8 octobre 2026
Palestine-Israël : Au-delà des images, des paroles et du sang, il y a la souffrance et le désespoir de deux peuples
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Palestine-Israël : Au-delà des images, des paroles et du sang, il y a la souffrance et le désespoir de deux peuples

Par Robert Lodimus

     Depuis le samedi 7 octobre 2023, jour de l’offensive surprenante  du Hamas contre l’État d’Israël, en représailles aux injustices qu’il cause aux Gazaouis depuis 75 ans, la planète tangue vers l’internationalisation d’une guerre horrifiante. Les experts de la politique du Proche-Orient prophétisent sur une catastrophe d’une ampleur phénoménale, cyclopéenne, dans cette région poudrière, où des êtres vivants meurent comme les insectes des champs. Les affrontements entre Israël et le Hamas, ironiquement, rappellent la fable de Jean de la Fontaine, Le Lion et le Moucheron : 

« Quelle chose par là nous peut être enseignée ? 
 J’en vois deux, dont l’une est qu’entre nos ennemis, 
Les plus à craindre sont souvent les plus petits ; »
L’autre, qu’aux grands périls tel a pu se soustraire, 
Qui périt pour la moindre affaire.

     Joe Biden a explosé d’irrationalité après l’attaque du Hamas sur le territoire israélien et la prise des otages : « Il faut une riposte écrasante… » Cependant, le successeur de Donald Trump semble oublier la leçon morale de la fable : le Lion symbolise la force; et le Moucheron l’intelligence. Nous en avons parlé la dernière fois, dans nos réflexions sociopolitiques et économiques. Les sentiments d’infaillibilité des êtres et des choses ne tiennent qu’à l’arrogance, l’ignorance et l’illusion. Le Comte de Gormas, lui-même, en fit la funeste expérience : « Ton bras est invaincu, mais non pas invincible…Mes pareils à deux fois ne se font point connaître. Et pour leurs coups d’essai veulent des coups de maître  » 

     Le Moucheron a triomphé du Lion, mais trouva aussi son compte dans une toile d’araignée inoffensive. L’existence entière est un vaste laboratoire d’introspection et d’extrospection. Malheureusement, les têtes brûlées qui gouvernent l’humanité sont défavorisées par Athéna, fille de Zeus et de Métis, déesse de la raison, de la stratégie militaire, de la prudence et de la sagesse. 

     La guerre est de nouveau à nos portes. Par la faute des  « seigneurs hégémonistes », toute la terre risque d’exploser comme la navette spatiale Challenger le 28 janvier 1986. Les États-Unis rassurent leur allié Israël d’un soutien militaire qu’ils qualifient d’indéfectible. L’USS Gerald R. Ford (CVN-78), le plus grand porte-avions du Pentagone, s’est déjà posté dans les eaux de la Méditerranée. Washington espère arriver à éviter les risques d’un débordement régional. Et même mondial. Selon le ministre états-unien de la défense, Lloyd Austin,  la présence des forces armées états-uniennes sur les lieux du conflit s’inscrit plutôt dans une logique de dissuasion. Il s’agit d’empêcher l’Iran, le Hezbollah libanais, et d’autres pays arabes de rejoindre le cercle de la belligérance. Ces pays ont déjà lancé des mises en garde sévères à Israël contre une décision illégitime et arbitraire d’envahir et de contrôler la bande de Gaza. La situation, disent-ils, serait incontrôlable. Et les conséquences, particulièrement désastreuses et mortifères.

      C’est vrai que ce sujet épineux incite à la plus haute réserve et à la plus grande précaution. Les agissements politiques des enfants d’Abraham envers les habitants de la Bande de Gaza, – il faut le dire clairement –, souvent non conformes aux valeurs morales, aux conventions et aux traités internationaux,  sont toujours au-dessus de tout blâme. Les Israéliens comptent autour d’eux des alliés puissants. Leurs richesses économiques et financières se déploient à la grandeur de la planète. Les Juifs établis sur les cinq continents n’arrivent plus à comptabiliser  argent,  mobiliers et immobiliers. Et par-dessus tout, comme si cela ne suffisait pas, « l’Éternel » aurait même fait d’eux, – selon les Écritures –, les premiers et principaux héritiers de son « paradis ». Ils sont donc, – contrairement à vous et à moi –, les  « enfants légitimes » de la « Création ».

     Les États-Unis, le Canada, la France, l’Angleterre, l’Allemagne, pour ne citer que ceux-là, révèrent Israël comme les Frères de l’Instruction Chrétienne nous apprenaient, enfants,  à vénérer Jean-Marie de La Mennais, à encenser  le catholicisme rétrograde et son « mensonge théorisé », – pour reprendre  les termes que Jean-Pierre Rioux a utilisés dans un contexte différent –, et à abhorrer les Indiens. Particulièrement Caonabo et le cacique Henri. 

      Les chefs d’État occidentaux ressassent sans arrêt le refrain: « Israël a le droit de se défendre. » Nous ne disconvenons pas du principe de défense légitime. Cependant, les Palestiniens également doivent pouvoir jouir et exercer leurs droits inaliénables : appartenir à un État souverain et indépendant, vivre paisiblement sur un territoire prospère, manger à leur faim, boire à leur soif, envoyer leurs enfants à l’école sans aucun risque qu’ils soient déchiquetés par les bombes, jouer et s’amuser en toute sécurité, dormir sans être réveillés par les bruits assourdissants des détonations… Tous les peuples de la terre, de même que les Juifs d’Israël, ne devraient pas aliéner ces privilèges acquis à la naissance, comme nous le rappellent les contractualistes. Ces droits, y compris celui de la libre circulation, appartiennent à tous les êtres humains. 

     Les Gazaouis ne sont pas libres de leurs mouvements. Ils sont prisonniers dans une enclave où ils n’ont pas d’accès à des produits de base, qui sont pourtant essentiels à la survie de l’espèce animale. Israël a imposé son embargo criminel depuis 2007 à la bande de Gaza. Des enfants meurent de faim et de soif. Des malades décèdent à cause de la rareté de médicaments pour soigner certaines maladies. Des organismes internationaux d’aide humanitaire qui tentent de pénétrer à Gaza avec de la nourriture et des remèdes se voient contraints par l’armée d’Israël de faire demi-tour sans qu’ils parviennent à livrer leurs cargaisons. Des militants téméraires du respect des droits de l’homme se font emprisonner par le Tsahal, après l’arraisonnement arbitraire de leurs embarcations. L’importation des matériaux de construction est prohibée. Alors que les colons juifs continuent d’accaparer les terres des paysans palestiniens pour construire leurs maisons luxueuses, et bien pourvues en eau et en électricité. Si Israël a des droits, – ce qui est incontestable –, n’a-t-il pas également des devoirs? L’un ne va pas sans l’autre. Là encore, nous évoquons « les principes de l’unité des contraires » définis par le grand philosophe Héraclite.   

     Jean-Luc Mélenchon de « La France insoumise » a failli se faire guillotiner comme Louis XVI et Marie Antoinette pour avoir osé évoquer les misères et les souffrances du peuple palestinien, depuis qu’Israël s’est installé officiellement sur les territoires de la Palestine le 14 mai 1948. Trois ans après la deuxième guerre mondiale, l’Organisation des Nations unies (ONU) décide de créer un État hébreu pour permettre à chaque Juif, – contrairement au Fils de l’Homme –, d’avoir « un endroit où reposer sa tête ». 

     L’idée de la création d’un État hébreu indépendant vient du médecin, journaliste et militant sioniste Léon Pinsker. En 1882, une année environ  après les pogroms de 1881, il rédige une brochure, Autoémancipation! Avertissement d’un Juif russe à ses frères, afin de propager ses idées et de vulgariser sa conception du sionisme. Léon Pinsker est mort le 21 décembre 1891, à l’âge de 69 ans, à Odessa, en Ukraine. 

L’histoire en pointillé

     Le soleil n’a plus sa clarté étincelante pour les enfants de Gaza depuis le 14 mai 1948, date de la création, disions-nous, de l’État d’Israël par la redoutable Golda Meir, aidée  d’une pléthore d’activistes politiques juifs.  Aujourd’hui, l’astre radieux est devenu carrément triste et pleurard sous les cris de détresse des fillettes et des garçonnets gazaouis, pourtant pleins de vie, remplis d’avenir, qui meurent par centaines sous une pluie de missiles qui ne s’arrête pas depuis la journée triste où le Hamas a mené ses « actions de vengeance » sur le sol hébraïque. 

   Les morts innocents, des deux côtés, ne retourneront pas à la vie. Et c’est bien regrettable. Les populations civiles de certaines régions du globe sont prises en otage et sacrifiées par des gouvernements impudents qui cherchent à satisfaire des intérêts individuels, partisans et groupusculaires. Lorsque le chef de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Yasser Arafat, et le Premier ministre israélien, Yitzhak Rabin, se sont serré la main le 13 septembre 1993, en présence du président Bill Clinton, dans le cadre de l’entérinement des accords d’Oslo en Norvège, l’espoir d’une paix durable entre les deux peuples frères renait sous les applaudissements de l’assistance. Le rêve du combattant infatigable, Yasser Arafat, pour plusieurs observateurs, allait enfin s’accomplir : la création de l’État de Palestine pour permettre aux deux ethnies de jouir des bienfaits d’une cohabitation pacifique et bénéfique. Et c’était possible. Avant, Palestiniens et Israéliens ne festoyaient-ils pas ensemble? 

     Cette entente historique débouche sur la création de l’Autorité palestinienne. Yasser Arafat rejette la lutte armée et signe une lettre officielle dans laquelle il reconnait l’existence d’Israël. En 1994, Yitzhak Rabin approuve le traité de paix israélo-palestinien. Si une partie de la population appuyait les efforts de paix de Rabin, on ne saurait en dire autant des militants juifs d’extrême droite, qui lui vouaient plutôt une haine implacable. Pour la deuxième catégorie, Yitzhak Rabin avait fait une entorse à la « Torah ». Il avait cédé aux Palestiniens une portion importante de la « terre promise ». Il ne faut pas non plus oublier que, grâce aux accords d’Oslo, les trois instigateurs, Yasser Arafat, Yitzhak Rabin et Shimon Peres, ont obtenu ex aequo le prix Nobel de la paix en 1994.  

     Cependant, l’espoir se change bien vite en cauchemar. Le 4 novembre 1995, un Juif extrémiste religieux, haineux et mécontent, Yigal Amir, étudiant en droit,  tire trois balles dans le dos d’Yitzhak Rabin. Quelques instants après, celui-ci meurt a 73 ans sur la table d’opération de l’hôpital Ichilov de Tel Aviv. Le Premier ministre venait de prononcer un discours de paix sur la place des rois d’Israël. Shimon Peres lui succède. 

     Ariel Sharon, le Premier ministre qui a remplacé Ehud Barak le 7 mars 2001, viendra définitivement enterrer les accords d’Oslo, en permettant l’implantation de colonies israéliennes sur le territoire cisjordanien. En 1983, Ariel Sharon est accusé dans le massacre de Sabra et Chatila. Il passera huit années dans le coma avant de rendre le dernier soupir.

     La chronicité des tensions entre Israël et la Palestine a permis de constater l’élargissement du fossé de la « décrédibilisation » des positions des gouvernements occidentalistes sur la scène politique internationale. Lorsqu’un Juif tombe sous les roquettes du Hamas, la presse des États inféodés à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) en fait ses choux gras, et condamne unanimement le soi-disant « terrorisme » palestinien. Alors que les centaines d’habitants de Gaza qui meurent sous les missiles du Tsahal n’occupent aucune place prépondérante dans les colonnes des grands quotidiens généralistes à forte teneur impérialiste. La situation qui prévaut actuellement en Terre Sainte n’est pas celle de la guerre. Mais d’un massacre planifié. La guerre se fait à armes égales. De manière proportionnée. La Palestine ne dispose pas de moyens militaires suffisants pour affronter l’État hébreu.

     L’Organisation des Nations unies (ONU), – comme il en est de son habitude –, se contente de lancer des mises en garde hypocrites aux belligérants. Les dirigeants des puissances enrichies ne montrent aucune volonté de freiner le compacteur qui aplatit présentement Gaza. Comme à l’époque de l’Ancien Testament, la Palestine est déclarée « anathème » par le peuple de Dieu, celui-là même qui a renié Jésus et rejeté sa divinité. Et pire encore, qui lui a préféré le brigand Barrabas !

 Ce n’est pas normal

 Lorsque les conflits armés internationaux visent directement les enfants et les femmes, l’intention de « démocide » ou d’« ethnocide » est clairement exprimée. Nous conservons, – malgré le contexte –, l’exemple du pogrom juif, à l’époque de la deuxième guerre mondiale, qui révolte jusqu’à présent la conscience humaine. C’est toujours choquant et regrettable de voir des enfants ensanglantés expirer dans les bras de leurs parents bouleversés. Jamais la mémoire individuelle et collective n’arrivera à se débarrasser des images  désolantes des Juifs qui partaient vers les camps de concentration, et qui allaient finir cruellement dans les chambres à gaz des assassins nazis. On en parle aujourd’hui encore. Pourtant nous sommes en octobre 2023. Il en est de même pour l’extermination des Indiens d’Amérique. La traite des noirs. Les drames d’horreur rédigés par des mains sales et criminelles ont la vie dure. Résistent contre l’usure du temps. À Gaza, Israël écrit l’histoire sous le mauvais angle. 

     Cette guerre sale nous rappelle le cynisme du Roi David envers Urie qu’il poussa à la mort pour lui ravir sa séduisante épouse Bethsabée.  Netanyahu joue le rôle du méchant : celui du personnage froid, antipathique, interprété par Gian Maria Volonté, surnommé incorrectement l’Indien dans le film de Sergio Leone, « Et pour quelques dollars de Plus », le salaud qui a fait fusiller la mère et le bébé pour se venger du mari et du père. Les cinéphiles n’arrivent pas à oublier les pleurs nourris du nourrisson et le silence angoissant qui s’en est suivi après la détonation fatidique. L’État hébreu – ce n’est une surprise pour personne –  nourrit le rêve scandaleux d’annexer la Bande de Gaza à son territoire. Et même la Cisjordanie. Le plan macabre du sionisme serait de contraindre les Arabes de Palestine à dresser leurs tentes  dans les autres pays musulmans. C’est ainsi qu’Israël compte résoudre  à moyen ou à long terme les problèmes posés par sa décision contestée de faire de Jérusalem sa capitale politique. Y aurait-il des intentions génocidaires derrière la réponse disproportionnée aux actes de brutalité posés par le Hamas le 7 octobre 2023 sur le territoire des colons israéliens?   

     Israël tue. Sans pitié. Pour se venger de l’affront monumental, ineffaçable subi d’Ismail Haniyeh, le chef du bureau politique du Hamas, réfugié au Qatar. Le redoutable Netanyahu adopte tous les moyens  pour chasser ou exterminer la population gazaouie. « Partez ou mourez! » La Bande de Gaza se désintègre sous l’explosion des bombes. Les maisons  deviennent des bouteilles en verre et volent en éclats avec les occupants. La mort surprend les habitants dans leur sommeil. Des organismes des droits humains commencent déjà à agiter la question de « crime contre l’humanité ». Aux dernières nouvelles, ce mardi 17 octobre 2023, une frappe meurtrière d’Israël a occasionné 200 cadavres dans un hôpital de la bande de Gaza.  

Dieu est mort

 N’est-ce pas Friedrich   Nietzsche qui l’a dit ? Aujourd’hui,  rares sont les individus qui acceptent d’être opprimés, asservis au nom de la sacro-sainte « religion ». Et c’est vrai pour les populations de plusieurs pays…!

 Ce qui dérange véritablement à Gaza, ce sont les corps inanimés des gosses : souples,  joyeux et criards quelques minutes avant l’explosion du missile fatal;  silencieux, ensanglantés, raidissants quelques secondes après la tragédie irréparable. Ils sont demeurés exposés dans les décors de l’horreur, jusqu’à ce que leurs dépouilles soient récupérées et portées en terre par les adultes impuissants, bouillonnant de douleur, de colère et de révolte. Les enfants israéliens, victimes des absurdités de la guerre, ne peuvent pas non plus nous laisser indifférents. Ils sont brutalement arrachés à leurs jouets pour une cause qu’ils ne comprennent même pas. Ils sont nés et ont grandi de part et d’autre dans la haine implacable des adultes. Durant le conflit de 2014, un garçon palestinien  blessé par les soldats du Tsahal a déclaré à sa mère bouleversée: « Je voulais devenir médecin, mais je veux maintenant apprendre à fabriquer des roquettes  pour lancer sur les Israéliens. » 

     Dans plusieurs capitales du monde, des voix s’élèvent pour demander à Israël d’user de compassion et de modération envers la population civile de Gaza.  Des Juifs de la diaspora ont manifesté à New York pour exprimer les mêmes appréhensions apocalyptiques. Au cas où le Tsahal aura décidé de lancer son offensive sur Gaza, les conséquences d’un embrasement du conflit seront imminentes. Et pas seulement au Moyen-Orient! 

     Les troupes d’Israël se préparent à envahir Gaza. L’humanité retient son souffle. Une nouvelle tragédie mondiale est en train de naître.

 Robert Lodimus

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