11 octobre 2026
Haïti : Le Kenya à la rescousse ?
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Haïti : Le Kenya à la rescousse ?

Par Ducasse Alcin

Ariel Henry peut pousser un ouf de soulagement, exulter et même donner libre cours à ses ébats émotionnels. Car, enfin, ses prières semblent avoir été exaucées. Depuis un certain temps, que ce soit à travers ses pérégrinations ou à tout autre occasion se présentant devant lui, le discours de monsieur Henry est axé sur un seul tempo : intervention militaire. Obnubilé par l’idée d’ouvrir les frontières d’Haïti aux bottes militaires étrangères, Arriel était visiblement prêt à ramper s’il le fallait pour réaliser son objectif. Sauf que ses jérémiades se sont toujours heurtées par une fin de non-recevoir de la part des blancs, ses mentors.

Après maintes rebuffades de la part des pays constituant le core group, un peuple « frère », partageant le même sang africain et la même morphologie épidermique que ceux d’Haïti, est venu à la rescousse. Cette main secouriste il ne la doit qu’à à nul autre que la patrie de Jomo Kenyatta, le père de l’Indépendance du Kenya.

En effet, cette nation se situant sur la corne de l’Afrique de l’Est vient d’annoncer sa décision de se porter volontaire pour diriger une force d’intervention étrangère disposant d’un effectif de 1000 soldats. Fait révélateur : lorsqu’Haïti arracha son droit à l’autodétermination de la main des colons français, le Kenya ne portait même pas encore sa casaque de nouveau-né. Même son nom actuel ne lui était pas encore attribué. Jusqu’à 1920, il était connu sous le label du « Protectorat britannique de l’Afrique de l’Est ». C’est donc un État jeune, âgé de seulement 60 ans qui s’apprête à épauler Haïti qui est de 159 ans son aîné !

Mais là où le bât blesse n’est pas tant lié à la question de l’âge. Le plus saugrenu dans l’histoire est le fait que ce pays se trouve aux prises avec des difficultés sinon pires que celles d’Haïti. En effet, selon le « Transparency International’s Global corruption index of 2021 », le Kenya s’est rangé en 128ème position sur la liste des 180 Nations où la corruption bat son plein. Sa démocratie est tout aussi bancale. C’est un peu comme un médecin proposant des cachets à un patient qu’il n’a jamais essayés pour se soigner des mêmes maux.

Pas plus tard que lors des dernières élections remontant à 2022, plusieurs dizaines de Kenyans périrent dans la violence post-électorale qui s’en est suivie. Comment donc s’attendre à ce que le Kenya participe dans la construction d’une démocratie qui n’existe que de façon virtuelle chez lui.

On comprend mal qu’un pays aussi éxécrablement instable soit si déterminé à s’ériger en justicier pour nous aider à épousseter notre maison. Encore qu’il se trouve à des milliers d’encablures de nos rades, ne maîtrisant aucunement les arcanes de la problématique de la crise haïtienne.

On n’a rien contre le Kenya, mais la présence de son armée sur le sol haïtien constituerait un véritable camouflet pour Haïti. Ce serait aussi une triste réminiscence des forces népalaises qui nous ont laissé le choléra comme pénible héritage et qui continue de nous ravir des âmes aujourd’hui encore.

Faut-il rappeler qu’en 2022, le Kenya faisait face à une résurgence des cas d’Ebola sur son territoire occasionnant des dizaines de morts. Sans taire le fait qu’au cours de la même année, il avait recensé environ 7800 cas de choléra dont 122 morts pour le mois de mars écoulé. On ne veut pas jouer les Cassandre mais l’horizon paraît très périlleux pour Haïti devant le spectre d’une telle intervention militaire.

Qu’on ne se la bâille pas ! Le Kenya n’a pas abouti à cette décision de son propre chef. Les véritables mains cachées derrière cette proposition ne sont autres que celles de l’incontournable Oncle Sam.

On sait tous que dès 1823, les États-Unis propulsés par la doctrine de Monroe, ont fait des pays se trouvant dans l’hémisphère l’ouest sa chasse gardée. Ainsi donc, il aurait été quasiment impensable pour un pays infrastructurellement faible et démocratiquement rabougri que le Kenya puisse se lancer dans une telle aventure s’il n’avait pas eu la bénédiction des États-Unis.

C’est dans la foulée des attentats terroristes de 1998 à Nairobi, que les Américains ont jeté leur dévolu sur le Kenya pour le transformer en territoire proxy. En 2020, par exemple, un rapport du Pentagone faisait état de deux bases militaires sur le sol kenyan dont une à Mamba bay et l’autre à Mombassa.

En bon opportuniste, les États-Unis se sont fait le devoir de maintenir une présence militaire tentaculaire dans la région, sous prétexte de combattre le mouvement Djihadiste Al-Shabaab qui est une nébuleuse d’Al-Qaïda. Mais leur vrai objectif consistait à retirer leur part du gâteau, dont l’empire britannique faisait son apanage et sa basse-court.

On comprendra plus éloquemment ce qui est en train de se tramer lorsqu’on se rappelle que le 22 juin dernier, en marge d’un sommet tenu à Paris, une photo dépeignait une poignée de main entre le Président Kenyan, William Ruto et le Premier ministre de facto, Ariel Henry. L’ambiance était allègrement bon enfant. Les deux hommes apprenaient à se connaître peut-être car sous peu ils allaient devenir des complices du malheur d’Haïti.

Le dossier d’Haïti devenant trop brûlant, personne ne souhaite s’y impliquer militairement. C’est particulièrement vrai pour les États-Unis. Surtout en cette période préludant la campagne électorale américaine. Qu’il soit clair pour tout le monde, l’administration Biden ne prendra jamais le risque d’envoyer des soldats yankees sur le sol haïtien. Car, aux yeux des Américains, la vie des 12 millions habitants de l’Île n’est qu’une peau de chagrin comparée à ce que vaut la tête d’un de leurs soldats. Si l’occupant de la Maison blanche s’aventurait dans un tel sentier, ce serait au péril de sa survie politique.

Il faut comprendre que même si Biden joue le tout pour soigner son image de nos jours auprès de l’électorat sans cesse exponentiel des votants haïtiano-américains, les archives sont là qui exposent les propos pour le moins fascistes qu’il avait tenus lors d’une interview accordée à Charlie Rose le 23 septembre 1994 : « En quoi cela concerne-t-il les États-Unis qu’Haïti sombre ou émerge de 300 pieds » ?

C’est un jeu macabre qui est en train de se jouer sur le dos du peuple haïtien, déjà en proie à des défis cornéliens. Pour ne pas avoir à endosser la responsabilité du fiasco résultant d’une éventuelle intervention, les Américains choisissent de se cacher derrière le Kenya comme paravent, bien que ce soit eux le véritable ventriloque tirant les ficelles du pantin que se révèle William Ruto ( le président du Kenya), visiblement ignorant du dossier d’Haïti. L’annonce du Kenya s’inscrit donc dans la stratégie américaine qui n’est autre qu’à voler au secours du gouvernement criminel dirigé par monsieur Ariel Henry qui est en train perdre de l’altitude devant la grogne et les déboires de la population.

Haïti ne saurait donc espérer rien de positif de cette décision du Kenya. Au contraire, si cela venait à se matérialiser, il ne ferait qu’ajouter au lot des calamités du peuple haïtien. Le plus scandaleux dans tout cela est qu’une telle intervention ajouterait de l’eau au moulin du pouvoir totalitaire de l’apatride Ariel Henry, en ce qu’elle l’aiderait à choisir son dauphin dans des élections bidon où le nom du vainqueur serait coché manu militari. Ce qui lui permettrait de se soustraire à la justice. Car le Premier ministre de facto jure par tous les dieux qu’il ne finira pas ses jours en taule en raison de ses nombreux crimes commis contre la Nation.

Ducasse Alcin

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