17 octobre 2026
Entre arrogance, ignorance et échec, que faut-il espérer des sanctions du Canada et des États-Unis ?
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Entre arrogance, ignorance et échec, que faut-il espérer des sanctions du Canada et des États-Unis ?

Impérialisme occidental et sanctions internationales : entre arrogance, ignorance et échec, que faut-il espérer des sanctions du Canada et des États-Unis ?

par Oriol Charles

Lundi 27 février 2023 ((rezonodwes.com))–

Le concept impérialisme occidental désigne  toute la période de la domination mondiale résultant de la civilisation gréco-romaine (pensée, science, droit, religion judéo-chrétienne catholique et protestante ; ou du moins la laïcité née de la renaissance, propulsée par la révolution industrielle du XIX siècle, la colonisation européenne du monde, et les révolutions politiques du XX ème siècle.

Aujourd’hui, le concept a évolué. Il intègre l’Europe élargie et leurs descendants généalogiques, culturels, linguistiques, philosophiques, tels que les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les pays de l’Amérique du Sud.

En effet, l’histoire du monde révèle que les européens occidentaux ont dominé le monde pendant plusieurs millénaires. Ce fut le cas de la Grèce antique, la Rome antique et les empires coloniaux comme la France, la Grande Bretagne, le Pays-Bas, le Portugal, la Belgique, l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne et la Hongrie.

À la fin de la deuxième moitié du 20 ème siècle, les Etats-Unis ont pris la relève à la suite de la victoire de l’OTAN sur l’Allemagne Nazie au terme de la deuxième guerre mondiale. Au début, l’impérialisme américain était partagé avec l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS). Mais deux ans plus tard, une guerre froide a éclaté entre les deux super puissances et a duré 44 ans. La victoire des Etats-Unis à la fin de cette guerre virtuelle a consacré non seulement la défaite et la dissolution de l’URSS, mais aussi la fin d’un monde bipolaire.

Depuis, les Etats-Unis assurent tout seul le leadership mondial jusqu’à la montée en puissance de la Chine en tant que nouveau pôle économique mondial. Dans le but d’asseoir leur domination sur le reste du monde, les Américains et ses alliés se donnent des instruments légaux et institutionnels (droit international, organisations régionales et mondiales) leur permettant de jouer le rôle de la gendarmerie mondiale. L’ONU, l’OEA, l’UE, l’OTAN sous la direction des Américains sont les arbitres des conflits mondiaux. À chaque violation du droit international par des gouvernements et dans le cadre des pouvoirs dits non démocratiques, ils se réservent le droit d’intervenir à travers des sanctions dont l’ordre hiérarchique est préétabli : l’annulation des visas, le gel des biens et des avoirs mal acquis, l’embargo commercial et l’intervention armée.

Afin d’analyser l’efficacité des sanctions prises par l’Occident contre les pays dits non occidentaux, examinons les cas d’Haïti et la Russie. En quoi ces sanctions sont-elles efficaces ? c’est quoi les principales limites de ces sanctions ? Dans le cas d’Haïti, quelle est l’alternative aux sanctions classiques des occidentaux ? Une solution haïtienne dirigée par les haïtien.ne.s n’est-ce pas l’alternative aux échecs répétés des occidentaux ? Mais en quoi consiste-t-elle ?  N’est-elle pas la négation de tout ce qui est d’essence coloniale ou néocoloniale ?

Les sanctions internationales d’échec en échec 

Le cas de la Russie

Depuis le 21 février 2022 date du déclenchement de l’invasion de l’Ukraine par les Russes, l’Union européenne et l’OTAN, à la tête desquelles se trouvent les États-Unis, a adopté un train de sanctions contre Moscou. Des sanctions économiques, financières, commerciales, technologiques, militaires visant à plonger la Russie dans la récession la plus totale, embargo sur le pétrole, sur le charbon, sur l’or, sur les composantes technologiques, sur le blé, etc.

Un (1) an plus tard, soit en février 2023, des rapports publiés par le Fonds Monétaire International (FMI) ont fait état des progrès et croissances économiques inimaginables du gouvernement russe contrairement aux attentes des occidentaux. En 2024, le FMI prévoit une croissance de 2.1 % pour la Russie, contre 1% pour les USA et 1.6 % pour l’union européenne. Des chiffres qui dénotent sans ambages l’ignorance des puissances occidentales vis-à-vis de la résilience de l’économie russe. Au cours de cette année d’isolement et d’embargo, Moscou a realisé un profit de 24 milliards d’euro en exportation de gaz, du pétrole et du charbon, soit deux fois plus avant l’embargo. Selon les prévisions de FMI, les sanctions occidentales se révèlent à contrario un levier de rebondissement pour l’économie russe.

Le cas d’Haïti

Depuis le départ pour l’exil du Dictateur Jean Claude DUVALIER le 7 février 1986, Haïti est entré dans une spirale de gouvernance instable faite de pouvoirs transitionnels permanents et de pouvoirs légitimes précaires. A chaque  élection, absence d’élection, coup d’état et assassinat d’un président, l’international frappe son poing sur la table et brandit l’arme des sanctions.

C’est dans cette logique que les Nations unies ont adopté lors d’une réunion du conseil, le 15 juillet 2022, la résolution 2645 qui a prorogé d’un an le mandat du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) et exigé la cessation immédiate de la violence en bande organisée et des activités criminelles.  Le Conseil s’était alors déclaré disposé à prendre des mesures appropriées contre quiconque participerait à la violence en bande organisée et à des activités criminelles ou à des atteintes aux droits humains ou appuierait de tels actes ou agirait de manière à compromettre la paix, la stabilité et la sécurité d’Haïti et de la région.

Ainsi sur la base de la loi et du règlement sur les mesures économiques visant Haïti entrant en vigueur les 3 et 10 novembre 2022, le Canada et les États-Unis ont adopté un ensemble de sanctions (annulation de visas et gel des avoirs et biens immobiliers) contre les chefs de gang, les politiciens et les membres du secteur privé des affaires haïtiens.

17 personnalités politiquement exposées dont deux anciens présidents, 2 anciens premiers ministres, 4 anciens sénateurs ont été sanctionnées pour financement et protection des activités illégales de gangs  armés, notamment par le blanchiment d’argent, le trafic illicite de la drogue à l’échelle internationale et d’autres actes de corruption. Une liste bien plus longue de personnalités haïtiennes sanctionnées est attendue depuis fin décembre de la part du Conseil des Nations unies.  Entre temps, malgré ces sanctions, le taux du kidnapping et d’assassinat continue de grimper. Les gangs continuent de régner en maitre et seigneur sur le territoire. Les habitants de la zone métropolitaine de Port-au-Prince et de l’Artibonite sont toujours enclavés, pourchassés et terrorisés par les activités des gangs tout puissants. Il est donc clair que les sanctions canadiennes et américaines qui ne visaient qu’à faire cesser les activités criminelles des gangs sont à priori inefficaces.

Limites des sanctions occidentales en Haïti

L’inefficacité des sanctions occidentales tient à une multitude de causes. Mais, ici, nous retiendrons le substrat colonial comme étant la cause première. Car c’est à partir du processus de la colonisation que les puissances occidentales ont acquis la capacité de conquête des territoires intermédiaires, la domination et la réforme de l’esprit des autochtones et surtout l’intégration de leurs histoires culturelle, spirituelle, économique et politique dans une perspective occidentale.

Ils oublient donc que les histoires, les traditions, les réalités socio-anthropologiques, les savoirs et les techniques des peuples non occidentaux sont singuliers, uniques et surtout différents des leurs. C’est sur cette base qu’ils développent une certaine prédisposition à ignorer l’existence de savoir et de culture en dehors de la région épistémologique de possibilité occidentale. D’où leur théorie visant à qualifier tout ce qui est différent du vécu et des habitus occidentaux de barbare, de sauvage, d’axe du mal, etc.

Au fait, les pratiques des sanctions canadiennes et américaines contre Haïti ne sont qu’une volonté d’occidentalisation par laquelle les puissances occidentales à travers les institutions internationales ou pays dits amis veulent imposer une vague d’influence contraignante sur les dirigeants haïtiens pour les forcer, mains et pieds liés, à copier/coller ou télécharger des lois, pratiques institutionnelles ou modèles de gestion et de gouvernance en vue de gérer et de résoudre des problèmes essentiellement haïtiens. Donc elles ne sauraient être efficaces en refusant systématiquement d’être à l’écoute des véritables propositions haïtiennes porteuses de valeurs transcendantales de rupture d’avec les paradigmes néocoloniaux. Les solutions durables aux problèmes épineux et complexes auxquels est confronté Haïti aujourd’hui doivent être recherchées dans l’activation de « l’épistémè haïtien » appelé encore « région épistémologique de possibilité haïtienne ».

D’où, la nécessité pour les Haïtiens décolonisés de dégager leur propre région épistémologique de possibilité afin d’être capables de produire eux-mêmes les plans, stratégies et visions de leur propre développement.

Obligation de rupture/controverse chez l’international/le Canada tergiverse

Malgré tout, il faut reconnaitre aujourd’hui qu’il y a une légère évolution dans le mécanisme de réponse de l’international face aux crises répétitives d’Haïti. Pour la première fois, depuis plus d’un siècle, les États-Unis éprouvent des gênes à résoudre la crise politique d’Haïti de manière unilatérale par le déploiement des forces armées. Les Nations unies l’OEA et la CARICOM, interpelés par le Département d’Etat américain à intervenir militairement en Haïti pour combattre la violence des gangs armés, rejettent la patate chaude.

Tous les acteurs internationaux reconnaissent, cette fois-ci, à travers des déclarations publiques « l’échec de la pédagogie de l’aide au développement et l’assistance technique de la communauté internationale à Haïti ». Ils appellent tous à une solution haïtienne à la crise, dirigée par les Haïtiens en invitant tous les acteurs à trouver un consensus très large. Dans la foulée, appelé à la rescousse, le leadership canadien vient en aide. Devant la complexité de la crise, le gouvernement canadien préfère jouer la carte diplomatique en administrant des sanctions à quelques dirigeants. Il se contente de quelques exercices d’assistance logistique et de simulation militaires. Un avion canadien de renseignement a été déployé pour cartographier toutes les zones contrôlées par les gangs. 8 blindés parmi les 18 commandés avec l’argent du trésor public haïtien ont été ramenés à la PNH par le biais d’un Boeing militaire canadien, en trois vols, sur une période relativement longue. Et deux bateaux militaires seront déployés dans les rades de Port-au-Prince afin de surveiller le déplacement des gangs.

Entre temps, la posture de la Chine et de la Russie dans les réunions du Conseil est sans appel. Les deux géants non occidentaux insistent sur la nécessité d’écouter et d’appliquer les propositions haïtiennes pour résoudre la crise. « Les sanctions canadiennes et américaines ne reflètent pas l’expression de la communauté internationale, arguent-ils ». Mais à quoi fait référence la communauté internationale quand elle recommande « une solution haïtienne à la crise, dirigée par les Haïtiens ?

S’agit-il d’une solution fabriquée par les acteurs haïtiens sans l’aval de l’international ? D’une solution imposée par l’international autour de laquelle tous les acteurs doivent faire consensus ? Ou d’une solution haïtienne de rupture supportée par la communauté internationale dans son ensemble dont sont parties tous les acteurs locaux ?

Tout compte fait, les solutions de saupoudrage, de décoration et à visées conjoncturelles, se contentant d’interchanger les mêmes acteurs locaux dans des positions différentes (hier : opposition/pouvoir ; aujourd’hui : pouvoir/opposition) seront vouées à l’échec comme d’habitude. Effectivement, c’est une solution haïtienne, dirigée par des Haïtiens qui aura la capacité de résoudre la crise de manière durable. Mais c’est largement insuffisant. Il faudra que cette solution soit portée par des Haïtiens décolonisés, compétents et non corrompus et qu’elle ait la profondeur transcendantale suffisante pour opérer la rupture dans la gouvernance politique en Haïti. Car cette solution durable ne doit être ni pro néocoloniale, ni pro bourgeoise, encore moins populiste. De plus, la communauté internationale est tenue d’appuyer et de supporter cette solution endogène de développement comme gage symbolique de paiement des dettes de l’indépendance envers Haïti.

Oriol CHARLES

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