà présenté des solutions axées sur l’autonomie populaire et la souveraineté alimentaire grâce à l’Accord du 30 août, également connu sous le nom d’Accord de Montana.
Cet accord insiste sur la participation citoyenne et paysanne dans la construction des institutions et la transparence dans la gouvernance démocratique. Il affirme le droit à l’autodétermination du peuple haïtien et vise à restaurer le fonctionnement de l’État, renforcer l’administration publique, garantir les institutions juridictionnelles et établir la paix sociale.
Cet accord a permis aux organisations locales de créer une proposition visant à une transition démocratique, participative et active, par et pour le peuple haïtien. Il comprend des feuilles de route pour résoudre des problèmes urgents tels que la insécurité, la injustice, la corruption, la santé et l’éducation. Il définit un plan concret pour résoudre la crise actuelle, évitant l’ingérence des pouvoirs corrompus et impérialistes responsables des troubles sociaux, politiques et économiques.
Solution Haïtienne pour Haïti !Plus d’interventions étrangères en Haïti, imposées contre la volonté du peuple haïtien !Solidarité internationale dans la lutte légitime du peuple haïtien !

