Le groupe Média MAGHAITI fête ses 10 ans. Pour son PDG, Franciyou Germain, c’est un organe de presse indépendant qui, depuis 10 ans, s’est mis au service de la communauté haïtienne et francophone en luttant contre la corruption et les manipulations en tous genres qui sont des fléaux portant atteinte aux droits de l’homme et à l’État de droit en Haïti.
Vendredi 5 aout 2022 ((rezonodwes.com))–
Le groupe Mag Haïti, formé de plusieurs structures dont MagHaïti (www.maghaiti.net), Alolakay TV (www.alolakay.tv), et T-check Haïti (www.ticheck.org), célèbre son dixième année d’existence. Membre fondateur de l’Association Haïtienne des Médias en Ligne (AHML), Mag Haïti est un organe de presse rarissime qui se donne pour mission d’informer, de distraire et de former les internautes haïtiens et francophones.
Dans un entretien avec Rezo Nòdwès, Franciyou Germain, le Président Directeur Général (PDG) du groupe média MagHaïti a déclaré avoir, pour différentes raisons, entrepris avec MagHaïti un combat contre la corruption ainsi que les différents risques engendrés par ce choix.
‘’Après avoir fondé MagHaïti en 2012, tout en considérant la corruption qui gangrène la société même au niveau de certains médias, je me suis promis de tracer mon propre chemin afin de ne pas alimenter ce cercle vicieux », a-t-il martelé.
Recruté dans la même période par le ministère de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales (MICT) pour renforcer la capacité de la Mairie de Port-au-Prince, il estime que c’est cette expérience qui lui a permis de comprendre à quel point les politiciens haïtiens étaient corrompus.
“La commission communale m’a mis sur le banc de touche. Ils ont dit clairement que la mairie n’avait pas de problème d’intellectuels. En ce sens, ils ont boycotté notre groupe qui était composé d’environ 15 cadres. Je ne voulais pas abandonner, ils ont avancé beaucoup de prétextes pour me faire partir, mais je suis resté pendant 3 ans pour bien comprendre les rouages de la corruption. À ce moment-là, un proche de PHTK dont le nom est Joseph Pierre Richard Duplan dirigeait la commission communale et c’est grâce à ce poste qu’il a été en contact avec les gangs de La Saline », a-t-il révélé.
Dans cette boîte, il affirme avoir constaté que des membres influents de l’opposition, des journalistes et des personnes qu’il croyait honnêtes recevoir des chèques dits « zombis ».
»C’est à partir de ce moment que j’ai décidé de combattre la corruption à ma manière sans trop m’exposer’’, a expliqué Germain.
L’homme qui se donne pour mission de mettre la main à la pâte afin de combattre la corruption en Haïti n’a tout de même pas caché les menaces multiformes qui planent sur sa tête pour ce travail à haut risque.
‘’En tant que média indépendant qui ne supporte aucun camp, nous recevons assez souvent des menaces. Comme il n’existe ni droite, ni gauche en Haïti et que nous nous trouvons dans un système anarchique, tous ceux qui nous applaudissent aujourd’hui vont peut-être détester MagHaïti demain. Mais ils doivent savoir que notre média ne supporte aucun leader, mais des principes et des valeurs”, a-t-il tenu à faire savoir.
En 2019, après la création du fact-checker T-check Haïti, il témoigne avoir été pris pour cible par les proches du pouvoir après avoir écrit plusieurs articles pour révéler les mensonges du Président Jovenel Moise.
»Le 1er novembre 2019, alors que j’étais en route pour rencontrer mon chauffeur de motocyclette, 3 jeunes hommes circulant à moto m’ont agressé physiquement. Ils ont détruit mon téléphone portable et m’ont frappé à plusieurs reprises avec ma propre caméra de photo. Des manifestants qui passaient dans la zone de morne Dédé, m’ont secouru pensant que c’était des voleurs et les malfrats en ont profité pour prendre la fuite. Quelques mois après, j’ai appris que c’était un de mes collègues journalistes qui avait indiquéma position aux bandits », s’est-il lamenté.
Questionné sur les remords et l’envie de tout abandonner que peut engendrer ce choix très risqué, le propriétaire de MAGHAITI laisse entendre qu’il continuera à mener ce combat quoi qu’il advienne. ‘’ C’est la raison d’être de MagHaiti. La lutte est dangereuse, mais elle est essentielle pour la démocratie en Haïti. Souvent, les autres pensent que j’ai échoué, ils disent qu’il fut un temps, MagHaïti était l’un des plus grands magazines en Haïti et qu’aujourd’hui nous ne faisons pas le poids face aux nouveaux médias. Moi, je dis que ces gens ne comprennent pas notre dimension. Nous ne faisons pas dans la sensation, il est clair que nous ne produisons pas pour tout le monde, nous sommes devenus plus professionnels et plus observateurs », a-t-il poursuivi.
A en croire Germain, les retombées des ses dix ans de combat sont plus ou moins positives, car beaucoup de personnes, même dans l’ombre, continuent à apprécier fortement le travail de MAGHAITI.
‘’Il y a beaucoup de retombées positives: j’ai personnellement formé des dizaines de jeunes journalistes qui travaillent aujourd’hui dans presque tous les grands médias de la capitale. D’autres sont devenus propriétaires de médias comme moi et penchent pour la compétition ».
Il assure que, sous le régime de PHTK 2, le fact-checker T-check Haïti a été d’une très grande utilité quand le gouvernement et l’opposition manipulaient l’opinion publique.
Franciyou Germain explique que, dès le commencement, il avait fait le choix de ne pas accepter de sponsors locaux afin de garder son indépendance. » « Je travaille très dur pour payer les collaborateurs de MagHaïti, disons pour les supporter, car leur apport n’a pas de prix. Je pense que j’ai une dette morale envers Haïti et c’est à travers ce travail que je dois payer ma dette. Donc, je n’ai aucun remords, un combat reste un combat ! « , a-t-il conclu.

