CONSULTATIONS DU CONSEIL DE SÉCURITÉ
SESSION OUVERTE
Exposé de Mme María Isabel Salvador
Représentante spéciale du Secrétaire général pour Haïti et chef de l’Unité de coordination de l’aide humanitaire de l’ONU (BINUH)
BINUH
6 juillet 2023
Madame la Présidente,
Mesdames et Messieurs les membres du Conseil,
Demain, le 7 juillet, marquera le deuxième anniversaire de l’assassinat du Président Jovenel Moïse. L’appel pour que les responsables de ce crime odieux soient traduits en justice se poursuit. Son assassinat a plongé Haïti dans une crise politique plus profonde qui a été exacerbée par un effondrement sans précédent de la sécurité, avec des bandes armées criminelles imposant un régime de terreur et de violence dans la plupart des quartiers de Port-au-Prince. Cette situation grave est aggravée par les crises humanitaires, socio-économiques et des droits de l’homme auxquelles le pays est confronté.
Mesdames et Messieurs,
Comme le Secrétaire-Générale a dit lors de sa récente visite en Haïti : « Il ne peut y avoir de sécurité durable sans un rétablissement des
institutions démocratiques – et il est impossible de parvenir à des solutions politiques pérennes et pleinement représentatives sans une amélioration drastique de la situation sécuritaire. »
Depuis mon premier exposé au Conseil il y a deux mois et demi, des progrès ont été réalisés dans la mise en œuvre de l’accord du 21 décembre, qui définit le cadre de notre engagement avec les autorités nationales et les autres parties prenantes.
Dans ce cadre, le Haut Conseil de Transition a organisé un Forum en mai qui a rassemblé des représentants, de tout le pays, du secteur politique, de la société civile et du secteur privé, y compris des non-signataires de l’Accord du 21 décembre. Le Forum a permis à toutes les parties prenantes haïtiennes de discuter de questions clés concernant les réformes constitutionnelles et électorales, la bonne gouvernance et les questions socio-économiques. Le
Le Forum a adopté une déclaration commune appelant notamment au déploiement d’un « soutien international robuste au gouvernement haïtien ».
d’un « soutien international solide à la police nationale haïtienne ».
Dans le cadre du dialogue politique haïtien, je tiens à souligner l’initiative de la CARICOM, par l’intermédiaire de son groupe de personnalités éminentes, d’organiser en juin dernier une réunion des parties prenantes haïtiennes en Jamaïque, qui a rassemblé le Premier ministre Henry, des partis politiques et des groupes de la société civile.
À son retour de Jamaïque, le Premier ministre Henry s’est engagé à modifier son cabinet pour le rendre politiquement plus inclusif, à élargir le Conseil supérieur de transition et à accélérer la présentation des candidats au Conseil électoral provisoire. J’espère que ces engagements se concrétiseront rapidement. Par mes bons offices, je n’épargnerai aucun effort pour continuer à soutenir les initiatives de dialogue sur la voie à suivre.
En tant que parties engagées dans un dialogue continu, j’attends avec impatience la visite en Haïti du groupe de personnalités éminentes de la CARICOM pour continuer à soutenir les consultations inter-haïtiennes sous les auspices du Conseil supérieur de transition.
La visite de solidarité et de travail du Secrétaire général en Haïti met en lumière l’impératif d’action des Haïtiens et de la communauté internationale. Le Secrétaire général a rencontré le Premier ministre Ariel Henry, le Conseil supérieur de transition, un échantillon représentatif des partis politiques et des organisations de la société civile.
politiques et des organisations de la société civile. Il a insisté sur la nécessité de
Il a insisté sur la nécessité de poursuivre le dialogue et sur son soutien indéfectible au déploiement d’une « force internationale robuste » pour aider la police nationale haïtienne.
Les Haïtiens, toutes tendances politiques confondues, soutiennent largement le déploiement d’une telle force. Il est vrai que la présence d’une force internationale en Haïti pourrait susciter des réactions mitigées. À l’instar de ce que le Secrétaire général a entendu lors de sa
visite en Haïti, j’ai moi aussi entendu, depuis mon arrivée, des appels à la sécurité
sécurité internationale. La force internationale robuste dont Haïti a besoin doit compléter et renforcer – et non remplacer – la police nationale haïtienne, dans le plein respect de la souveraineté nationale d’Haïti.
Lors de la réunion des chefs d’État de la CARICOM qui s’est tenue cette semaine à Trinité-et-Tobago, le secrétaire général a réitéré le besoin urgent d’une « force internationale robuste autorisée par le Conseil de sécurité » et a réitéré son appel aujourd’hui.
Bien que la transition politique et la lutte contre les gangs doivent rester séparées, elles sont inextricablement liées.
L’amélioration de la sécurité et la poursuite du dialogue politique permettraient
la possibilité d’organiser des élections, une étape cruciale sur la voie du rétablissement des institutions démocratiques et des représentants élus à tous les niveaux du gouvernement.
Le secteur de la justice reste confronté à de graves difficultés, mais il y a quelques lueurs d’espoir, notamment l’adoption d’un décret contre la corruption, le blanchiment d’argent et le commerce illégal d’armes. Je suis également optimiste quant aux efforts déployés par les autorités nationales pour améliorer le processus de vérification et de certification au sein du système judiciaire.
La situation sécuritaire désastreuse en Haïti s’est aggravée depuis mon premier exposé au Conseil. La violence se poursuit et s’est intensifiée, au-delà de Port-au-Prince, comme l’indique le rapport du Secrétaire général. L’apparition de groupes d’autodéfense ajoute encore à la complexité de la situation. Depuis avril, le BINUH a documenté l’assassinat d’au moins 264 membres présumés de gangs par des groupes d’autodéfense.
Les violences sexuelles, y compris les viols collectifs et les mutilations, continuent d’être utilisées par les gangs pour terroriser et faire souffrir les populations et les quartiers sous le contrôle de leurs rivaux.
Outre les dommages physiques et mentaux, la violence des gangs a également un impact négatif profond sur les droits économiques et sociaux. L’accès à l’éducation, à la nourriture, à l’eau, à l’assainissement et aux services de santé a été gravement limité par les activités des gangs. Dans les zones touchées par la violence des gangs, les activités économiques sont périodiquement – voire définitivement – paralysées.
Fin juin, l’expert indépendant des Nations unies sur la situation des droits de l’homme en Haïti a achevé sa première visite dans le pays. Il m’a parlé directement de la situation désastreuse des droits de l’homme. Il est particulièrement préoccupé par les conditions de détention inhumaines et les niveaux stupéfiants de détention provisoire, par la violence sexiste largement répandue et par les déportations massives d’Haïtiens par certains pays.
La situation humanitaire est de plus en plus sombre et risque de se détériorer encore davantage. Aujourd’hui, 5,2 millions de personnes, dont près de 3 millions d’enfants, ont besoin d’une aide humanitaire et d’une protection urgentes.
Haïti connaît l’un des niveaux d’insécurité alimentaire les plus élevés au monde.
4,9 millions de personnes en souffrent.
L’augmentation de la violence dans la région métropolitaine de Port-au-Prince a entraîné le déplacement de près de 128 000 personnes, ce qui a provoqué une augmentation des migrations. Le système de santé haïtien est au bord de l’effondrement.
Le pays reste également très vulnérable au changement climatique et aux catastrophes naturelles. Début juin, des inondations meurtrières, suivies d’un tremblement de terre, ont tué 58 personnes et touché 45 000 foyers.
Cette situation est exacerbée par une inflation galopante et la dépréciation de la gourde haïtienne qui érode le pouvoir d’achat de la population.
Malgré la situation sécuritaire difficile et les contraintes qui en découlent, les Nations unies
continue d’avoir accès aux zones difficiles d’accès pour servir les communautés les plus
communautés les plus touchées par la crise et reste pleinement mobilisée pour soutenir tous les Haïtiens.
Haïtiens.
Membres respectés du Conseil de sécurité,
Le président du Comité des sanctions ainsi que le groupe d’experts se sont rendus en Haïti en juin. Les directeurs exécutifs de l’UNICEF et du PAM se sont rendus conjointement dans le pays.
Nous avons également eu la visite importante de la Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et à la consolidation de la paix, Rosemary DiCarlo, le week-end dernier. Elle a tenu des réunions fructueuses, notamment avec des représentants du gouvernement, le directeur général de la police nationale haïtienne, des femmes et d’autres groupes de la société civile.
Toutes ces visites importantes créent une dynamique et un intérêt international général pour la situation complexe en Haïti.
Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les membres du Conseil,
Comme vous le savez, le renouvellement du mandat du BINUH est imminent. Je vous demande de veiller à ce que le BINUH dispose de ressources suffisantes pour s’acquitter efficacement de son mandat et aider Haïti à sortir de ces crises, tout en garantissant la sûreté et la sécurité du personnel des Nations unies. Je tiens à saluer le courage et l’engagement de l’ensemble du personnel national et international du système des Nations unies en Haïti pour leur travail et leur engagement dans un environnement sécuritaire aussi hostile.
Il s’agit d’un moment critique que nous ne pouvons pas nous permettre de gâcher. L’heure est à la solidarité internationale et à l’action immédiate.
Je vous remercie.
María Isabel Salvador
SECURITY COUNCIL CONSULTATIONS
OPEN SESSION
Briefing by Ms. María Isabel Salvador
Special Representative of the Secretary-General for Haiti and Head of
BINUH
6 July 2023
Madam President,
Distinguished Members of the Council,
Tomorrow, 7 July marks the second anniversary of the assassination of President Jovenel Moïse. The call for those responsible for this heinous crime to be brought to justice, continues. His assassination submerged Haiti into a deeper political crisis which has been exacerbated by an unprecedented breakdown of security, with criminal armed gangs imposing a regime of terror and violence in most parts of Port-au-Prince. This grave situation is compounded by the humanitarian, human rights and socio-economic crises the country is facing.
Mesdames et Messieurs,
Comme le Secrétaire-Générale a dit lors de sa récente visite en Haïti : “Il ne peut y avoir de sécurité durable sans un rétablissement des
institutions démocratiques – et il est impossible de parvenir à des solutions politiques pérennes et pleinement représentatives sans une amélioration drastique de la situation sécuritaire.”
Since my first briefing to the Council two and a half months ago, some progress has been made on the implementation of the 21 December Agreement, which defines the framework of our engagement with national authorities and other stakeholders.
Within this framework, the High Transitional Council organized a Forum in May which gathered representatives, from across the country, of the political, civil society and private sector, including non-signatories of the 21 December Agreement. The Forum provided an opportunity for all Haitian stakeholders to discuss key issues around constitutional and electoral reforms, good governance and socio-economic issues. The
Forum adopted a Joint Declaration including a call for the deployment of
a “robust international support to the Haitian National Police”.
As part of the Haitian political dialogue, I want to highlight the initiative of CARICOM, through its Eminent Persons Group, to organize last June a meeting of Haitian stakeholders in Jamaica, which brought together Prime Minister Henry, political parties, and civil society groups.
Upon his return from Jamaica, Prime Minister Henry committed to changes in the cabinet to make it politically more inclusive; to the enlargement of the High Transitional Council; and to expediting the submission of candidates for the Provisional Electoral Council. I hope these commitments soon materialize. Through my good offices I will spare no effort to continue supporting dialogue initiatives on the way forward.
As parties engaged on continuous dialogue, I look forward to the visit to Haiti of CARICOM’s Eminent Persons Group in continued support to furthering inter-Haitian consultations under the auspices of the High Transitional Council.
The Secretary-General’s solidarity and working visit to Haiti casts the limelight on the imperative of action by Haitians and the international community. The Secretary-General met with Prime Minister Ariel Henry, the High Transitional Council, a cross section of the political
parties and civil society organizations. He impressed upon all the need to
move forward with dialogue and his unwavering support for the deployment of a “robust international Force” to assist the Haitian National Police.
Among the people of Haiti, across the entire political spectrum, there is widespread backing for the deployment of such a Force. It is true that the talk of the presence of an international Force in Haiti, could elicit mixed reactions. Similar to what the Secretary-General heard during his
visit to Haiti, I too have heard appeals, since my arrival, for international
security support. The robust international Force that Haiti needs must complement and strengthen – not replace – the Haitian National Police, in full respect for Haiti’s national sovereignty.
At the CARICOM Heads of State meeting this week in Trinidad and Tobago, when discussing Haiti, the Secretary-General reiterated the urgent need for a “robust international force authorized by the Security Council” and reiterated his call earlier today
While the political transition and the fight against gangs should remain on separate tracks, the two are inextricably linked.
Improved security and continuous political dialogue would bring about
the possibility to hold elections; a critical step on the path to reestablishing democratic institutions and elected officials at all levels of government.
The Justice sector continues to face severe challenges, but there are some glimmers of hope, which include the passing of a decree against corruption, money-laundering and illegal arms trade. I am also hopeful by the national authorities’ ongoing efforts on improving the vetting and certification process within the judicial system.
The dire security situation in Haiti has gotten worse since my first briefing to the Council. Violence continues and has intensified, moving beyond Port-au-Prince as noted in the Secretary-General’s report. The appearance of vigilante groups adds another layer of complexity. Since April, BINUH has documented the killing of at least 264 alleged gang members by vigilante groups.
Sexual violence, including collective rape and mutilation, continues to be used by gangs to terrorize and inflict pain on populations and neighborhoods under the control of rivals.
In addition to physical and mental harm, gang violence also has a deep detrimental impact on economic and social rights. Access to education, food, water, sanitation, and healthcare services has been severely limited by gang activity. In areas affected by gang violence, economic activities are periodically – if not permanently – paralyzed.
At the end of June, the UN Independent Expert on the Situation of Human Rights in Haiti completed his first visit to the country. I heard directly from him about the dire situation of Human Rights. Of his greatest concern is the inhumane detention conditions and staggering levels of pretrial detention., the wide-spread gender-based violence and the mass deportations of Haitians by some countries.
The humanitarian situation is increasingly grim and likely to deteriorate even further. Today, 5.2 million people, including nearly 3 million children, require urgent humanitarian support and protection.
Haiti has one of the highest levels of food insecurity in the world, with
4.9 million people suffering from it.
Increased violence in the Port-au-Prince metropolitan area has displaced nearly 128,000 people from their homes, prompting an increase in migration. Haiti’s health care system is close to collapse.
The country also remains highly vulnerable to climate change and natural disasters. In early June, deadly floods, followed by an earthquake, killed 58 people and impacted 45,000 households.
This situation is exacerbated by soaring inflation and the depreciation of the Haitian Gourde eroding the purchasing power of the population.
Despite the difficult security situation and related constraints, the UN
continues to have access to hard-to-reach areas to serve the communities
most impacted by the crisis and remains fully mobilized to support all
Haitians.
Respected Members of the Security Council,
The Chairperson of the Sanctions Committee as well as the Panel of Experts visited Haiti in June. The Executive Directors of UNICEF and WFP jointly visited the country.
We had also the important visit of Under-Secretary-General for Political and Peacebuilding Affairs, Rosemary DiCarlo last weekend. She had fruitful meetings, including with Government officials, the Director General of Haitian National Police, and women and other civil society groups.
All these important visits create momentum and general international interest on the complex situation in Haiti.
Madam President, Members of the Council,
As you know, BINUH’s mandate renewal is upon us. I ask for your support in ensuring that BINUH is adequately resourced to effectively and efficiently deliver its mandate and help Haiti out of these crises, while ensuring the safety and security of UN personnel. I want to recognize the courage and commitment of all the national and international personnel of the UN system in Haiti for their work and commitment in such a hostile security environment.
This is a critical moment, which we cannot afford to waste. This is a time for international solidarity andimmediate action.
Je vous remercie.
María Isabel Salvador

