25 janvier 2023 : six mois après l’assassinat des six policiers à Liancourt, l’enquête doit aboutir. Le Centre d’analyse et de recherche en droits humains (CARDH), dans une correspondance acheminée, au directeur général de la Police nationale d’Haïti (PNH), Frantz Elbé, presse la hiérarchie de l’institution policière à œuvrer pour l’aboutissement de l’enquête.
Mardi 25 juillet 2023 ((rezonodwes.com))–
Monsieur Frantz Elbé
Directeur général de la Police nationale d’Haïti (PNH)
En ses bureaux. –
Monsieur le directeur général,
1-Ce 25 juillet 2023 fera six mois depuis que six policiers ont été assassinés par le gang de Savien à Liancourt (département de l’Artibonite). Le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (CARDH) estime important de s’enquérir de l’état d’avancement de l’enquête y relative, et de vous rappeler la nécessité à ce qu’elle aboutisse, sinon carte blanche est donnée aux bandits pour continuer à assassiner les policiers et aux auteurs/complices de cette tuerie et d’autres pour continuer à les livrer à cause des ambitions personnelles démesurées.
2-Le 25 janvier 2023, six policiers ont été assassinés par le gang de Savien : Donaldson Innocent, Norabert Aurelus, Kether Louis, Mackès Badin, James Junior Felix, Camille Pierre et Osny Mesadieu
3-Cette tuerie, après celle de Village-de-Dieu, où cinq policiers des unités d’élite ont été humiliés et sauvagement assassinés par le gang 5 secondes[1], a soulevé la colère de la population et a provoqué une onde de choc au sein de l’institution policière, amenant à des changements dans sa chaine de commandement[2].
4-Accompagnés des membres de la population, les policiers des Gonaïves ont manifesté le 30 janvier 2023 pour exiger des sanctions contre les responsables de la tragédie. Ce jour-là, ceux de Saint-Marc ont à nouveau gagné les rues pour exprimer leur colère face à ce drame et ont annoncé l’opération baptisée « bras croisés ».
- Un rapport du service de renseignements de la direction départementale, Fiche : DDA/SDR -00345 (28/1/2023), dirigé par le commissaire principal Jean Bruce MYRTIL[3], a conclu que le drame avait été planifié par trois hauts gradés de la police (deux inspecteurs généraux et un commissaire divisionnaire) afin de « provoquer un chaos dans l’Artibonite (…) »[4].
- Tout en reconnaissant les limites dudit rapport, il confirme les luttes existant au sein de la hiérarchie de l’institution dont les policiers et leur famille ainsi que la population en font souvent les frais.
- Le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (CARDH) en profite pour rappeler que le 12 mars 2021, des policiers des unités d’élite ont été envoyés à la boucherie à Village-de-Dieu. Cinq policiers y ont été assassinés et exposés sur les réseaux sociaux : Georges Renois Vivender ; Désilus Wislet ; Eugène Stanley ; Ariel Poulard ; Lucdor Pierre). Blessés par balle, plusieurs autres ont été transportés à l’hôpital.
- Le 31 mars 2021, le Premier ministre d’alors, monsieur Joseph Jouthe, chef du Conseil supérieur de la police nationale (CSPN), a reconnu qu’il y avait « des erreurs et des rétentions d’informations lors de l’opération, ce qui a poussé les policiers à tomber dans le piège »[5].
- En guise de sanctions et de redressement institutionnel, l’inspecteur général Carl-Henry Boucher, responsable des renseignements généraux (DRG), a été placé en isolement le 15
- MYRTIL et des hauts gradés de l’institution, iii) le commissaire Jean Bruce MYRTIL, responsable de la direction départementale de l’Artibonite est intervenu sur plusieurs stations de radio pour se déresponsabiliser (on ne peut pas être à la fois juge et partie), iv) ledit rapport aurait été volontairement fuité dans des médias…
- Par contre, ayant été rédigé par l’instance compétente en la circonstance (direction départementale de l’Artibonite), ce rapport fait foi tant qu’il n’y aura pas un autre prouvant le contraire.
- De plus, il confirme, sans équivoque, les problèmes réels existant dans la hiérarchie de la police, dénoncés souvent par le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (CARDH) et d’autres institutions : des unités sont souvent une police dans la police (Unité de sécurité générale du Palais national, Unité de la sécurité présidentielle, Kat-Team), des hauts gradés sont de connivences avec des politiques et des particuliers d’autres secteurs, des ordres des directeurs généraux sont boycottés….
- Rappelons que de janvier à date, 13 policiers ont été assassinés, 14 portés disparus et deux lynchés. Il faudra rétablir la vérité et envoyer un signal fort aux bandits, donner justice à la famille des victimes ainsi qu’à la population et rétablir l’institution policière dans sa dignité et ses droits. Pour y parvenir, le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme recommande les mesures à adopter aux paragraphes suivants.
- L’enquête de l’Inspection générale sur le drame doit aboutir et les conclusions doivent être suivies par le directeur général de la police, monsieur Frantz Elbé, et le ministre de la Justice et de la sécurité publique, madame Emmelie Prophète Milcé, sinon le rapport de la direction départementale de l’Artibonite fera foi. Rappelons que les rapports des services départementaux de renseignements sont destinés au directeur général pour appréciation et suites nécessaires. Rappelons que le directeur dispose de : i) la Direction des renseignements généraux (DRG) pouvant aller au-delà de l’intelligence ; ii) la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), bras de répression judiciaire iii) ; la Direction centrale de la police administrative (DCPA), responsable de toutes les unités spécialisées ; iv) la Direction centrale de l’administration (DCA), bras logistique.
- Selon l’article 4 de la loi du 29 novembre 1994, publiée dans Le Moniteur du 28 décembre 1994, (# 103), « la Police nationale, distincte et séparée des forces armées, relève du Ministère de la Justice et est placée sous l’autorité du titulaire de ce Ministère. Les membres de la Police nationale ont le statut civil.
- Le rapport sollicité par le Conseil supérieur de la police nationale (CSPN) doit être suivi d’effets. Le CSPN[6] est l’organe qui définit la politique et les stratégies nationales de la police. En outre, quoique controversé, l’arrêté du 23 mai 2018 prescrit que « les décisions telles que les nominations ou transferts au niveau des directions centrales et départementales doivent être soumises à l’approbation du CSPN avant leur mise en œuvre. ».
- Les syndicats de la police doivent aider à l’aboutissement de l’enquête. La première mission d’un syndicat est de veiller au respect des droits de ses membres. Tout en respectant les principes de l’institution et en continuant à garantir l’ordre public, les policiers doivent être mobilisés pour qu’ils obtiennent justice pour leurs frères d’armes et les moyens nécessaires pour faire leur travail, sinon ils seront victimes à tour de rôle…
- La société civile doit se mettre aux côtés de la police pour parvenir à une vraie institution de sécurité. La police nationale est la seule force de sécurité opérationnelle dont dispose le pays. Les organisations et personnalités de la société civile doivent s’investir pour que la lumière soit faite sur ces drames, mais surtout pour avoir une vraie force de police avec les moyens nécessaires.
- La coopération internationale doit aussi exiger que la lumière soit faite sur ces drames. Les partenaires internationaux doivent exiger que les autorités policières et judiciaires rendent compte de ce qui s’est passé à Liancourt et à Village-de-Dieu et adoptent des sanctions disciplinaires, administratives et judiciaires contre les coupables[7].
________________
Gédéon Jean, Av.
Directeur exécutif

