Dimanche 2 juillet 2023 ((rezonodwes.com))–
« Plus le tort que les hommes commettent contre un individu ou un peuple est cruel, plus leur haine et leur mépris pour leur victime sont profonds. » A. Einstein
En 2013, l’Assemblée générale des Nations Unies a proclamé la décennie allant du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2024 comme étant la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine, autour du thème suivant : « Personnes d’ascendance africaine : reconnaissance, justice et développement ». Elle a ensuite adopté, en 2014, un Programme d’activités relatif à cette Décennie internationale qui engage tous les Etats Membres pour sa mise en œuvre à différents niveaux (national et international). A cela s’ajoute l’adoption d’autres mesures dont la désignation d’un Haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme comme Coordonnateur de la Décennie, la création d’un organe qui servira de mécanisme de consultation, l’achèvement de la construction et de l’inauguration d’un mémorial permanent au siège de l’organisation pour honorer la mémoire des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique des esclaves…
A noter que cette décision d’opter pour une telle Décennie est la résultante d’un ensemble de travaux de plaidoyer à l’actif de nombre d’associations, organisations, fondations à travers le monde luttant contre le racisme structurel du système mondial.
A travers cette initiative combien intéressante, il est question de renforcer les actions et mesures garantissant le plein exercice des droits économiques, sociaux, culturels, civils et politiques des personnes d’ascendance africaine ainsi que leur pleine et égale participation à la société sous tous ses aspects conformément à l’objectif général de la décennie de « promouvoir le respect, la protection et l’exercice de tous les droits de l’homme et des libertés fondamentales, énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, par les personnes d’ascendance africaine. »[1]
L’ONU – porteuse de trois principaux objectifs pour cette Décennie internationale – entend par leur réalisation rendre un hommage bien mérité aux Afro descendants/tes en reconnaissant leurs contributions fondamentales au progrès de l’humanité, en mettant en évidence la richesse de leurs cultures, en faisant promotion du respect de leurs droits et de leurs libertés fondamentales. Elle prend ainsi l’engagement solennel de mettre fin au racisme et à toutes les formes de discrimination raciale.
En ce sens, le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU), António Guterres, estime que « Les personnes d’ascendance africaine ont apporté une contribution remarquable au développement des sociétés et des nations tout au long de l’histoire, et elles continuent de le faire aujourd’hui. Pourtant, leur patrimoine et leurs cultures ne sont reconnus et appréciés que dans une faible mesure… La Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine (2015–2024) constitue une occasion de réparer ce préjudice. Les défis auxquels les personnes d’ascendance africaine sont confrontées sont en partie dus à la pratique honteuse, durant des siècles, de l’esclavage, de la discrimination et de la ségrégation. Le racisme, la discrimination structurelle, la marginalisation, les discours et les crimes haineux sont toujours vivaces et courants, en dépit de toutes les expériences et leçons accumulées au fil du temps »[2].
QU’EN EST-IL DU CAS D’HAITI DANS LE CADRE DE LA CELEBRATION DE CETTE DECENNIE ?
Peut-on, au regard des pratiques de l’ONU sur le terrain en Haïti, établir une cohésion certaine entre le discours porté par M Guterres et la réalité des faits ?
Haïti, la première à briser les chaines de l’esclavage, est pour cela considérée par le poète Victor Hugo et bien d’autres comme étant une lumière[3]. Elle a aussi pulvérisé le prétendu argument scientifique de Gobineau sur l’infériorité des Noirs. En cette décennie, Haïti se retrouve-t-elle à la place d’honneur ou au dernier rang ? Quel traitement l’ONU a jugé bon de lui réserver dans le cadre de cette Décennie Internationale des personnes d’ascendance africaine ? Et cela, tant au regard du thème retenu : Reconnaissance, Justice et Développement que par rapport aux objectifs poursuivis.
- Considérons d’abord la question de la RECONNAISSANCE :
Loin de reconnaître l’héritage historique, culturel et les nombreuses contributions fondamentales d’Haïti au progrès de l’humanité, l’ONU choisit la tutelle, la mise entre parenthèses voire le mépris et l’infériorisation.
De tous les Etats-membres des Amériques et de la Caraïbe en particulier, Haïti est le seul Etat placé sous tutelle du Conseil de Sécurité des Nations Unies pendant, voire avant même le lancement de la Décennie des Personnes d’Ascendance Africaine, autrement dit depuis 2004 jusqu’à date. Soit dix-neuf (19) ans. En 2023, où se situe, dans ces conditions, cette reconnaissance de la contribution des Afro-descendants haïtiens ?
De plus, en 2018, à l’aube de ladite Décennie, le Président d’un Etat-membre permanent du Conseil de Sécurité eut à déclarer que le pays nommé HAITI est un « shithole ». Quelle fut la réaction du Haut-commissaire des Nations Unies aux Droits de l’Homme, en particulier du Coordonnateur de la Décennie ? Silence ! Où se constate cette Reconnaissance envers la nation qui, la première, combattit victorieusement l’esclavage des Africains arrachés de leur terre natale ou tout bonnement kidnappés par les puissances esclavagistes d’alors?
L’ONU a peut-être oublié comme l’a fait remarquer Louis Mercier que : «L’île d’Haïti a vraiment inscrit des pages glorieuses dans l’histoire de l’Amérique et de la civilisation. Elle fut le berceau de la civilisation … Elle est la terre héroïque et sacrée baignée du sang de tous ceux, Indiens ou Africains, qui se sont sacrifiés pour la cause de la Liberté, pour la Rédemption d’une race et pour l’Émancipation d’un continent. Elle a joué magnifiquement son rôle dans l’histoire de l’humanité »[4] Comment comprendre au regard de tout cela, ce traitement indigne, inapproprié réservé à Haïti par l’ONU dans le cadre de cette décennie Internationale des personnes d’ascendance africaine ? Quelle a été la réaction des dirigeants haïtiens peu dignes imposés par le Core Group dont fait partie l’ONU ?
En ce qui a trait à la question de la JUSTICE en faveur des Afro-descendants, qu’a choisi l’ONU vis-à-vis d’Haïti : rendre justice ou non ?
Il a fallu toute une campagne mondiale réunissant des victimes du choléra, des organisations de base, plusieurs militantes et militants du monde entier, des experts en droit international, des prix Nobel de la Paix, des scientifiques etc, pour qu’enfin, en 2016, l’ONU accepte d’admettre sa responsabilité dans l’introduction en Haïti, en 2010, du choléra meurtrier à travers le contingent népalais de la MINUSTAH. Est-ce que la JUSTICE et la réparation en faveur d’Haïti et en particulier des familles des (10 000 à 30 000 )[5] dix à trente mille morts et des huit cent mille (800 000.00) infectes-es du cholera MINUSTAH font partie des priorités de l’ONU en pleine décennie des personnes d’ascendance africaine ? Qu’en est-il du respect du Droit à la Vie par l’ONU sur le terrain en Haïti ?
En cette neuvième année de la Décennie Internationale, des Afro-descendants haïtiens meurent tous les jours par balles ou victimes de kidnappings, de déplacements forcés, de disparitions liées au trafic d’organes… Un rapport de l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC) en date du 02 mars 2023 établit une augmentation du trafic illégal d’armes en provenance majoritairement des Etats-Unis à partir de l’Etat de Floride. Qu’a fait l’ONU pour aider à arrêter ce trafic illégal et criminel orchestré au niveau d’un Etat-membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies ? Le Haut-commissaire aux Droits de l’Homme, Coordonnateur de la Décennie a-t-il au moins proposé une réunion en urgence pour statuer sur ces révélations graves ou ce trafic condamnable d’armes en provenance des Etats-Unis alimentant les gangs qui sont à l’origine au quotidien d’incidents sanglants à travers le pays ? De quelle justice envers les Afro-descendants d’Haïti se soucie l’ONU ?
- En ce qui a trait au terme DEVELOPPEMENT en faveur des Afro-descendants, que choisit l’ONU par rapport à Haïti : Stabilisation pour stimuler le développement ou déstabilisation ?
La mission onusienne en Haïti, en 2004, était dénommée MISSION DES NATIONS UNIES POUR LA STABILISATION EN HAITI (MINUSTAH). Elle y est restée pendant près d’une quinzaine d’années, suivie d’autres missions onusiennes :MINUJUSTH, BINUH. En 2023, est-ce que le pays tout entier bénéficie d’une quelconque stabilisation ? Aucunement. Pire, depuis 2020, l’ONU, à travers sa représentante en Haïti, Helen M. La Lime, a encouragé la fédération de gangs criminels sous l’appellation de G-9 & alliés.[6] Ces gangs ont établi un véritable état de siège, privant la population de la quasi-totalité des droits et même du droit à la libre circulation en fermant l’accès à plusieurs départements ( le Grand Sud est coupé du reste du pays depuis l’année 2021 et le Grand Nord depuis l’année 2022). Ces gangs sont ainsi parvenus à bloquer, sous le regard complice de l’ONU et du régime PHTK au pouvoir, toute possibilité de développement économique et autre, basculant des familles entières dans la paupérisation tout en les disloquant. L’ONU, dans le cadre de cette décennie, est-elle vraiment intéressée au développement des Afro-descendants haïtiens quand on sait que ces gangs sont, en partie, supportés par la représentante du Secrétaire Général ?
Regard critique sur les trois principaux objectifs de la Décennie en comparaison avec les pratiques de l’ONU et de ses alliés en Haïti
Il est utile de rappeler le bien-fondé de la Décennie tel que formulé par l’institution onusienne elle-même : « La Décennie internationale vise à célébrer les importantes contributions des personnes d’ascendance africaine dans le monde entier, à faire progresser les politiques de justice et d’inclusion sociales, à éradiquer le racisme et l’intolérance, à promouvoir les droits humains et à aider à créer des communautés meilleures et plus prospères, conformément aux objectifs de développement durable lancés par les Nations Unies ».
Trois principaux objectifs ont été définis pour la Décennie. Examinons-les respectivement par rapport aux Afro-descendants haïtiens.
Objectif 1 : Promouvoir le respect, la protection et la réalisation de tous les droits de l’homme et de toutes les libertés fondamentales des personnes d’ascendance africaine, comme le prévoit la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.
En cette neuvième année de la Décennie, quels sont les Libertés et Droits de l’Homme pleinement respectés et protégés en Haïti, pays afro-descendant placé sous tutelle du Conseil de Sécurité de l’ONU ?
1-Droit à la vie : non respecté. En témoignent les massacres, les fusillades, les nombreux cas de personnes brulées vives ou décapitées par les gangs fédérés et autres. Le BUREAU INTÉGRÉ DES NATIONS UNIES (BINUH) est présent sur le terrain pourtant le Droit à la vie est absent.
2-Droit à l’intégrité physique : non respecté. En attestent les kidnappings suivis de viols de femmes et fillettes, incluant des viols collectifs de femmes commerçantes sur les voies publiques et autres violences physiques graves. Ces cas de viols sont répertoriés tous les mois à travers le pays et particulièrement dans la zone métropolitaine. En outre, le pays est considéré comme celui où on enregistre le plus grand taux de kidnappings dans la région. Pourtant, Le BUREAU DES NATIONS UNIES est sur place. Le Droit à l’intégrité physique des Afro-descendants/es haïtiens est, à l’évidence, bafoué.
3-Liberté de circulation : non respecté. Pour preuve, le blocage de plus de la moitié des dix (10) départements du pays par des gangs armés fédérés sous le regard approbateur de la Représentante même des Nations Unies en Haïti, Helen M. La Lime. Les rares périodes d’accès au transport interdépartemental sont décidées par ces gangs terroristes qui exigent des sommes élevées aux transporteurs pour un laissez-passer. Il s’ensuit une augmentation des frais de transport, un coût plus élevé des produits alimentaires transportés et l’appauvrissement continu des familles. LE BUREAU DES NATIONS UNIES est toujours sur place mais le Droit à la libre circulation des Afro-descendants haïtiens est systématiquement violé.
La liste est longue des autres libertés et droits humains non respectés et nullement protégés en Haïti, en neuf (9) ans de célébration de la Décennie Internationale des personnes d’ascendance africaine. Le droit à l’éducation des enfants est foulé aux pieds dans les quartiers dominés par les gangs où maints établissements scolaires sont à l’arrêt et le personnel enseignant menacé en pleine salle de classe. Plusieurs enseignants, élèves sont victimes, atteints par balles en pleine séance de cours.
Il en est de même du Droit au Logement. En témoignent les milliers de familles victimes de déplacements forcés qui ont dû déserter leurs lieux d’habitation et du jour au lendemain se retrouvent brutalement dans la rue suite aux méfaits des gangs qui prennent possession de leur demeure en divers endroits (Martissant, Thomassin, Croix-des-Bouquets, Canaan, Verrettes, Bel Air…). LE BUREAU DES NATIONS UNIES EST SUR PLACE, mais le Droit au Logement refusé à un nombre incalculable d’Afro-Descendants haïtiens en déplacement forcé dans leur propre pays.
Le second objectif poursuivi au cours de la Décennie Internationale des personnes d’ascendance africaine est le suivant : « Promouvoir une meilleure connaissance et un plus grand respect de la diversité du patrimoine, de la culture et de la contribution au développement des sociétés des personnes d’ascendance africaine »
Existe-t-il une certaine adéquation entre l’énoncé théorique de cet objectif et la réalité des faits ?
En tant que pays émergé d’une Révolution unique au monde, celle d’esclaves rebelles victorieux, Haïti possède un vaste patrimoine matériel et immatériel. Du reste, c’est une instance onusienne, l’UNESCO, qui a classé un monument haïtien, la Citadelle La Ferrière au rang de Patrimoine mondial. Cette reconnaissance par l’UNESCO, intervenue trente-deux (32) ans avant le lancement de la présente Décennie, mérite d’être salué. A retenir que le Patrimoine mondial de l’UNESCO désigne un ensemble de biens culturels et naturels ayant un intérêt exceptionnel pour l’héritage commun de l’humanité. Il fait l’objet d’un traité international intitulé Convention pour la Protection du Patrimoine mondial, culturel et naturel adopté en 1972.
A souligner que le patrimoine haïtien est aussi d’une grande richesse en bio diversité retrouvé ici et là sur la grande terre et les iles adjacentes. L’une de ces iles, La Navase, a été transformée en territoire colonial par les Etats-Unis d’Amérique depuis le 19e siècle. L’acte juridique évoqué par le gouvernement étatsunien pour l’invasion de l’ile haïtienne de La Navase est le GUANO ISLANDS ACT. Cette loi arbitraire, adoptée le 18 août 1856 permet de déclarer possession des Etats-Unis toute ile inhabitée riche en guano découverte par un citoyen américain en n’importe quel endroit du monde. En 1858, des aventuriers américains dont Peter Duncan ont entamé l’occupation de l’ile haïtienne de La Navase. En dépit des protestations des autorités haïtiennes l’ile demeure, cent soixante-cinq (165) ans plus tard, un territoire colonisé par des Etats-Unis d’Amérique.
Il importe de rappeler que lors de l’occupation de l’ile haïtienne de La Navase en 1858, les Etats-Unis d’Amérique n’avaient pas encore aboli l’esclavage. Quoique ayant proclamé l’indépendance de leur territoire en 1776, les Afro-descendants nord-américains étaient restés infériorises en particulier dans les Etats du Sud où la Constitution autorisait à comptabiliser chaque esclave pour 3/5e d’une personne dans le recensement. L’abolition de l’esclavage est survenue aux Etats-Unis seulement en 1865, autrement dit, 61 ans après Haïti.
En 1858, c’est donc cet Etat esclavagiste du Nord qui s’est arrogé le droit d’outrager l’image du Premier Etat libre sans esclaves des Amériques par l’avilissement de l’occupation illégale d’une partie de son territoire : l’ile de la Navase. Une occupation maintenue depuis 165 ans !
Ce territoire d’une superficie de 5 km2 semble insignifiant, toutefois il représente un trésor écologique extraordinaire : 800 espèces fauniques, dont 250 sont inconnues, en plus d’un nombre élevé ne se trouvant nulle part ailleurs au monde…12 autres espèces que l’on croyait éteintes depuis longtemps ont été recensées sur l’ile. …. De l’avis de scientifiques américains, La Navase représente un trésor écologique à la fois terrestre, marin et sous-marin. L’ile haïtienne est actuellement administrée par une agence américaine United States Fish and Wildlife Service.
Occuper de force un territoire est un acte colonial. Par rapport au deuxième objectif de cette décennie des personnes d’ascendance africaine et au regard de la saisie par le gouvernement étatsunien d’une partie du territoire haïtien riche précisément en biodiversité, quelle est la position des Nations-Unies ? Trois (3) décennies onusiennes de décolonisation ont été épuisées : 1990 – 2000 ; 2001 – 2010 ; 2011-2020. Une quatrième est en cours : 2021-2030. Pourtant, l’ONU, n’a jamais touché même du plus petit doigt le dossier du territoire colonisé de La Navase par les Etats-Unis d’Amérique ? Quand donc L’ONU exigera-t-elle le respect de la souveraineté territoriale des Afro-descendants haïtiens ? A quand la décolonisation de l’ile de La Navase ?
Ø Les pratiques esclavagistes sur l’ile haïtienne de La Navase par les Etats-Unis d’Amérique.
De 1858 à 1898 le gouvernement étatsunien s’est livré à l’exploitation du Guano en abondance sur l’ile haïtienne. En 1889, la Navassa Phosphate Company a transporté des Afro-descendants étatsuniens de la ville de Baltimore à l’ile de La Navase où ils étaient astreints à de longues journées de travail sans répit à casser le guano et soumis à des tortures. Ces mauvais traitements ont entrainé une rébellion mémorable de ces afro-descendants sur l’ile de La Navase. A retenir que cette Décennie internationale promeut, entre autres, le réveil de la mémoire de l’esclavage et de ses méfaits.
En 2023, l’ile reste interdite aux Afro-descendants haïtiens. Est-ce que les Nations Unies vont s’engager pour la libération de La NAVASE des griffes coloniales étasuniennes ? Ce, afin de faciliter la tenue d’un événement historique où des Afro-Descendants de Baltimore pourraient rejoindre leurs frères afro-descendants haïtiens pour prendre ensemble la direction de La Navase comme lieu de mémoire de la résistance de leurs ancêtres ?
Au retour de La Navase, ils feraient escale à la capitale, Port-au-Prince, où Afro-descendants de Baltimore et d’Haïti marcheraient ensemble sur la voie dénommée Avenue John Brown, dédiée à la mémoire de cet anti-esclavagiste blanc de l’Etat du Connecticut, révolté jusqu’au bout contre l’esclavage et soumis à la pendaison par les autorités esclavagistes étasuniennes de l’époque…
Le troisième objectif de la Décennie Internationale des personnes d’ascendance africaine
Ce troisième objectif poursuivi au cours de ladite Décennie s’énonce ainsi : « Adopter et renforcer les cadres juridiques internationaux, régionaux et nationaux, conformément à la et à la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, et de veiller à les mettre en œuvre intégralement et effectivement »
Quelles sont les mesures concrètes adoptées par l’ONU, la communauté internationale et l’Etat haïtien en vue de la matérialisation de cet objectif ?
1-L’Accord du 9 juillet 2004 sur la présence des forces onusiennes en Haïti était-il conforme aux prescrits constitutionnels ? Non ! Pourquoi ? Parce que l’une des parties signataires – en l’occurrence le Premier ministre – n’était pas qualifié.
2-Est-ce que cet Accord a reçu validation du Parlement haïtien comme l’exige l’article 98.3 de la de la Constitution ? Jamais.
3- En 2021, Haïti comptait un nouveau Premier ministre. Qui l’a désigné ? Une instance haïtienne ? NON ! Comment a-t-il été nommé ? Est-ce par une décision parlementaire selon le vœu de la Constitution ? Non ! Il a été nommé avec un tweet décidé entre autres, par la Représentante de l’ONU au sein d’un cartel de diplomates appelé Core Group. Ce qui constitue une violation flagrante du droit à la souveraineté et à l’auto-détermination du peuple haïtien.
4-Le 17 janvier 2023, le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, indique dans un rapport : « Il faut de toute urgence déployer une force armée spécialisée internationale en Haïti. » Ce, en violation de la Charte des Nations Unies.
5-En 2021, L’ONU a accueilli sans réserve les scandaleuses interventions à sa tribune d’officiels dominicains réclamant une intervention militaire en Haïti. Au nom de quel cadre juridique ? Est-ce le thème retenu pour la Décennie qui les y autorise ? En fait, il s’agit encore d’une violation du droit à la souveraineté et a l’auto-détermination du peuple afro-descendant haïtien.
Les agissements de l’ONU en Haïti renvoient donc à diverses violations des cadres juridiques : Au lieu d’adopter et de renforcer les cadres juridiques existants ou d’en créer de nouveaux, l’ONU a de préférence contribué à les affaiblir. Si ce minimum de respect du cadre constitutionnel n’est pas observé au niveau d’un pays afro-descendant, de quel renforcement juridique parle l’ONU dans le cadre de son troisième objectif pour la Décennie Internationale des personnes d’ascendance africaine ?
En définitive, malgré toutes les contributions incontestables d’Haïti, il semble évident que l’ONU n’entend pas encore les reconnaitre. Elle semble au contraire vouloir occulter la portée de la contribution des Haïtiens/Haïtiennes au développement des sociétés ou à la construction de l’histoire universelle.
Haïti n’est-elle pas en train, dans le cadre de cette décennie internationale, d’être victime de la part de l’ONU de cette même pratique honteuse de discrimination, d’exclusion et de mépris dénoncée par son Secrétaire Général, M. Guterres ? Quand l’ONU parle de personnes d’ascendance africaine y inclut-elle les Haïtiens/nes alors qu’Haïti est placée sous ses bottes depuis plus de 18 ans et présentement sous la menace d’un génocide annoncé cyniquement préparé et supervisé par l’ONU, elle-même et les puissances impérialistes (USA, Canada, France, le Core group…) ? En quoi les actes/agissements de l’ONU sur le terrain en Haïti sont-ils globalement en conformité avec son discours théoriquement et particulièrement le thème choisi et les objectifs fixés dans le cadre de la décennie des personnes d’ascendance africaine ?
Le silence complice de l’ONU est parlant et semble indiquer que jamais elle n’entend réclamer restitution et réparation pour les torts, les graves injustices subies par Haïti au cours de l’histoire, notamment l’esclavage, le vol de ses ressources, la scandaleuse rançon de l’indépendance, la séquestration de ses réserves d’or y compris le pillage des innombrables tonnes de ressources en guano et autres sur l’ile haïtienne de la Navase par les Etats-Unis d’Amérique,…. A l’heure de prétendues sanctions annoncées ici et là, y en aura-t-il à l’encontre de ce pays spoliateur d’Haïti d’où viennent en majorité les armes et munitions destructrices comme l’indique notamment l’instance onusienne contre la Drogue et le Crime (ONUDC) dans un rapport publié le 2 mars 2023 à Vienne ? Est ce que l’ONU telle que devenue, telle qu’elle fonctionne depuis quelques temps, pourrait effectivement se hisser, sans une réforme en profondeur, à hauteur d’une telle initiative pour la rendre viable et bénéfique pour toutes les personnes d’ascendance africaine à travers le monde y compris les Haïtiens Haïtiennes tenus pourtant jusqu’à présent sous son avilissante tutelle ?
L’Histoire donnera-t-elle raison à l’essayiste afro-descendante malienne, Aminata Traore selon laquelle : « Point n’est besoin de rappeler qu’un monde plus juste, plus sûr, humain et solidaire exige une Autre organisation des Nations Unies ?
CAMILLE CHALMERS Économiste‐professeur
LISANE ANDRÉ Journaliste‐militante des droits humains
JOSUÉ MÉRILIEN Professeur‐syndicaliste
[1] booklet_decade.pdf (un.org)
[2] Ibid
[3] https://revue.alarmer.org/tenebres-de-lesclavage-lumieres-de-la-revolte-une-lettre-de-victor-hugo-a-exilien-heurtelou-1860/
[4] Contribution_Haiti_histoire.docx (live.com)
[5] La ONU le debe a Haití alivio de la epidemia de cólera que introdujo
La ONU le debe a Haití alivio de la epidemia de cólera que introdujo
OP-ED, Miami Herald, por Adolfo Pérez Esquivel, Jody Williams, Shirin Ebadi, Rigoberta Menchú Tum, Betty William…
[6] https://www.rhinews.com/politique/helen-lalime-se-defend-davoir-signale-que-la-federation-des-gangs-du-g-9-aurait-fait-baisser-la-criminalite-en-haiti/


