par Me Daniel Jean
Aujourd’hui, il s’est révélé à moi le vrai sens du mot “découverte” ce n’est nullement le produit d’une invention humaine, mais la révélation d’une existence jusque-là ignorée.
Donc, la découverte est la surprise de notre colossale ignorance de l’autre, de la réalité et de notre petitesse en dépit de notre prétention à être le tout de l’ensemble, l’infini de la droite ou le rien du néant .
Partant de ce constat ne faudra-t-il pas revisiter notre histoire? Ne faudra-t-il pas que les haïtiens repêchent la statue de Christophe Colomb jetée aux précipices de la rade de Port-au-Prince pour le refixer au quai afin que l’occident découvreur redécouvre trôné le plus grand des ignorants du panthéon de ses ancêtres. Cette présence de ce génois-espagnol sous le soleil tropical face à la mer rappellerait à cette partie du monde sa longue et béate ignorance de cette fine civilisation aztèque, phénicienne et indo-américaine vieille de plusieurs millénaires.
Il faut que nous sortions du piège de la déconstruction programmée de notre passé, de notre présent et de notre futur en faisant des déductions ou des divisions dans notre patrimoine culturo-historique arrangeant ainsi l’affaire de nos détracteurs. Ils connaissent déjà nos peurs, nos frustrations, nos haines, nos fausses ambitions et nos suspicions légitimes; ils en ont préparé à notre goût un cocktail sulfureux qui nous tue à petit feu.
La première chose ils ont dilué dans le sang et la poussière de la banalisation toutes nos dates importantes de notre histoire, lesquelles nous ont valu cette fierté altière et ont rétabli l’âme longtemps ignorée aux corps nègres. La deuxième chose ils nous ont poussés à désacraliser nos morts pour mieux détruire nos cimetières, vestiges de notre passage sur ce coin de terre et témoignages archéologiques et historiques sûrs de notre vie, longtemps pérennisée par les nombreuses épitaphes gravées sur marbre et bronze.
Depuis quelques temps nos saboteurs sont dans le processus de destruction de l’une des plus vieilles universités du savoir nègre, l’Université d’Etat d’Haïti, parce qu’ils veulent que nous soyons que des artisans, manœuvriers et esclaves modernes. C’est quoi l’histoire que les nègres parlent de droits, d’épidémiologie, d’ethnologie, de sciences? Ils nous prennent nos jeunes gaillards, ils font courir nos docteurs, enseignants et scientifiques pour qu’il n’y ait plus de transmission de savoir et de connaissances.
On notera que maintenant on ne parle plus de l’état failli, mais de la disparition des trois pouvoirs de l’Etat avec l’une des plus vieilles institutions judiciaires du nouveau monde la Cour de Cassation Haïtienne et bientôt d’ici 30 Septembre 2024, la Cour Supérieure des Comptes sera aussi histoire ancienne avec la fin du mandat de ses dix membres .
Par ailleurs, ces derniers mois nous enseignent sur l’effondrement très prochainement du système financier haitien. Après les vagues de démobilisation et de délocalisation des banques étrangères au cours de la fin du 20 ème siècle, il a fallu la mobilisation des maigres épargnes et d’actions des petits fonctionnaires et commerçants haïtiens pour constituer les capitaux de rachats des maigres assets immobiliers de ces anciennes banques, obligées de les abandonner aux haïtiens mais au prix de la sueur et du sang, puisque les devises étrangères par elles étaient déjà drainées ailleurs .
BNC, SOGEBANK, UNIBANK et tant d’autres ont fait dans la galère le grand pari, malgré les exigences de toutes sortes à elles faites souvent différemment à celles imposées aux autres institutions financières concurrentes des pays voisins et même de ceux réputés comme des paradis fiscaux.
Pour une fois, non pas sans surprise elles ont pu tenir et garder un minimum d’ordre et de rigueur de gestion; en dépit de tout ce que nous pouvons leur reprocher comme : carence, avarice, pratique de rente, il reste un fait certain, qu’elles tiennent en rang serré et ordonné et, grâce à la BRH, elles permettent que Haiti fasse des affaires avec l’extérieur et garantissent au moins un minimum d’investissement .
Cependant, l’effacement de l’Etat haitien actuellement ne nous évite pas de subir collectivement la sanction d’un ou de plusieurs acteurs de la chaine des affaires, parce que l’Etat est incapable de suppléer à la carence ou au manquement d’un conseil d’administration d’une société commerciale ou même y imposer un syndic de gestion en temps de crise malgré la nécessité de la garantie de l’emploi et de la sécurité des investissements. Dans tout autre pays, particulièrement aux USA, pareilles entreprises seraient considérées ipso facto comme un maillon de la chaîne de sécurité publique et de la paix sociale où coûte que coûte l’Etat interviendrait en garantie de leur pérennité.
Alors, voici que nous assistons pantois à nous regarder encaisser l’ultime coup de grâce qui scellera notre effondrement définitif de Première République Noire, sans Etat, sans forces de sécurité et sans finances publiques et privées.
Les occupants connus et voilés liés aux affairistes politiques sollicitent des bottes nègres pour venir nettoyer cette salissure noire sur la carte blanche de l’amérique. Comme au bon vieux temps où le nègre commandeur tapait, corrigeait son frère vilain, paresseux ou rebelle au profit du maître blanc.
Malheureusement, nos compatriotes par leur haine coloriste séculaire , leurs frustrations de classe, de génération, de genre, par leur guerre civile de chapelles politiques et affairistes jouent le jeu des iconoclastes de notre race et tombent lamentablement dans leur piège.
Haïti, bientôt un mythe, un récit comme ceux de Bouqui et Ti Malice. ???
Daniel JEAN
15/10/2023

