Me Luckson Dantès, Avocat
//Barreau de St-marc//
Le Paysan des Verrettes
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Verrettes, Haïti, le lundi 14 Août 2023
Lettre historique ouverte à l’Afrique
Chers (es) tantes et oncles, cousines et cousins consanguins, consœurs et confrères professionnels, sœurs et frères spirituels, filles et fils de notre patrie lointaine, l’Afrique, nous vous saluons avec amour, fraternité et patriotisme.
Au Grand Architecte de l’Univers qui a entendu et fait suite à nos Cris au secours, nous brûlons de l’encens et allumons des cierges d’honneur.
Nous avons beaucoup prié et gardé l’espoir. Nous croyions fermement que nous ne partirions pas pour l’orient lointain et éternel sans vous rencontrer un jour. Vous avez passé beaucoup de temps à nous rechercher. Nous le savons très bien. Traditionnellement, nos vieux parents ont toujours témoigné de votre générosité envers eux. Et nous, nous gardons les bons souvenirs de ces choses.
Lorsque les sauvages insensibles de l’Europe avaient enlevé de force nos bons vieux parents de l’Afrique, certains n’ont pas eu le temps même de dire adieu à leur famille, voire rendre une dernière visite aux petits voisins et amis des villages. Alors que les moyens de communication de l’époque n’étaient point accessibles à tout le monde. De fait, nos mères et pères étaient privés de tout. On a enlevé des fillettes de dix ans et des garçonnets de douze ans; parfois, au retour de l’école. Ne voulant pas vous faire pleurer au réveil d’une histoire tragique, nous nous réservons. Mais laissez nous vous dire tout simplement que l’enfer a commencé le jour même de leur enlèvement brutal.
Il n’y a pas eu vraiment de traites parmi vous au sens que des historiens racistes et égoïstes, ardents défenseurs des idéaux coloniaux de l’époque à l’exemple de Moreau de St-Méry, voudraient-ils nous l’apprendre. Nous les noirs, nous nous aimons trop pour trahir nos sœurs et frères, cousines et cousins, tantes et oncles, nièces et neveux voire nos filles et fils. Nous avons la peine de voir des contemporains éclairés se glissant sur les mêmes pentes que les historiens aux idées préconçues dont certains d’entre eux furent propriétaires de terre et d’esclaves et d’autres travaillant pour la Couronne de France.
Bien que nos ancêtres aient été enlevés de l’Afrique à destination inconnue, ils gardaient l’héroïsme africain au point qu’ils ont vaincu les colons jusqu’à fonder en Amérique la Première République Noire libre de la Sphère humaine. Vous vous souvenez de François Dominique Toussaint, le Prince des Aradas? Oui, le fils des époux Pauline et Hyppolite. Jean-Jacques Dessalines lui-même naquit d’ici à Cornier dans la grande Province du Nord. Eh bien, c’étaient eux mêmes en compagnie des braves gens comme Henri Christophe, l’incendiaire du Cap; François Capois, le héros de Vertières; Magny et Lamrtinière de la Crête-à-Pierrot et autant d’autres qui, à peine de sang, ont tué l’espoir de Napoléon Bonaparte consistant à pérenniser l’entreprise servile. Il y avait beaucoup de héroïnes à l’œuvre, entre autres Claire Heureuse, l’impératrice; Marie Jeanne, la confidente de Dessalines; Catherine Flon, la couturière de l’Arcahaie; le Manbo de Sainte Suzanne; Sanite Belair, la lieutenante des Verrettes etc. Vous avez bel et bien partagé leur histoire.
Femmes et hommes de la race intelligente, la nouvelle de votre prochain voyage dans les Antilles américaines a fait écho dans le monde, connaissant la destination principale. Nous, les patriotes fidèles au nationalisme dessalinien, avons honte des motifs de ce voyage. Oui, nous avions à cœur de vous retrouver et nous ne pouvons pas attendre de ce jour. Mais nous aurions préféré d’aller vous voir chez vous ou chez un voisin. Telles déclarations vous surprennent, n’estce pas ? Nous sommes persuadés que vous savez les raisons mieux que nous.
Race! La vie n’est pas bonne ici. Nos anciens parents ont eu de mauvais modèles: les maîtres stupides de l’Europe. Les héritages honteux à nous léguer ne garantissent pas notre bonheur. À Quisqueya Bohio, nos entrailles n’étaient ni éduquées ni instruites à l’exception de quelques rares sang-mêlé. Quant aux bossalles, c’était de la bestialité. L’historien Jean Fouchard nous apprend qu’ils étaient «mal nourris, mal vêtus et mal logés». La moindre infraction était punie de mort. Disons, en effet, que le Code noir fût strictement appliqué.
Vos parents enlevés injustement d’Afrique étaient contraints à l’amplification de la barbarie européenne répudiée par toutes les civilisations. Ils vivaient à Saint-Domingue dans une ambiance d’enlèvement et de séquestration contre rançon des personnes comme il a été le cas des bossalles.
Vous vous en souvenez ? Les blancs violaient nos marabouts d’Afrique : dames mariées, servantes de maison, fillettes domestiques etc. Tout se faisait au vu et au su des esclaves. Ceux qui maîtrisaient les armes ou ayant l’art de la guerre étaient fréquemment utilisés dans des conflits terriens opposant les maîtres entre eux. Et par conséquent, beaucoup de terrains ont été accaparés de force. Pour ceux qui ont eu la vertu des Divinités africaines, ils étaient impliqués dans des pratiques sorcières. Bref, ils prenaient des terres, incendiaient des industries, enlevaient et tuaient des blancs pour blancs. Voilà donc les meilleures écoles de nos Héros de Liberté.
Race, ce sont là les héritages sacrés de notre passé colonial. Tels maîtres, tels esclaves. Nous avons du mal à divorcer des pratiques bestiales de nos anciens bourreaux français. Des efforts ont été faits au cours des ans. A chaque pas, on infiltre nos mouvements populaires. Nombreux sont-ils. Que dites-vous du «Bwa Kale»? Ça aurait pu marcher, n’est-ce pas ? Mais hélas, les néocolons noirs, serviteurs à gage de la Métropole battue par les armes Dessaliniennes, sont aussi nombreux et puissants que nous. Un mal pour un bien quand même ! Car, si le «Bwa Kale » marchait, nous ne pourrions pas vous voir facilement. Là où vous viendrez sous peu, même un passeport est réservé aux chefs et aux plus offrants.
Vos sacs sont prêts. Bientôt vous prendrez les mers. Des millions de dollars américains sont prévus pour votre mission. Alors que notre Police et notre Armée puissent résoudre le problème des gangs travaillant sans repos pour des patrons de tous horizons, toutes couleurs et toutes langues; ayant des fois l’autorité politique, civile, policière ou militaire. Vous les connaissez aussi bien que nous, car les secrets de l’insécurité haïtienne, principal motif de votre prochain voyage, sont censés connus de tous.
Nous pouvons former en Haïti, d’aussi bons policiers et soldats que ceux de nos oppresseurs occidentaux. Nous en avions la bonne habitude. Rappelez-vous de notre histoire révolutionnaire. Quoique cela, des semblants collaborateurs sans honte osent traiter nos valeureux guerriers de vanu-pieds. Attention Race! Vous viendrez participer à la résolution d’un problème dont les coauteurs sont encore là. Donc, veuillez les solliciter la bonne formule et les demander aussi d’en participer activement. Ainsi, vous sortirez têtes hautes dans l’allégresse de nous visiter et enfin retourner en Afrique avec les sentiments d’un travail bien fait, du problème résolu et de la mission accomplie.
Race, veuillez -vous demander l’autorisation de travailler sur des dossiers criminels tels que les assassinats des étudiants dont Grégory Saint-Hilaire, le Bâtonnier de l’Ordre des Avocats de Port-au-Prince, Me Monferrier Dorval, le feu Président Jovenel Moïse, l’ex sénateur Yvon Buissereth, le leader du RDNP Érick Jean-Baptiste sans compter les crimes d’État sur les populations de la Petite-rivière de l’Artibonite, de Liancourt,… et des Verrettes; des dossiers financiers tels que les dépenses de la CIRH de Bill Clinton, l’utilisation des Fonds Pétrocaribe, la collecte des 1.50 sur les transferts internationaux de l’ancien président Michel Joseph Martelly, … et les 25 stades du PM Laurent Lamothe; des dossiers de corruption impliquant des hauts gradés de l’État au travers de FAS,ONA, OFATMA, ODVA, CNE etc.
En tout cas Race ! Loin de nous l’idée développer chez vous une psychose de peur par une estimation idiote de votre génie politico-militaire. Notre démarche consiste seulement à vous en attirer l’attention. On en parlera profondément lorsque vous serez là. Dès votre arrivée en Haïti, au son des canons nous chanterons à votre honneur les plus fraternelles chansons de bienvenue. Tenez bon, Race !
Me Luckson Dantès, Avocat
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