20 octobre 2026
Haïti : du legs des titans au chaos sur la terre des braves
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Haïti : du legs des titans au chaos sur la terre des braves

UN PETIT RAPPEL HISTORIQUE

par Ducasse Alcin

Vendredi 18 novembre 2022 ((rezonodwes.com))–

Un étranger qui lie connaissance pour la première fois avec l’histoire fascinante d’Haïti aura du mal à se convaincre que les événements, tels qu’ils sont relatés dans nos manuels d’histoire, ont bel et bien eu lieu.

Il s’imaginera avoir sous les yeux l’un de ces récits fictifs ficelés dans la mythologie grecque dont le contenu, souvent truffé d’exagérations, est spécialement rédigé pour éblouir l’imaginaire des gens. L’épopée de Gilgamesh, par exemple, est de cet ordre.

En effet, les hauts faits d’armes débouchant sur l’indépendance de cette Nation—naine en superficie mais géante en passé glorieux—-n’étaient pas faits pour être accomplis par des va-nu-pieds qui ont connu les affres de la servitude entre les mains des conquistadors européens.

Prenez quelle que soit la période que vous voulez, vous ne trouverez aucun antécédent historique qui donne gagnant à des esclaves dans une lutte d’une telle envergure, et mieux encore, contre un empire de la taille de la France sous la férule de l’arrogant Bonaparte.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a jamais eu des mouvements de révolte d’esclaves qui se soient soldés de succès. On retiendra toujours le nom de Spartacus—-ce gladiateur intrépide qui a failli mettre en déroute la puissante armée romaine par une insurrection inédite.

Toutefois, en dépit de quelques victoires à son actif, tout compte fait, Spartacus vit son mouvement de rébellion s’atomiser devant la machine de guerre infernale de la garde prétorienne.

Dans ce cas, qu’est-ce qui rendait la lutte pour l’émancipation des esclaves de Saint Domingue si différente de toutes les autres qui l’ont précédée ?

Le déclenchement de la révolte des noirs à Saint Domingue fût un combat qui campait deux mondes : les opprimés et leurs oppresseurs, les exploités et leurs spoliateurs, la tyrannie et l’autodétermination.

Mais aussi et surtout un combat dont les ramifications s’étendaient bien au-delà des frontières de l’île, puisqu’il s’en prenait aussi au racisme infamant qui guidait les puissances comonisatrices.

Cette lutte féroce pour l’honneur de la race noire se révéla, de par les ondes de choc qu’elle envoya à travers le monde, très dévastatrice pour Napoléon et son empire quand Dessalines proclama l’indépendance d’Haïti l’année même où ce tyran s’autoproclama empereur.

Qu’ils veuillent l’admettre ou non, sans la bataille de Vertières, où le général Rochambeau et ses bandes de voyous en uniforme avaient avalé leur chique, il n’y aurait pas 1812 —–l’année où l’armée napoléonienne fût mise en déroute par les forces russes.

Tel un lion édenté, l’armée française, fût tant et si bien affaiblie par l’usure de la guerre qu’elle devînt l’ombre d’elle-même.

Il n’y aurait pas non plus la victoire des anglais dans la fameuse bataille de Waterloo en 1815 si la France n’avait pas essuyé cet échec cuisant à Saint-Domingue.

Les Américains aussi doivent une fière chandelle à Haiti pour cette aubaine qu’ils ont pu bénéficier de la main des français. En effet, ces derniers ont dû leur concéder la Louisiane pour des crottes de bique.

La raison en est que la bataille contre les troupes de Dessalines fit payer à la France un si lourd tribut humain qu’elle était incapable de maintenir des troupes dans cette région.

Encore faut-il souligner qu’à cette époque, les frontières de la Louisiane s’étendaient jusqu’aux frontières du Canada.

Malheureusement aujourd’hui, voir Haïti s’enliser dans cette misère affreuse et répugnante pousse certains à se demander si tous ces sacrifices en valaient vraiment la peine.

On est à ce point de l’histoire où la terre des braves devient une triste référence en matière d’ingouvernabilité, de turpitudes, de luttes fratricides et de chaos.

Quand les blancs racistes veulent asseoir leur insinuation selon laquelle la gestion des affaires n’est pas le fort des noirs, ils sont toujours au galop à pointer Haïti du doigt à titre d’exemple.

Même des pays qui devraient nous être redevables pour les avoir guidés sur la piste de la liberté se demandent eux aussi si notre indépendance n’a pas été trop précoce. Nous avons prêté le flanc par rapport à toutes ces médisances qui s’abattent sur notre dos. Nous n’avons que nous-mêmes à blâmer pour avoir dilapidé, si ce n’est annihiler le legs que ces titans du passé nous ont laissé.

Ducasse Alcin

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