Le Conseil de sécurité a adopté à l’unanimité, ce matin, une résolution relative à la santé mentale du personnel déployé dans les opérations de maintien de la paix des Nations Unies, en se basant notamment sur une enquête sur le bien-être du personnel de l’ONU de 2017 et sur les travaux actuellement menés sur ces questions par le Secrétariat et les experts du Comité consultatif, composé d’États Membres, de l’Organisation mondiale de la Santé et d’organisations non gouvernementales.
La résolution 2668 (2022), présentée par le Mexique, exprime une grande préoccupation quant au bien-être général du personnel de maintien de la paix des Nations Unies, qui fait face à des « difficultés multiples » et opère dans des « environnements complexes ». Le texte prend également en compte l’incidence de la santé mentale de ce personnel sur l’efficacité des opérations. Il considère dès lors qu’il faut sensibiliser le personnel en question à l’importance de la santé mentale et du soutien psychosocial et continuer de favoriser une culture du bien-être et de la prévenance pendant le déploiement, ce qui échoit au Secrétariat de l’ONU, aux pays fournisseurs et aux autres États Membres.
Comme mesure concrète prévue par ce texte, le Conseil engage les pays fournisseurs de contingents ou de personnels de police, ainsi que les autres États Membres et le Secrétariat de l’ONU, à fournir des services de santé mentale pendant la formation préalable au déploiement ainsi qu’après le déploiement, en tenant compte des questions de genre. En outre, le Secrétaire général devra inclure, dans les exposés complets qu’il lui a été demandés, des informations sur l’exécution de certains aspects de la stratégie pour la santé mentale et le bien être dans le système des Nations Unies de 2018.
Après le vote et l’adoption à l’unanimité de la résolution, le représentant de la Fédération de Russie a dit soutenir le texte mais a expliqué ne pas pouvoir être favorable à la violation du principe de répartition du travail au Conseil de sécurité, un « thème extrêmement spécifique », a-t-il estimé. Plaidant pour le respect de la Charte et des principaux organes des Nations Unies, il a fait valoir que c’est le Comité spécial du maintien de la paix, appelé « C34 », qui devrait se charger de ces questions car il passe en revue tous les aspects des missions de maintien de la paix. Les pays fournisseurs de contingents doivent donner leur avis à ce sujet car ils ont connaissance de la situation sur le terrain, a-t-il argué. Pour ce qui est des missions politiques spéciales, le délégué russe a rappelé que les questions relevant de ces missions sont du ressort du Secrétariat. Ces missions ainsi que les bureaux d’envoyés spéciaux sont parfois créés sans la participation du Conseil de sécurité, a-t-il fait remarquer.
Le représentant de la Fédération de Russie a également souligné l’absence de compétences au sein du Conseil de sécurité pour examiner des questions aussi spécifiques que la santé mentale des soldats de la paix ainsi que le manque d’outils sur ce sujet, ce qui rend difficile, à son avis, l’examen de ces questions par le Conseil. Il en a conclu que la résolution perd de sa valeur ajoutée. De plus, le Conseil de sécurité est souvent critiqué parce qu’il empiète sur les prérogatives et les mandats d’autres organes des Nations Unies, a-t-il rappelé en jugeant ce problème préoccupant. Enfin, il a estimé que les sujets thématiques doivent être examinés par des organes qui en ont la compétence.
S’exprimant à son tour sur le texte adopté, dont il a assuré la rédaction, le représentant du Mexique a rappelé que le Conseil de sécurité est habilité à déployer des missions de maintien de la paix et à mettre sur pied des missions politiques spéciales, dont le personnel travaille bien souvent dans des contextes violents et sous pression. La complexité et l’intensité des tâches qu’accomplissent le personnel en tenue et le personnel civil peuvent avoir des conséquences sur leur santé mentale, a-t-il reconnu, expliquant pourquoi le Conseil de sécurité doit accorder toute l’attention nécessaire à la santé physique comme à la santé psychique. Si la question de la santé mentale est encore taboue, il a rappelé qu’il a été prouvé que les problèmes de santé mentale, comme le stress post-traumatique, sont plus courants chez le personnel de ces missions que dans la population générale. La résolution permet donc d’accorder toute l’attention à cette question avant, pendant et après le déploiement du personnel concerné, s’est-il félicité. Le représentant a remercié les membres du Conseil qui ont approuvé ce texte et les 50 États Membres de l’ONU qui s’en sont portés coauteurs.
Troisième et dernier membre du Conseil à intervenir à cette séance, la représentante de l’Inde, qui préside le Conseil ce mois de décembre, a rappelé que son pays figure parmi les principaux fournisseurs de contingents et de personnels de police des opérations de maintien de la paix de l’ONU. L’Inde accorde ainsi une grande importance à la santé mentale de ces effectifs, considérant qu’il s’agit d’un élément essentiel de leur santé d’ensemble, a-t-elle déclaré. Se disant consciente des circonstances difficiles dans lesquelles opèrent les personnels de maintien de la paix, elle a souligné que leur bien-être mérite l’attention de l’ensemble des États Membres.
À cette aune, la représentante de l’Inde a estimé que toute délibération sérieuse devrait faire fond sur les études menées en consultation avec les pays fournisseurs. Elle a aussi fait valoir que le C34 est l’organe habilité pour traiter de ces questions. Ce comité, composé de 137 États Membres, a examiné dûment la question de la santé mentale dans les opérations de paix et des progrès se sont fait jour, a-t-elle salué, citant notamment les progrès dans l’évacuation des blessés. La déléguée indienne a, dès lors, appelé à ce que toute recommandation en la matière soit formulée après analyse des données et avis de tous les fournisseurs de contingents et de personnels de police. Avant de conclure, elle a espéré que les délibérations futures se feront de façon globale et systématique au sein des organes compétents des Nation Unies.

