24 octobre 2026
Serge Rousseau : Lettre ouverte à mes compatriotes haïtiens
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Serge Rousseau : Lettre ouverte à mes compatriotes haïtiens

Jeudi 16 juin 2022 ((rezonodwes.com))– Les 5 articles parus dans le NYT ont remis dans l’actualité avec fracas la question de la dette de l’indépendance, tout un pan des différents aspects de la façon dont les Occidentaux, France et EUA en tête, ont conduit leurs relations avec Haïti, notre patrie.

Ils avaient mis fin provisoirement aux revendications haïtiennes par le renversement rocambolesque du président Jean Bertrand Aristide et renouvelé leur ferme résolution de maintenir le statu quo, attitude clairement exprimé dans le  »livre blanc » de la France, connu sous l’épithète de RAPPORTDEBRAY au ministère des Affaires Étrangères et poursuivi avec détermination par la communauté internationale, ameutée, et faisant chorus jusqu’à aujourd’hui, avec les résultats que l’on sait.

Ces articles ont été l’occasion de ranimer  l’indignation impuissante des Haïtiens et de la découverte horrifiée par les observateurs internationaux, certains pour la première fois, des injustices criantes faites à notre pays. De partout les patriotes haïtiens se demandent quoi faire. C’est un bon signe.

Ayant  suivi  ces  démêlés  depuis  toujours  par  mon  implication  dans  le  mouvement  d’action patriotique contre les Duvalier, ayant écrit pas mal de textes sur le problème haïtien, dont un livre abordant  explicitement  la  question  de  la  dette :  Haïti.  Histoire.  État  et  Société.  2e   édition CIDIHCA 2013, je me permets de revenir à la charge pour participer au mieux de mes capacités à l’ouverture de nouvelles perspectives qui semblent se dessiner, comme beaucoup de compatriotes paraissent prêts à réfléchir et à agir. Nous avions dressé dans notre livre le réquisitoire révélant comment notre pays a été dépouillé comme dans un bois. Nous avions donné, par la suite, plusieurs interviews à Radio Méga, la dernière le 1er janvier 2017, qu’il serait à propos de ressortir.

Bien sûr le dédommagement est principe un intangible pour tout patriote haïtien!

•            Ce qu’il ne faut pas faire  cependant, c’est de solliciter, après  l’évaluation des  sommes supposément dues, un remboursement monétaire pur et simple, dans la situation actuelle. Cette façon de faire hérisse plusieurs compatriotes à juste titre. Elle est contre-productive, ne changera rien et ne pourra rien changer. L’argent retournera bien vite à sa source par mille canaux déjà en place ou à créer

de  toute  urgence  pour  priver  notre  peuple  des  retombés.  Tout  continuera  comme  avant.  Bien  des expériences  antérieures  ou  même  en  cours  en  sont  la  preuve.  Elles  n’ont  pas  été  analysées  et mériteraient de rentrer dans le débat dont j’espère qu’il aura lieu : Les aides généreuses du Cuba de Fidel Castro en couverture médicale et plus substantielle du Venezuela d’Hugo Chavez en fonds de développement (Petrocaribe); les formes de coopération préconisées et mises en œuvre par les pays impérialistes bien décrites dans le livre blanc français qu’il faudra bien également étudier dans tout son contenu; les multiples interventions d’œuvres de bienfaisance et de coopération dont les Haïtiens eux-mêmes sont des protagonistes entêtés et dont le GRAHN est le dernier avatar.

Tous ces échecs avérés  et  à  venir  ne  font  que  renforcer  le  découragement  et  amener  de  l’eau  au  moulin  de  nos détracteurs. Les misères d’Haïti sont d’abord d’ordre politique et ne peuvent trouver des solutions que politiques.  Nous  voyons  avec  tristesse  des  compatriotes  bien  intentionnés,  dévoués,  talentueux, disperser leur énergie dans des projets généreux mais sans lendemain, voués à l’inévitable déconfiture (Hôpital de Pignon, projet de Jacmel). Ce qu’il ne faut pas faire non plus , c’est recommencer à créer de toute pièce des coalitions à partir de gens ayant perdu le pouvoir ou aspirant à remplacer ceux qui sont dans l’assiette au beurre, pour se présenter aux étrangers comme une alternative, comme lorsqu’il s’agissait  de  renverser  le  président  Aristide,  comme  aujourd’hui  avec  la  concertation  bidon  et  les calculs  sordides  de  ses  protagonistes  qui  arrivent  à  enrôler  dans  leurs  projets  quelques  patriotes sincères, dévoués mais peu inspirés.

•            Ce  qu’il  importe  de  comprendre  et  de  faire.  Rien  ne  se  fera  sans  le  peuple  haïtien mobilisé. C’est donc l’occasion pour moi de répéter comment nous devons mobiliser le peuple et pour quoi  faire.  Nous  avons  une  occasion  d’expliquer  aux  Haïtiens  comment  récupérer  la  dette  de l’indépendance.  C’est  en  même  temps  une  occasion  d’éducation  politique  et  civique,  voir  une perspective  de  bâtir  un  vrai  programme  de  développement.  La  disposition  des  forces  politiques actuellement ne sert qu’à maintenir le statu quo décidé par d’autres. La mobilisation nous permettra de constituer  une  force  politique  crédible,  avec  des  objectifs  clairs,  qui  nous  donnera  les  moyens d’affronter les problèmes posés par la restitution de la dette. Ils ne sont pas minces.

•            La  condition  préalable.  (Il  s’agit  à  partir  de  maintenant  de  propositions  que  nous soumettons à l’appréciation de tous pour un débat serein.)

– Une déclaration solennelle, devant une commission internationale indépendante, un engagement de  la  France  et  des  EUA,  de  mettre  fin  aux  interventions  dans  nos  affaires;  une  trêve  nous permettant de mettre en œuvre notre projet emblématique qui pourrait servir de  modèle à une nouvelle forme de coopération entre états. Cette demande d’engagement aura l’appui de la plus grande partie du monde qui est prêt à nous soutenir.

–  La  dette  sera  remboursée  par  une  participation  chiffrée  et  à  long  terme  à  l’équipement matériel,  technique  et  intellectuel  du  peuple  haïtien,  sur  la  base  d’un  programme  de développement dressé par les Haïtiens.

Les raisons pour ce que nous avançons sont inscrites dans notre expérience passée et présente et pourront être discutées ouvertement. La nécessité d’une organisation est la question capitale. Elle est l’affaire de tous et doit enfin être considérée sérieusement. Nous sommes prêts à y participer. Les moyens d’information haïtiens peuvent faire un formidable travail à ce niveau puis qu’ils sont très suivis par nos compatriotes. Il faut organiser des groupes de réflexion et d’interventions sur le terrain  en  Haïti  et  à  l’étranger,  qui  prépareront  l’avènement  d’organisations  plus  larges  et  plus représentatives. Une étincelle peut mettre le feu à toute la plaine!

Avec mes cordiales salutations en la patrie.

Dr S. Rousseau
Montréal Canada
e-mail : drsrousseau@hotmail.com

En marge de cette lettre nous soulevons quelques questions à méditer.

En 1805 des négociants américains faisaient un commerce très lucratif avec Dessalines ce qui exaspérait la partie française aspirant à récupérer son ancienne colonie. Voici la lettre envoyée à la représentation diplomatique du pays aux EUA pour lui souffler les arguments à présenter à la partie américaine afin qu’elle mette fin à ce commerce jugée illicite. Les termes sont de Talleyrand :

« Il est devenu nécessaire de renouveler les représentations déjà adressées au gouvernement fédéral et d’insister de nouveau auprès de lui pour qu’il adopte enfin des mesures sévères et propres à prévenir de semblables communications entre une nation policée et des peuplades sauvages qui, par leurs mœurs féroces et leurs usages barbares, sont devenues étrangères au

système de la civilisation; non seulement la sûreté de la France, mais  encore la sûreté de toutes les colonies européennes et celle même des États-Unis réclament sa cessation. Quel est en  effet  le  résultat  de  ces  rapports  commerciaux?  De  fournir  à  des  hommes  atroces  les moyens  de  perpétuer leurs  excès,  de  leur donner le  pouvoir de  signaler par de  nouvelles cruautés, une haine constante et générale pour tous les hommes que la naissance, les mœurs distinguent d’eux; de perpétuer enfin au milieu des Antilles un établissement de brigandage

et de piraterie…L’existence d’une peuplade nègre armée et occupant les lieux qu’elle a souillé par les actes les plus criminels  est un spectacle horrible pour toutes les nations blanches; toutes doivent sentir qu’en la laissant subsister dans cet état, elles épargnent des incendiaires et des assassins, et il n’est pas de raison assez forte pour que des particuliers appartenant à un gouvernement loyal et généreux secourent des brigands qui se sont déclarés par leurs excès les ennemis de tous les gouvernements; il est impossible de croire que les nègres de Saint-Domingue  aient  quelques  titres  à  une  protection  et  que  les  chances  commerciales résultant d’un trafic aussi odieux balancent les raisons graves et décisives qui le prohibent entièrement. »  L’ambassadeur,  Turreau  à  l’époque,  ponctue  la  diatribe  ainsi :  ‘‘ces  rebelles  de Saint-Domingue, cette race d’esclaves africains, l’opprobre et le rebut de la nature, » (cité par Y. Benot : La démence coloniale sous Napoléon)

Haïti mérite réparation. Pour tous nos compatriotes de bonne foi qui ont partagé et qui partagent l’idée  française  selon  laquelle  c’est  Pétion,  donc  Haïti,  qui  a  proposé  le  dédommagement  des colons, faisons un peu d’histoire. D’abord Pétion, à aucun moment, n’a représenté l’ensemble de la Nation. Les Français le savaient bien puisqu’ils négociaient sur deux fronts, aussi avec Christophe, croyant pouvoir profiter des dissensions des débuts difficiles de la Nation. Pour contrer le royaume du Nord, Pétion était allé très loin afin d’obtenir l’appui de la France contre son rival, se portant au secours  de  l’armée  française  assiégée  et  affamée  dans  Santo  Domingo,  sous  le  couvert  d’aide humanitaire.

La France avait refusé l’offre de Pétion. Sa contre-proposition fut une gifle terrible. Elle proposa à

Pétion et à ses principaux généraux des certificats de  »blancheur » contre le retour à l’esclavage de tous les Nègres sans qualité. Ainsi, redevenant français, il pourra accepter une nouvelle expédition pour l’aider à vaincre le Roi. On sait la réaction de Christophe qui fut le premier à éventer le projet indigne et malfaisant. Les pièces  à conviction dévoilées par le baron de Vastey et le comte de Limonade  Julien  Prévost,  criant  à  l’humiliation   et  réagissant  avec  colère,  intentant  un  procès publique à l’envoyé de la France et l’envoyant crever dans un trou de basse-fosse. Et ce n’est pas tout, Jean-Pierre Boyer qui allait céder plus tard devant la menace française, deuxième personnage de la République, responsable militaire du palais national, a vilipendé la manœuvre de Pétion qui, pris de chagrin et de remords, s’est laissé mourir d’inanition.

Qui va s’en occuper?

Tout arrangement derrière des portes closes entre la France et des gouvernements haïtiens non représentatifs serait nul et non avenu comme tous les habituels contrats inégaux et inéquitables qui ont jalonnés notre histoire. La commission internationale indépendante ne résoudrait pas tout, loin de là. Les impérialistes doivent prendre ces engagements sans hypocrisie. Les deux partis devraient participer de bonne foi à la politique de réparation et de réconciliation. Des bilans périodiques devraient certifier du respect des engagements. Notre but n’est pas de ruiner la France. Il doit s’agir d’un contrat donnant-donnant,  bénéfique pour la France qui  inaugurera une nouvelle  forme de coopération sans subordination qui fera date pour l’avenir. Nous ne voulons pas recommencer les mascarades de Sweet Micky – qui est mieux pour dévoiler ses fesses comme artiste de carnaval que pour des négociations sérieuses – avec Mme Michaëlle Jean pour facilitatrice, avec François Hollande pour une reconnaissance de  »dette morale ».

Cependant  la  confiance  ne  viendra  que  par  la pratique. Nous  devons  compter  sur nos  propres organisations,  notre  vigilance  à  déjouer  les  pièges  inévitables  qui  réapparaitront  à  la  moindre faiblesse;   nos   expériences   antérieures   l’ont   prouvé.   Finis   les   habituelles   méthodes   de déstabilisation, de sanctions, d’embargos, les procédés économiques de blocage des avoirs et des

transferts, de privation de visas (n’oublions pas que beaucoup d’Haïtiens vivent en France, aux USA, au CND, etc…certains ayant double nationalité); les procédés politiques de démonisation dont  le  gouvernement  Aristide  a  tant  souffert,  l’infiltration  de  barons  de  la  drogue  dans  nos organisations  pour  ensuite  nous  accuser  de  trafic,  la  constitution  de  bandes  armées  et  les provocations par la RD. Il serait très facile de susciter des tensions entre les deux états. Ce chantier politique délicat demandera beaucoup de savoir-faire de notre part.

Les  impérialistes  ont  les  moyens  de  nous  faire  mal,  très  mal.  Mais  nous,  avons-nous  les moyens de leur résister? Le comportement de la classe politique en général laisse penser qu’on

n’y peut rien. Malgré les rebuffades de l’ambassadeur US, elle persiste à quémander une espèce de considération. C’est une méconnaissance des composantes d’un véritable rapport de force qui les porte à s’humilier de la sorte. Quelle que soit leur puissance, les forces impérialistes sont obligées de se disperser dans le monde. Elles ont absolument besoin d’alliés sur place pour maitriser la situation.

Vous comprenez qu’il nous faut une organisation solide. Nous ne gagnerons pas une guerre éclaire contre le pouvoir en Haïti. Il faut changer la dynamique politique par une révolution. N’ayons pas peur des mots. Nous avons besoin d’une révolution qui nous libère de la pensée, des mœurs et des pratiques féodales, qui libère la bourgeoisie nationale des entraves de la dépendance et qui pourra développer les talents haïtiens pour l’enrichissement de la bourgeoisie et de l’ensemble du peuple haïtien. Nous devons introduire des lois, un système commercial et de taxation qui protègent nos industriels  et  nos  commerçants  et  orientent  leurs  activités  vers  des  champs  favorables  à  notre programme de développement.

Quel   serait   le   contenu   de   ce   programme?   Nous   avons   parlé   d’un   projet   à   long   terme d’alphabétisation  fonctionnelle,  de  formation  de  cadres  avec  un  esprit  nouveau,  d’équipement routier, d’électrification, d’équipement maritime, des pêcheries, d’irrigation (toute la question de l’eau), de l’agriculture et des technologies de pointe. Un programme spécial pour notre paysannerie délaissée depuis l’indépendance devient une urgence absolue.

Comment dresser ce plan de développement? Sur les besoins actuels du peuple! Les interventions étrangères sont la cause majeure de l’anarchie et de la violence, ensuite les compradores et les féodaux à bout de souffle comptant sur les structures de l’état en miette qui ne servent qu’à soutenir leurs prébendes.

Aucune force crédible ne peut reposer sur des gens qui ne représentent qu’eux-mêmes comme les habituelles   organisations qu’on a vu se concocter contre le président Aristide qui ont servi de paravent aux provocations des impérialistes, ou comme ce groupe d’accord de Montana, tous ces représentants de la  »société civile », desquelles le peuple est exclu qui pullulent en temps de crise aiguë.

Quel rôle pour l’ex président Aristide? Selon une proposition, il pourrait, tout en se réconciliant avec l’ancienne opposition à son pouvoir prendre la tête d’une campagne de la restitution à travers le monde. On croit rêver! Nul Haïtien de l’histoire moderne de notre pays n’a été autant attaqué et dénigré que l’ancien président Aristide. Nous avons droit à sa part de vérité pour l’éducation de notre  peuple.  Il  doit  rendre  des  comptes.  C’est  important  comme  initiative  pour  renforcer l’expérience, les capacités de lutte de notre peuple. Il doit abandonner ses réflexes de  »ti-koulout », malgré tout le respect que nous lui devons. Il s’était tu quand Robert Malval l’a publiquement étrillé dans un livre choc, L’année de tous les dangers; il s’est tu sur l’accord signé avec Clinton sous l’œil vigilant  du  CND  pour  son  retour  dans  les  fourgons  de  l’armée  américaine  après  son  premier renversement;  il  s’est  tu  sur  les  conditions  du  démantèlement  de  l’armée  et  des  conditions  de

l’activité des chimères, puis de groupes armés à caractère privé; il s’est tu sur sa décision de livrer sa sécurité à une entreprise privée US; il s’est encore tu sur son appréciation de l’expérience Préval, son soi-disant jumeau. Sa version de son enlèvement reste nébuleuse. Il a certainement en main des éléments extrêmement importants pour l’édification des Haïtiens dans leur situation difficile dans  le  monde  d’aujourd’hui.   Comment  avec  tout  cela  peut-il  être  choisi  pour  représenter  les intérêts du peuple à un tel niveau? Laissons-le à ses œuvres de bienfaisance universitaires qu’il a choisies de soutenir.

Dans l’état actuel, sa participation doit se faire par les affidés de son ancien parti Lavalas dans un large front patriotique. Quant à l’opposition à son pouvoir, ces gens avaient complètement refusé l’idée même d’une reconnaissance de la dette.

En tous cas, nous ouvrons la discussion nous aussi, avec tous les compatriotes, sur cette question et avec Aristide, s’il est prêt à nous écouter. Nous avions à peine fini d’écrire ces lignes que nous est parvenue la nouvelle de la visite de l’ambassadeur français Patrice Mauries à la fondation :

Université et Hôpital en construction à l’invitation de Mme Mildred Aristide.

De  dire  à  Raoul  Peck?  Ancien  ministre  d’Aristide,  homme  intègre,  producteur  artistique conséquent et internationalement reconnu, il vient de publier une lettre ouverte au premier ministre de facto. C’est un patriote prêt au combat. Mais pense-t-il que le groupe de Montana, avec sa stratégie de prendre langue avec l’ambassade américaine, soit le meilleur véhicule à son action? Il

semble parti pour une victoire rapide. Nous croyons que ce sera plutôt une guerre de longue haleine qui sera gagnée par une organisation qui s’inscrive dans la durée. Pour l’instant il ne représente que  lui-même.  Ne  craint-il  pas  de  devenir  le  jouet  de  politiciens  véreux  qui  ne  pensent  qu’à exploiter sa notoriété chèrement acquise?

Il n’est pas le seul à faire ce calcul simpliste.

Comment mobiliser les capacités du peuple haïtien pour renverser l’état de délabrement actuel?

Ce peuple travailleur dont les talents intellectuels et techniques sont utilisés par l’étranger. Notre vraie richesse, c’est notre peuple, son courage, son dynamisme, sa créativité. Les richesses du sol, il faut créer les conditions pour leur exploitation au profit de tous. Nous pouvons mourir de faim à côté d’une montagne d’or.

Il faut une stratégie et des tactiques politiques, unir ce qui peut être uni. Bien sûr notre société compte  des  gens  irrécupérables,  vendus  aux  puissances  étrangères,  d’autres  dont  les  activités reposent sur la domination néocoloniale. Mais la grande majorité des compatriotes se retrouvent du côté du peuple. Un témoignage clair et franc de Gérard Latortue vient opportunément montrer la nécessité de rapporter les expériences politiques. Celles de l’ancien premier ministre de facto nous éclairent vraiment sur la période de son engagement. Il nous confirme toute l’importance d’un pouvoir nation représentatif et indépendant qui devrait naître de nos efforts et qu’il serait utopique de croire qu’il pourrait unir indistinctement tous les Haïtiens. Les discussions pourraient amener un délestage : il faut être d’accord avec le principe de dédommagement, il ne faut pas commencer à nous opposer entre pro-français et pro-américain. Le NYT ne l’a pas fait. Ceux qui affirment le contraire ou bien n’ont pas  bien lu les  articles  ou bien ils  sont de  mauvaise foi. Le débat doit cependant être ouvert à tous les Haïtiens pour entendre leur voix.

La mobilisation avant les experts. La qualité des débats jusqu’à maintenant nous laisse présager de  réelles  possibilités  de  mobilisation  par   nos  journaux,  TV  et  Radios.  Il  serait  souhaitable d’organiser, partout dans le pays et dans la diaspora, un dialogue incluant les lycées et collèges, les universités, les associations professionnelles, les syndicats. Mais attention aux débordements. Il n’est pas souhaitable que Ady Jean Gardy, bien que délégué-responsable d’une association de journalistes, décide dans le cadre d’un congrès international d’aller défendre l’indépendance d’Haïti avec des idées qui ne sont que les siennes. Son rôle serait plutôt d’établir des contacts, de sonder les  appuis  à  notre  cause  et  de  pouvoir  ensuite  apporter  ses  impressions  aux  organisations patriotiques, pour préparer l’autre étape de la lutte, suivant un plan établi en collégialité. Autrement c’est l’anarchie et l’affaiblissement de notre cause.

Les nombreuses œuvres de bienfaisance et les associations haïtiennes de par le monde devront abandonner leur caractère apolitique pour participer au débat. J’en citerai quelques-unes : AMHE, GRAHN, FANM, ANACAONA et ANSANM ANSANM (en France). Tout le monde en connait de  ces  associations.  On  devrait  les  ameuter,  utiliser  leurs  ressources  et  leurs  contacts.  Nous disposons d’une grande réserve de générosité et d’initiative. C’est aussi ça la mobilisation que de solliciter leur participation au moment le plus nécessaire.

Les experts que nous enverrons à un moment donné, devront travailler avec une feuille de route sous la direction de la Nation, une fois les décisions prises.

Les bandes armées n’ont pas que des aspects négatifs. On pourra négocier avec certains, les rallier par leurs familles, leurs amis du peuple comme eux. Certains d’entre eux ont déjà manifesté une forme d’intelligence dans leurs déclarations.

La police et l’armée en formation sont constituées à la base de patriotes haïtiens cherchant une issue à la détresse générale. Il ne faut jamais l’oublier. L’établissement d’une politique qui évite de les jeter dans les bras des étrangers et des ennemis du peuple est un devoir sacré que l’ex président Aristide n’a pas compris.

Ces  idées  lancées  à  tous  et  qui  doivent  être  débattues  pour  faire  leur  chemin  dans  la conscience collective.

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