Mercredi 22 mars 2023 ((rezonodwes.com))–
Il aura fallu presque deux ans pour qu’Ariel Henry se donne deux tapes sur les fesses afin de saisir le taureau par les cornes. Encore qu’il ne s’y est résolu qu’après « beaucoup de réflexions et de consultations » pour reprendre ses propres termes. Pour la première fois, Doc Ariel sort de sa léthargie pour aborder la problématique des bandits.
Il l’a fait dans un discours prononcé la semaine écoulée devant le QG des forces armées d’Haïti. Une visite qui apparaît plutôt comme un show médiatique destiné à la consommation internationale. Quand on a une stratégie pour combattre quelque chose d’aussi monstrueux que le banditisme, on ne grimpe sur tous les toits des maisons pour exposer son plan à la criée publique. Cela risque de compromettre vos chances de succès. Une telle stratégie devrait se concocter dans la plus parfaite discrétion. Car l’heure n’est plus au palabre mais à l’action.
Le ton du Premier ministre l’a aussi trahi. C’est un Ariel Henry sans entrain, timoré, qui marmottait cahin-caha ces propos incohérents. Le discours a été si exécrable que l’intéressé donnait l’impression de quelqu’un qui lisait quelque chose auquel il ne souscrivait pas.
Avec une mollesse pitoyable Ariel se dit prêt à faire « entendre la raison aux bandits ». Ce n’est pas le genre de message qui ferait trembler Vitelòm et les autres chefs de gangs qui terrorisent la population. Parlant de Vitelòm justement, sa réponse ne s’est pas fait attendre. Car seulement quelques jours après le discours du Premier ministre, lui et ses autres bandes de malandrins sont descendus dans les rues de Pétion-Ville pour y semer la terreur. Le bilan est lourd : neuf morts, dont certains sont brûlés vifs. On comprend mieux maintenant la raison pour laquelle Ariel Henry a choisi de mesurer ses propos. Si l’on cherchait à savoir qui est aux commandes dans la cité les bandits en ont donné la plus tangible démonstration.
D’après le journal « Le Nouvelliste », de janvier à mi-mars de cette année près de 531 personnes sont assassinées par les terroristes, dont 187 en moins de 12 jours. L’intervention d’Ariel aura donc fait s’élargir encore davantage le robinet de sang sein de la population. Loin d’intimider les bandits, elle ajoute au contraire du kérosène à leur moteur. C’est comme s’ils attendaient ce discours comme un mot de passe pour accélérer le train du massacre.
Pour sa part, la ministre de la Justice d’Ariel Henry Emmilie Prophète prêche, elle, la résignation. Sur les ondes d’un média en ligne elle affirme que pour rien au monde elle ne mettrait les pieds à Martissant, car selon elle « c’est un territoire perdu ». Candeur ou crétinisme, par ces déclarations, la Garde des Sceaux a clairement indiqué qu’il ne faut pas prendre les promesses du Premier ministre de facto au sérieux. Entre ce que dit et ce que l’on voit faire le gouvernement en coulisse il y a donc un grand fossé.
Il n’y a pas si longtemps que cela que Vitelòm, dont le fief se trouve dans les périphéries de Petion-Ville, déclara sans ambages que les autorités gouvernementales essayent tout le temps de négocier avec lui derrière les rideaux. Ce qui ajoute une certaine crédibilité à ses assertions est qu’aucun membre du gouvernement n’est monté au créneau pour le démentir. En clair, il y a une affinité complice entre le régime en place et les gangs armés.
Ces derniers se comportent certes comme des animaux féroces mais ils ne sont pas bêtes. Ils savent interpréter les signaux mitigés que leur a lancés Ariel. Ne comptez donc pas sur le Premier ministre pour dire aux gangs armés : déposez vos armes où vous mourrez tous.
Le chef du gouvernement a toujours montré qu’il n’en a rien à cirer par rapport à la souffrance des Haïtiens. Que de gens sont tombés sous les balles assassines de ces larrons sans un moindre mot de sympathie de sa part ! En revanche son compte Twitter estampille d’occurrences où il adresse toujours des messages de condoléances s’agissant des drames survenus à l’étranger.
Ce caractère glacial à la limite du dédain du Premier ministre pousse certains à se questionner si son gouvernement n’est pas de mèche avec les gangs. D’autres vont jusqu’à dire que le PHTK sous l’emprise duquel évolue Ariel, instrumentalise les bandits à des fins politiciennes. Ainsi ces derniers, se sachant bénéficier sinon de la complicité tout au moins du silence des autorités, s’enhardissent de jour en jour en commettant des actions téméraires qui mettent la police à genoux. « Ayiti pran nan mera ».
Le contexte de ce discours est tout aussi révélateur. Les propos du Premier ministre interviennent après que le Canada eut décidé de lui claquer la porte au nez. En effet, Ariel et son équipe insistaient par moult jérémiades auprès de la communauté internationale de daigner envoyer une force d’intervention en Haïti. Mais Trudeau qui, au départ, montrait un certain intérêt dans une telle démarche, retourné sa veste récemment pour dire a NON.
Les blancs ont peut-être pris note du laxisme de monsieur Henry. En effet, comment appeler les étrangers à la rescousse sans avoir préalablement épuisé toutes vos ressources ? Aucun pays ne veut endosser la lourde responsabilité d’envoyer des bottes sur le terrain pour un problème qui pourrait être facilement résolu par une volonté politique ferme.
Mais, même si les intentions du Premier ministre étaient sincères, elles s’achopperaient à cet obstacle majeur : le pourrissement de la situation. Diriger c’est anticiper les problèmes avant qu’ils ne deviennent insolubles. En fermant les yeux sur les atrocités commises par les gangs pendant si longtemps, Ariel a ouvert une boîte de pandore qu’il lui sera difficile de fermer.
Toute personne dotée d’un esprit lucide admettra que le niveau de violence barbare, qui est le lot des Haïtiens en ces jours sombres, n’est pas le fruit du hasard. Il est l’empreinte digitale d’une décennie où les forces ténébreuses sont entrées sur la scène politique pour nous donner les résultats que nous vivons aujourd’hui. Si les gangs se bombent le torse c’est parce qu’ils se savent protégés par des mains puissantes. D’ailleurs, ces malfrats n’ont jamais hésité à identifier pour quels secteurs ils travaillent.
Qu’on ne se la baille pas ! Les crimes perpétrés dans les rues de la capitale entrent dans un registre bien précis : créer un environnement chaotique afin de maintenir PHTK au pouvoir.
Pour ces vampires de la République le chaos devient le modus operandi. Leur philosophie politique : créer la trouille par la douille.
Bien sûr, Ariel comprend très tard que la violence est un ressort qui s’échappe au contrôle de la main de ceux qui le propulsent. Au point où en sont les choses, les 4×4 blindées ainsi que des centaines d’agents de sécurité ne sont pas un gage de protection en soi. La violence qu’ils ont engendrée risque de se retourner contre eux. Non seulement il a confirmé la thèse qu’il n’a pas la volonté de combattre les gangs, mais même si c’était le cas on a déjà franchi le Rubicon.
Ducasse Alcin

