La violence armée contre les écoles est multipliée par 9 en un an. En janvier, les enfants ont perdu en moyenne un jour et demi d’école par semaine.
par Rachel Opota
Dimanche 19 février 2023 ((rezonodwes.com))–
« Je me sens en sécurité à l’école mais en m’y rendant ou en revenant, j’ai peur d’être kidnappé, de tomber dans une embuscade ou de se faire frapper. C’est stressant », explique Rosine (nom d’emprunt), 17 ans, élève en classe S2 au Lycée Canado, Port-au-Prince.
Derrière son apparence fragile se cache une jeune fille courageuse, qui a rencontré sur le chemin de l’école plusieurs difficultés. D’assister impuissante à un kidnapping d’un père de famille en se rendant au lycée à échapper à une tentative de kidnapping sur sa personne sur le chemin du retour, Rosine a souvent fait face à la violence dans la poursuite de son rêve. Elle veut devenir médecin dans l’armée. Un rêve qu’elle risque de ne pas réaliser si les conditions sécuritaires ne s’améliorent pas dans le pays.

La violence armée qui sévit en Haiti affecte le système éducatif, qui est confronté à plusieurs défis. Les écoles sont vandalisées ou sont pillées par les groupes armés qui emportent le matériel scolaire, notamment les bureaux, les bancs, les tableaux, les ordinateurs portables, les photocopieurs, les batteries et les panneaux solaires. D’octobre 2022 à début février, on décompte 72 écoles qui auraient été prises pour cible, contre huit au cours de la même période l’année dernière.
Les difficultés rencontrées par les enfants en se rendant à l’école ont un impact physique et psychologique sur eux et des effets plutôt néfastes sur leur capacité d’apprentissage.
« Pour venir à l’école, on doit prendre plusieurs routes alternatives. Mon père et moi, nous avons été rançonnés à plusieurs reprises par les bandits armés. Depuis lors, j’ai souvent des palpitations et des problèmes de respiration. Ma santé physique et psychologique n’est pas au bon fixe, je ne me sens pas très bien ».Dina (nom d’emprunt), 14 ans, élèves-en 8e année au Lycée Canado.
Pour aider les élèves à surmonter ces crises, le lycée offre des activités psychosociales aux enfants, par classe et par niveau.
L’école est censée être un lieu où les enfants se sentent en sécurité, un lieu qui permet le développement et l’épanouissement personnel d’un enfant. Mais en Haïti, ce lieu autrefois sacré est devenu le théâtre d’affrontements et de violence. Les enfants ne se sentent plus en sécurité, comme c’est le cas de Jean, un jeune garçon de 17 ans élève en Terminale au Lycée Canado. « C’est la deuxième fois que notre école est attaquée. Lors de la dernière attaque du 26 janvier 2023, nous étions regroupés dans un endroit sécurisé au sein de l’établissement et sous garde policière. Malgré les dispositifs sécuritaires mis en place par l’école, j’ai des doutes, je ne me sens plus en sécurité ».
Vivre avec un sentiment d’insécurité et de violence est devenu le quotidien des enfants et de leurs familles en Haïti. Mais pour Jean, il n’est pas question d’abandonner l’école.
« J’habite à Carrefour-Feuilles. J’entends à la radio qu’on a kidnappé des gens tout près de chez moi. J’assimile l’information et j’essaie d’oublier pour rester focus sur mes études ».Jean (nom d’emprunt).
Avec la situation de violence qui sévit, l’UNICEF met en place des espaces amis d’enfants pour leur offrir une prise en charge mentale et psychosociale afin qu’ils puissent surmonter le traumatisme et exprimer leurs sentiments à travers des jeux. En 2022, 9 896 enfants vivant dans des zones affectées par le conflit à Port au Prince ont bénéficié de ces activités
Si la situation sécuritaire continue de se détériorer, l’avenir de l’enfant haïtien sera pris en otage, ce qui favorisera la fuite des cerveaux du pays, alors qu’il y’a encore plein de haïtiens qui veulent rester et réaliser leur rêve dans leur pays. C’est le cas de Marie (nom d’emprunt), 13 ans, élèves de 8e année au Lycée Canado.
« Je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve. Mais quand je serais grande, j’aimerais rester et travailler en Haïti ».Marie (nom d’emprunt).
UNICEF

