7 octobre 2026
Haiti – crise : Mission de la CARICOM, les raisons d’un échec
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Haiti – crise : Mission de la CARICOM, les raisons d’un échec

Tribune proposée par Clarens Renois

La médiation de la CARICOM dans l’actuelle crise haitienne entamnée depuis juin dernier, est jugée par plus d’un lente, boiteuse, hésitante. Elle entre dans son sixième mois en décembre 2023 et n’a pas encore abouti, causant une grande frustration et beaucoup de déception au sein de la Communauté nationale (Intérieure et diaspora). Pour avoir suivi, participé et milité pour cette approche, je peux, non pour ma seule défense, mais pour celle d’une partie des protagoniste, je peux dire que l’échec (il suffit de lire la presse), n’est pas imputable uniquement aux Haïtiens. Bien sûr, il y a des réticences et des raideurs, il y a de la mauvaise foi dans tel ou tel camp. Ce n’est rien de spécifique à l’Haïtien. Le jeu politique quelque soit le pays où il est exercé recèle des comportements identiques. Ce n’est ni anti-démocratique ni anti-patriotique. Même dans ces manifestations les plus cyniques et pernicieuses.

En revanche, je persiste à soupconner des mains très puissantes qui pèsent sur le chemin que doit prendre les discussions et l’aboutissement des pourparlers. Ces mains ne veulent pas d’une solution qui ne leur convienne d’abord. C’est une haute muraille sur laquelle à chaque fois se heurtent les négociations.

Les frères de la Caraibes ont démontré une attitude volontariste, (voir du sentimentalisme) en s’engageant dans cette galère que plus d’un experts avant eux n’avaient affiché. Il faut se rappeler ici les nombreux émissaires et envoyés spéciaux dépêchés au chevet d’Haïti ces trente dernières années pour comprendre que les Eminentes personalités de la CARICOM, trois ex-Premiers Ministres ont accepté un énorme défi en acceptant de se mettre au service de la cause haïtienne. Cependant on peut les comprendre aisément. Eux et nous baignons dans les mêmes eaux de la mer des Caraibes. Ils subissent les effets nocifs de l’interminable crise haïtienne. Les boat-people débarquent quotidiennement sur les plages de leurs pays; des travailleurs illégaux haitiens frappent à leurs portes par centaines; des jeunes déferlent à leurs frontières dans leur tentative de se rendre aux Etats-Unis. Ces images et la situation d’Haïti choquent et interpellent toute la Communauté caribéenne qui d’ailleurs aujourd’hui exige des anciens colonisateurs réparations pour les crimes et l’exploitation de l’esclavage. Seule Haiti n’a pas rejoint ce mouvement qui s’étend à l’Afrique. Haiti et les dirigeants actuels semblent se complaire dans leur position de totale soumission, de négation de l’histoire nationale, et de ses racines africaines. C’est peut-être le prix consenti pour conserver le pouvoir. Il n’y a pas pire esclave que celui qui ne veut qu’on lui enlève les chaines aux pieds. Il n’y a pas pire esclave que celui qui refuse de vivre libre!

Les frères de la Caraibe sont à mon humble avis de bonne foi, mais ils sont arrivés malgré eux avec les germes de leur faiblesse. Quoi qu’ils en disent. C’est le soutien diplomatique, et le poids politique de puissances étrangères qui les ont transmis le dossier. Dès lors, le rapport vec les protagomnites était infecté du virus de la suspicion. Or il n’y pas pire obstacle en matière de négociation, de règlement de conflit que la méfiance. Supposer que les médiateurs sont porteurs d’une solution toute faite dans leur tête ou dans leur valise corrompt toute la démarche. Arriver aussi avec le complexe, fabriqué et véhiculé chez nous et ailleurs, que les Haitiens n’arriveront jamais à s’entendre plombe toute perspective de solution endogène. Les grands bâtissent leur légende sur ces complexes cent fois nourris et entretenus. “ Nous allons leur apporter la lumière de la civilisation”.

A la Jamaïque, les protagomnistes étaient à deux doigt d’aboutir à un accord. Mais la trop grande assurance ancrée dans la tête de certains qui se reposent sur le soutien de la communauté internationale a fait foirer l’entente haitienne. Ce n’est pas nouveau dans notrte histoire. La dictature s’est imposée au pays durant trente ans sur la base de cette impression transformée en certitude. Diviser les Haïtiens, empêcher l’unité nationale ont toujours été des armes utiliser contre la nation, parfois mises aux mains des Haïtiens eux-mêmes.

A propos de la mission de la CARICOM, pour avoir participé, assisté et contribué à chacune des étapes de l’engagement des Eminentes personalités toutes des ex-dirigeants de la région, je crois que toutes les parties prenantes avaient finalement accepté et préféré la médiation régionale, plus proche, culturellement et politiquement d’Haiti, même si au fond chaque groupe avait ses raisons cachées.

J’avais personnellement cru que nous aurions puisé plus de fierté et de la dignité dans un succès de la mission confiée à nos voisins et cousins de la Caraïbe. Cependant, les facilitateurs de la CARICOM doivent comprendre que leur mission porte les germes d’un potentiel échec. Quoi qu’ils en disent. “Nous ne recevons de diktats de personne”, ont-ils souvent répété, mais la solution attendue d’eux par les donneurs-d’ordre est inhérente à la tâche. C’est du moins l’impression qui se dégage dans les espaces de discussions. Les antécédants à la crise actuelle ont forgé dans la tête des Haitiens, à tort ou à raison, l’impression que la seule solution valide est celle que plaira le Core Group. Toutes les propositions sont admises à l’analyse, mais celle qui prévaudra est celle qui obtiendra l’approbation, la bénédiction de la Communauté internationale, les Etats-Unis en tête. Ainsi est faite la conviction des Haitiens. Dès lors, le Premier Ministre Ariel Henry devrait être au centre de toute formule de solution, dans tous les scénarios. Il ne faut pas chercher à comprendre, il y a des raisons profondes et éminemment politiques: Raison d’Etat!

Aujourd’hui, la mission de la CARICOM dispose sur ses tablettes trois grandes tendances ou propositions qui pourraient conduire à une synthèse pour en dégager une solution finale. Il y a :

1- 21 décembre (Le pouvoir) partisans du statu quo avec pour seule concession envisageable un élargissement sélectif à deux nouveaux membres du HCT (Haut conseil de la transition) et quelques ministères. A la Jamaïque le PM Henry avait déclaré qu’il n’avait pas de postes à distribuer.

2- Montana-Ede (opposition) ouvertement contre la reconduction du Premier Ministre Ariel Henry. Ce n’est pas un binôme politique, mais les deux groupes convergent vers la même position pour un bicéphale sans Ariel Henry pour des raisons que l’on peut aisément deviner.

3- Il y a la proposition soutenue par le Collectif des partis et d’autres structures politiques qui tout en exigeant un bicéphale ne voient pas le Dr Ariel Henry comme un obstacle, même s’il est considéré comme un indésirable.

L’une ou l’autre des solutions soutenues par l’opposition est perçue par 21 décembre comme une tentative d’accaparement du pouvoir personnel du Premier Ministre Ariel Henry.

En tout, ce qu’il convient de comprendre c’est que l’intérêt de la majorité des protagonistes de l’opposition c’est de parvenir à une situation où l’équilibre est établie à la tête de l’Etat et où la confiance est rétablie parmi les acteurs politiques dans la perspective de la tenue d’élections crédibles et participatives.

Je n’ose imaginer que des puisances démocratiques qui s’érigent en modèles d’un système qui marchent bien chez elles soutiendraient l’intolérable ailleurs. Le PM Henry ne représente nullement l’expression de la légitimité populaire haitienne. Comment peut-on accepeter qu’il dirige en autocrate, sans Parlement, sans Justice, sans contre-pouvoir? Où est le principe sacré du Check and balance? Où est l’intérêt d’Haïti dans tout cela?

Il y a deux ans, le CoreGroup s’inquiétait avec raison de voir un président élu dirigé sans Parlement avec des décrets. Comment peut-il aujourd’hui tolérer un Premier Ministre non-élu être seul maitre à bord? Dr Ariel Henry est Premier Ministre, chef du Gouvernement, Président du Conseil des ministres, Ministre de l’intérieur, Président Du CSPN (Conseil supérieur de la police nationale) et que sait-on encore… tout ceci sape les fondements de l’expérience de la démocratisation d’Haiti, ruine la confiance des Haitiens dans la volonté réelle des membres de la Communauté internationale à vouloir réellement accompagner Haïti dans la recherche de la stabilité politique, et finalement l’attitude ouvertement partisane de la communauté internationale dans la crise ouvre la porte à toutes les dérives.

Il y a plus de trente ans (37 ans en 2023) on a cru mettre un terme à la dictature. Il résurgit à chaque fois dans le visage de nos dirigeants. Aujourd’hui cette forme de totalitarisme renait dans le visage d’un homme, Ariel Henry. Demain, il symbolisera ainsi que d’autres avant lui, l’échec de toute l’expérience démocratique nationale. Ce qu’il faut à Haïti c’est une nouvelle direction confiée par le peuple à celles et ceux qui sont plus enclins au respect des principes démocratiques et à l’observance des normes de la gouvernance moderne. C’est notre plaidoirie. C’est le sens de notre combat.

Clarens Renois 

Coord national UNIR/AYITI-INI

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