Jeudi 8 mars 2022 ((rezonodwes.com))– Le 7 décembre 2021, le gouvernement de Ariel Henry a enlevé la subvention aux produits pétroliers, ce qui a occasionné une augmentation significative des prix.
La mesure est entrée en vigueur le 10 décembre 2021. Le prix du diesel et du kérosène a doublé, respectivement de 169 gourdes à 353 gourdes et de 163 gourdes à 352 gourdes. Celui de la gazoline a connu une augmentation substantielle de 201 à 250 gourdes.

Conséquences de la subvention
La subvention des produits pétroliers par l’État avait occasionné un manque à gagner,
provoquant un énorme déficit budgétaire de manière constante. L’État devait à chaque
fois recourir au financement budgétaire de la banque centrale et à un appui budgétaire
des partenaires et bailleurs de fonds internationaux.
Cette réalité expliquerait en partie la dépréciation de la gourde, provoquée par le financement du déficit budgétaire (création de la monnaie).
Sur les 254 milliards de gourdes de prévisions budgétaires pour l’exercice 2020-2021, seulement 96 milliards ont été collectés dont 30 milliards utilisés pour subventionner le carburant. Selon les prévisions de certains économistes, la subvention des produits pétroliers pourrait atteindre entre 60 et 90 milliards de gourdes pour l’exercice 2021-2022.
La décision du gouvernement de ne pas subventionner les produits pétroliers devrait être constructive si, en tenant compte des impacts sur les plus vulnérables, il pouvait la gérer
efficacement. En subventionnant le diesel, par exemple, le gouvernement accorde de l’argent notamment aux grandes entreprises, à ceux qui possèdent des grosses cylindrés,
aux Dominicains dans le transport.
Plus d’argent pourrait être investi dans les projets porteurs pour la population dont les
plus vulnérables affectés par la mesure. En effet, le Premier ministre avait souligné que
« La subvention de l’essence, considérée comme un manque à gagner pour le trésor public, doit être traitée avec responsabilité ».
Conséquences du retrait de la subvention sur la population
Le retrait de la subvention a provoqué une hausse considérable des prix des produits et services dans un contexte de grande précarité et d’augmentation de l’inflation. Il a affecté directement la population, d’autant plus qu’aucune mesure d’accompagnement n’a été implantée même celles prévues dans l’accord conclu avec les syndicalistes : accompagnement pour les familles défavorisées (amélioration des services de transport scolaire, restaurants communautaires, distribution de kits alimentaires…), subvention des produits pétroliers ( diesel et gazoline) pour les véhicules de transports et de marchandises dans les dix départements) ; régularisation du transport des taxis-motos…
Pour Eddy Labossière, économiste, le retrait de la subvention devrait se faire
progressivement et être précédé de trois actions :
i) la rationalisation des choix budgétaires, en éliminant les mauvaises dépenses comme les secondes résidences, les voitures de luxe des fonctionnaires… ;
ii) la relance de la réforme fiscale, qui permettrait d’éliminer les évasions fiscales et la contrebande dans la zone frontalière et dans les douanes ;
iii) la mise en place d’un filon de protection sociale pour les personnes défavorisées.
La population va être davantage affectée car les importateurs ne trouvent pas à la Banque de la république d’Haïti (BRH) les dollars américains suffisants pour placer leur commande, le marché étant libéralisé par le gouvernement de Ariel Henry. Ensuite, le baril de pétrole, en nette augmentation à cause de l’intervention militaire de la Russie en Ukraine, dépasse 140 dollars américains pour la première fois depuis 2008.

