8 octobre 2026
Quand Luis Abinader se cogne contre un mur d’acier : la détermination légendaire des Haïtiens
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Quand Luis Abinader se cogne contre un mur d’acier : la détermination légendaire des Haïtiens

C’est un Abinader au visage délavé qui a débarqué, vendredi dernier, à Dajabón pour annoncer la réouverture partielle de la frontière, fermée in extenso en réponse à la construction du canal de Ouanaminthe. Ses épaisses lunettes de soleil pouvaient à peine dissimuler l’humiliation dans ses yeux. Il n’aurait jamais pu imaginer que devant sa hargne hystérique, les Haïtiens allaient démontrer une détermination si dantesque. Comment cette détermination s’est-elle manifestée ?

En prenant la décision puérile de fermer la frontière, le président dominicain avait deux objectifs bien précis en tête : 1° —Stopper le projet et 2°— infliger le maximum de peine possible à la population haïtienne. Il s’est mis en tête que la faim pousserait le peuple haïtien à abandonner le projet. Est-il parvenu à sa fin?

Il est clair qu’Abinader a fait montre d’une déficience historique très grave. Car, c’est mal connaître les Haïtiens de penser qu’un peuple que le tyran Napoléon Bonaparte lui-même n’avait pas pu dompter puisse capituler devant un pantain comme lui qui n’est autre qu’un crapaud voulant se faire aussi gros qu’un taureau.

L’échec d’Abinader.

Pour un échec cuisant le président dominicain en a bien essuyé un ! Non ses pressions n’ont pas arrêté les travaux du canal mais, pire encore, deux jours après qu’il eut décrété l’ouverture de la frontière du côté des Dominicains, les Haïtiens ont décidé de verrouiller la leur. C’est comme si Abinader venait de réveiller un volcan endormi. Son arrogance a fourni une rare occasion aux Haïtiens de s’unir.

Tel est pris qui croyait prendre ! Au lieu de punir Haïti, on assiste plutôt à l’effet boomerang. En quel sens ?
On parle de l’effet boomerang quand une tentative produit l’effet inverse que celui attendu. Aveuglé par ses préjugés, Abinader n’avait pas compris que la fermeture de la frontière allait nuire davantage aux intérêts de son pays qu’aux nôtres.

Le commerce transfrontalier constitue en effet une aubaine qui draine des millions de dollars us quotidiennement dans les coffres dominicains. Selon le « Miami Herald », Haïti constitue le troisième plus important marché commercial pour la République Dominicaine. Pour un homme qui détient un diplôme en économie d’une université aussi prestigieuse que Harvard, il devrait pouvoir cerner ce paramètre simple sans ambages.

Les conséquences de sa décision.

Bien sûr, la décision irréfléchie du chef d’État dominicain n’a pas fait l’unanimité au sein de la classe politique de son pays. Les critiques fusent de toute part, surtout lorsque les gens ont fini par comprendre qu’elle ne sert pas à leurs intérêts, contrairement à ce que laisse entendre Abinader.

C’est le cas, par exemple, de plusieurs fermiers qui, quelques semaines de cela, s’étaient massés devant le monument dédié à l’agriculture pour y jeter leurs produits avariés. Ils ont, par la même occasion, démontré leur ras-le-bol contre cette politique du chat qui se mord la queue. L’ancien président Leonel Fernández est du nombre de ceux ayant qualifié la décision « d’irresponsable ».

Par ailleurs le sénateur de Dajabón, David Sosa, s’est montré plus acrimonieux envers Abinader lorsqu’il dit que « la République Dominicaine a perdu la bataille contre Haïti ». Devant son impuissance à conjurer la débâcle qu’il a créée, le leader dominicain a dû appeler des émissaires étrangers à la rescousse pour un arbitrage. C’est ce qui explique la présence d’une institution comme l’O.E.A dans nos murs pour s’informer du dossier.

Les vrais motifs de l’attitude belliqueuse d’Abinader.

Toute cette crise inutile peut se résumer en une seule question : le racisme. En effet, depuis son entrée en fonction en 2020, Abinader n’a pas pu voiler ce venin qu’il porte dans ses viscères contre Haïti. Il se comporte comme le président de l’île d’Hispaniola.

Se croyant sortir de la cuisse de Jupiter par rapport aux Haïtiens, peu de temps après avoir saisi les rênes du pouvoir, il se lança dans la construction d’un mur que beaucoup appelaient le mur de l’Apartheid. Son caractère raciste transparaît très clairement dans le traitement infrahumain infligé à nos compatriotes vivant sur son territoire. Or, ces derniers constituent la locomotive qui fait tourner l’entreprise financière de la République Dominicaine.

La brutalité policière, des cas de lynchage et d’autres cas de persécution et de torture sont en hausse dans le pays à cause de sa politique xénophobe. Il suit visiblement le sentier macabre tracé par son devancier : Rafael Leónidas Trujillo. Le cas le plus révélateur a été celui d’une compatriote qui voyageait en transit en République Dominicaine et qui a été violée par un agent migratoire devant les yeux effarés de son fils de quatre ans.

Comme Noam Chomsky l’a clairement fait ressortir dans « les dix stratégies de la manipulation de masses », Abinader a sans doute provoqué cette crise comme une diversion. Dans quel objectif ? Dans le but de masquer l’impuissance de son gouvernement à résoudre les problèmes économiques de son pays.

Comment cette politique est-elle articulée ?

La situation financière de la République Dominicaine était pour ainsi dire très prometteuse avant la pandémie codid 19. Selon le Fonds monétaire international, jusqu’à 2019, le pays jouissait du statut de 10ème économie la plus robuste de l’Amérique latine.

Toutefois, la corruption récurrente aidée par la propagation de la maladie a enlaidi ce tableau pittoresque. Par exemple, la revue « Insight Crime » fait état de plusieurs officiels du gouvernement dirigé par Abinader dont le Chef de cabinet ainsi que son ministre de l’Éducation qui ont dû être poursuivis par la justice. L’intéressé lui-même a fait l’objet d’investigations portant sur des investissements obscurs qu’il détient à l’étranger et qu’il avait négligé de mentionner lors de sa déclaration de patrimoine, selon le « Panama papers »

Ainsi donc, Abinader dispose de nombreux linges sales à laver au lieu de perdre son temps dans une affaire de canal qui n’affecte les intérêts dominicains que de façon psychologique. Selon le PNUD, il y a longtemps depuis que notre voisin a rejoint le rang des pays ayant plus de la moitié de leur population vivant en dessous du seuil de la pauvreté.

Voilà la raison pour laquelle Luis Abinader cherche noise à Haïti. Il le fait dans le but de détourner l’attention du peuple dominicain sur la réponse inadéquate de son gouvernement face aux vrais problèmes. Haïti a bon dos, là où il n’y a pas de problèmes il en faut créer d’autres fictifs. Car l’élection présidentielle de son pays est prévue pour mai prochain. Autant donc choisir un bouc émissaire sur lequel faire retomber le blâme.

Comme l’a dit Sun Tzu, le grand stratège militaire chinois, un bon général est celui qui remporte la guerre avant même de l’avoir engagée. Voici les deux erreurs grossières commises par le président dominicain : 1° —- on ne s’engage pas dans un combat dont on est pas sûr de remporter, 2° — on ne doit jamais sous-estimer la capacité de riposte de son adversaire.

Si Abinader se mettait en tête que sa politique raciste allait entamer la détermination herculéenne des Haïtiens dans la construction du canal, il a évidemment pris des vessies pour des lanternes. Loin de décourager nos compatriotes, le président dominicain n’a fait que les galvaniser. La fièvre patriotique a presque gagné tous les cœurs. On n’est plus au temps de Trujillo où nos compatriotes avaient peur de « ramasser le gant ».

Dans un élan patriotique sans précédent, les Haïtiens/nes de divers horizons conjuguent leurs efforts pour mener le projet à bon port. Ouanaminthe devient donc pour Haïti ce que la Mecque représente pour l’Arabie Saoudite : un lieu de pèlerinage où tout le monde se converge pour y prêter main-forte. Même les plus perfides de nos politiciens s’y rendent pour y prendre le bain rituel susceptible de nettoyer leur sordide caractère.

Le gros perdant est Luis Abinader. S’il avait seulement à s’inquiéter des conséquences à court terme de sa politique de désinvolture, ce ne serait pas la mer à boire. Les retombées négatives à long terme pourraient se révéler encore plus dévastatrices politiquement pour lui. Car, même si présentement il semble jouir d’une popularité solide, tout peut basculer quand les gens commenceront à noter les effets néfastes de sa décision infantile de fermer la frontière qui est une source de revenus financiers importants pour son pays.

Ducasse Alcin
Ducasse.ralcin@gmail.com

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