Plombée par une crise sécuritaire et un rationnement drastique du courant électrique, Port-au-Prince se voit dans l’obligation de perdre l’un de ses atouts, le carnaval national. Entre-temps, le Conseil exécutif intérimaire et le pouvoir central peinent à affronter ce déficit d’identité culturelle qui échappe à la capitale haïtienne.
Dimanche 19 février 2023 ((rezonodwes.com))–
La longue traversée du désert se poursuit pour le carnaval à Port-au-Prince. Sevrée depuis 2019 de son carnaval national pompeux, jouissif, éclatant, Port-au-Prince doit se tourner vers des éditions de parodie de carnaval communal.
En 2023, le Conseil exécutif intérimaire annonce l’organisation d’un carnaval en milieu de journée pour sauver les apparences. « Réconciliation pour la paix » est le thème qui invite les carnavaliers à participer les 19, 20 et 21 février prochain dans des défilés et exhibition de troupes artistiques et culturelles, a promis l’agent exécutif intérimaire Lucsonne Janvier.
L’aspect artistique sera rudement mis à l’épreuve d’une organisation poussive et laborieuse, reconnait-on. Entre 10 heures du matin et 18 heures, les organisateurs promettent de faire déplacer les montagnes. Des réflexions à partir de la culture en temps de crise, a avancé le directeur du Bureau national d’Ethnologie (BNE), Érol Josué en guise d’excuse à la coordination des évènements. Vendre Haïti différemment avec pour toile de fond et point d’encrage 7 séquences qui entendent mettre en valeur un pays meurtri, acculé par l’insécurité, l’insouciance des dirigeants politiques, le désengagement des forces vives et le délitement social.
Le budget prévisionnel n’a pas été communiqué par les autorités communales en charge d’organiser les festivités. Cependant, le Comité prétend offrir une édition tournée autour de l’allégorique, d’un regard sur une réalité fidèle au factuel. L’insécurité, la crise environnementale, le réchauffement climatique, la dégénérescence de l’être haïtien, souligne Érol Josué, membre du comité d’organisation du carnaval. « Utiliser le carnaval comme un exutoire, un moment de répit », soutient-il.
Comment se régaler dans une ambiance carnavalesque quand le cœur n’est pas à la fête ? Comment se déhancher quand l’insécurité guète les carnavaliers ? À quelques kilomètres du Champs-de-Mars, le gang « Izo » impose son empire criminel. Le quartier de Bel-Air reste impraticable, Cité-Soleil demeure sous l’emprise des affrontements entre groupements armés, dressent des avisés.
Quid de la couverture sécuritaire à la croisée d’une crise de leadership qui fragilise la Police nationale d’Haïti (PNH). Les Forces Armées d’Haïti (FAd’H) annoncées remobilisées marchent sur des œufs quand il est question de se mettre au service du collectif.
Hervé Noel
vevenoel@gmail.com

