27 octobre 2026
Violation systématique des droits humains en Haïti : Le RNDDH presse l’Etat à reconnaître la gravité de la situation
Actualités Société

Violation systématique des droits humains en Haïti : Le RNDDH presse l’Etat à reconnaître la gravité de la situation

Samedi 5 février 2022 ((rezonodwes.com))–

I.           INTRODUCTION

1.       Du 24 janvier au 4 février 2022, le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies réalise sa quarantième  (40ème)  session  d’Examen  Périodique  Universel  dans  le  but  d’analyser  la  situation générale des Droits Humains dans douze (12) pays dont Haïti.

2.       Lors de la session d’évaluation du pays tenue le 31 janvier 2022, les autorités étatiques ont affirmé  que  des  efforts  avaient  été  consentis  au  cours  des  quatre  (4)  dernières  années,  pour  le respect, la protection et la réalisation des Droits Humains en Haïti.

3.       Le  Réseau  National  de  Défense  des  Droits  Humains  (RNDDH)  qui  a  participé,  aux  côtés  du Bureau des Avocats Internationaux (BAI), de l’Institute for Justice and Democracy in Haïti (IJDH) et de Chans  Altènativ,  à  l’élaboration  d’un  rapport  alternatif  soumis  au  Conseil,  a  aussi  suivi  avec attention la session du 31 janvier 2022.  Aujourd’hui, le RNDDH estime de son devoir de rappeler à l’attention de tous-tes quelques faits qui démontrent que la population haïtienne vit, depuis 2018, dans une situation de négation de ses droits civils, politiques, économiques et sociaux.

II.         SITUATION DES DROITS CIVILS ET POLITIQUES EN HAÏTI DE 2018 A 2021

a)   Droit à la vie et à la sécurité

4.       Au cours des quatre (4) années qui viennent de s’écouler, au moins trois mille deux-cent-quatre- vingt-quatorze   (3.294)   personnes   ont   été   assassinées   parmi   elles,   cent-cinquante-trois   (153) policiers-ères.

Période                            Personnes assassinées      Policiers assassinés

2018                                  765                                        17

2019                                  736                                        45

2020                                  900                                        37

2021                                  893                                        54

Total                                 3294                                      153

5.       Depuis 2018, le peuple haïtien assiste à la gangstérisation effrénée du pays. Aujourd’hui, tous les départements géographiques comptent au moins un (1) gang qui y opère. Ces différents gangs armés  se  livrent  des  luttes  hégémoniques  acharnées,  pour  le  contrôle  des  territoires,  à  des fins politiques et électoralistes. Ils se battent aussi entre eux pour contrôler à des fins économiques les marchés, les entreprises privées, les organismes déconcentrés de l’Etat et les stations de transport en commun.

6.       Si avec la création en juin 2020 du G-9 An Fanmi et Alye la situation sécuritaire du pays s’est aggravée,  il  convient  de  souligner  qu’au  cours  des  quatre  (4)  dernières  années,  de  nombreux massacres et attaques armées, perpétrés par des gangs armés, ont été enregistrés. Des personnes en  âge  avancé,  des  adultes  hommes  ou  femmes  ainsi  que  des  enfants,  ont  été  assassinés  avec beaucoup  de  violence,  d’autres  ont  été  blessés  par  balles  ou  à  l’arme  blanche.  De  nombreuses personnes sont portées disparues. Des femmes et des filles ont subi des viols collectifs.

Période  Personnes tuées   Femmes tuées   Personnes Blessées  Femmes Violées

2018            71                               7                              66                                     11

2019            100                             4                              22                                     –

2020            181                             18                            40                                    18

2021            109                             25                            16                                     4

Total          461                             54                            144                                   33

7.       Au  moins  six  cent-quatre-vingt-quatorze  (694)  enfants  sont  devenus  orphelins  suite  à  ces massacres et attaques armées. Et, les pertes matérielles enregistrées sont énormes : des maisons entières ont été incendiées, des entreprises et petits commerces, pillés.

8.       Aucune enquête judiciaire autour de ces événements sanglants n’a encore abouti en dépit du fait que des suspects dont des autorités étatiques, aient été clairement identifiés.

9.       Depuis juin 2021, Martissant et Fontamara, contrôlés par des gangs armés qui se livrent une guerre sans fin, sont inaccessibles. Les énormes pertes humaines et matérielles enregistrées lors de ces attaques ne sont pas encore quantifiées. Et, quatre (4) départements géographiques savoir le Sud-est, les Nippes, le Sud et la Grand’Anse ainsi qu’une partie du département de l’Ouest, sont coupés du reste du pays.

10.     Par ailleurs, si le RNDDH n’a pas pu mettre en place un mécanisme de décompte des cas d’enlèvement  suivis  de  séquestration  contre  rançon,  il  reste  convaincu  qu’en  moyenne  cinq  (5) personnes ont été enlevées chaque jour, au cours des deux (2) dernières années qui se sont écoulées, une moyenne qui  indique une augmentation exponentielle de  ces cas pendant toute la période analysée.

b)   Situation sécuritaire du pays depuis l’arrivée au poste de premier ministre, du Docteur Ariel HENRY

11.  Depuis l’assassinat spectaculaire du président en fonction Jovenel MOÏSE, perpétré dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, la situation sécuritaire du pays se dégrade. De nouveaux foyers de gangs armés ont vu le jour dans des quartiers qui, jusque-là, étaient considérés comme relativement calmes. Des gangs qui existaient déjà ont aussi été renforcés par leurs protecteurs, les autorités étatiques. Ce renforcement se manifeste par l’agrandissement de leur territoire et la mise à leur disposition, de manière   continue,   d’armes,   de   munitions   et   de   fortes   sommes   d’argent.   Ce   phénomène d’agrandissement de territoire a par exemple été remarqué en plaine et à la Croix-des-Bouquets où le gang armé des 400 Mawozo qui se contentait par le passé de se cloitrer dans son fief, contrôle aujourd’hui toute la commune de la Croix-des-Bouquets et essaie d’étendre ses tentacules dans des communes avoisinantes.

c)   Liberté d’expression et droit à l’information

12.     En  2018  et  2019  particulièrement,  plusieurs  manifestations  antigouvernementales  ont  été sévèrement réprimées par les autorités policières. Des journalistes ont aussi été assassinés et des médias attaqués.

Années    Manifestants-es assassinés   Journalistes assassinés   Médias attaqués

2018              20                                                   1                                              –

2019              178                                                 2                                              5

2020              1                                                     –                                               1

2021              –                                                      1                                              –

Total            199                                                 4                                              6

13.     Parmi les manifestants-es assassinés, quarante-deux (42) ont été exécutés chacun d’une balle à la tête. Et, il s’agit pour toutes ces victimes de personnes qui participaient ou venaient de participer à une manifestation antigouvernementale.

14.     Par ailleurs, les 17 juin et 7 juillet 2020, des bandits lourdement armés dont plusieurs indexés dans la perpétration des massacres et attaques armées susmentionnées, ont manifesté dans les rues de  Port-au-Prince  en  exhibant  leurs  armes  à  feu  sous  le  nez  des  autorités  policières,  pourtant promptes à réprimer les manifestations antigouvernementales pacifiques.

15.     Les  journalistes  qui  ont  été  assassinés  sont  Vladimir  LEGAGNEUR  (14  mars  2018,  Grand Ravine), Rospite PETION  (11 juin 2019, Martissant) Néhémie JOSEPH (10 octobre 2019, Mirebalais), Diego  CHARLES  (29  juin  2021,  Rue  Acacia,  Christ-Roi).  Aucun  de  ces  cas d’assassinat  n’a  encore donné lieu à des poursuites judiciaires. Dans le cas de Vladimir LEGAGNEUR particulièrement, près de quatre (4) années après son assassinat, la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) attend encore  les  résultats  d’un test ADN  effectué sur des  os qui  ont  été  retrouvées et  qui  pourraient appartenir à la victime.

16.     Les six (6) attaques contre les locaux ou les véhicules de médias qui ont été enregistrées pour la période analysée sont les suivantes :  Radio Télé Ginen (9 juin 2019), Radio Télé Caraïbes (14 juin 2019), Radio Télé Zenith (dans la nuit du 17 au 18 juin 2019), Radio Télé Métropole (24 juin 2019), Radio Télé Nationale d’Haïti (13 février 2019), Radio Télé Caraïbes (23 février 2020).

d)   Droits aux garanties judiciaires des personnes privées de liberté

17.     Pendant les quatre (4) dernières années qui se sont écoulées, le pourcentage des personnes en attente de jugement a toujours oscillé entre 74 % et 82 % de la population carcérale totale du pays, une preuve supplémentaire du dysfonctionnement de l’appareil judiciaire. Pourtant, en décembre 2018, l’Etat haïtien s’était engagé par-devant la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme à faire baisser le taux de détention préventive illégale et arbitraire à 20%.

e)   Droits politiques et organisation des élections

18.     De 2018 à 2021, le parlement haïtien totalement improductif, n’avait exercé aucun pouvoir de  contrôle  des  actions  des  différents  gouvernements  qui  se  sont  succédé.  Au  contraire,  dès l’intronisation le 7 février 2017 du président Jovenel MOÏSE, les parlementaires se sont acoquinés avec le pouvoir exécutif pour démanteler les institutions étatiques dont celles appelées à combattre la corruption.

19.     Les élections législatives partielles devaient en fait être organisées en octobre 2019. Elles n’ont jamais été réalisées parce que l’Exécutif ne l’a tout simplement pas voulu, puisque le parti politique Tèt Kale duquel était issu le président Jovenel MOÏSE pouvait compter sur sa majorité écrasante au parlement haïtien en vue de doter le pays d’une loi et d’un budget électoraux.

20.     Le président avait donc choisi de conduire le pays dans la situation qui s’en est suivie le 2ème lundi du mois de janvier 2020 où l’ordre constitutionnel a été rompu. C’est d’ailleurs une situation qui lui avait permis de renforcer ses propres pouvoirs et de diriger le pays par décret. Et, justement, en 2020, il a adopté pas moins de quarante-et-un (41) décrets, les uns plus farfelus et inattendus que les autres.

21.     Le  président  s’était  aussi  engagé,  avec  son  gouvernement,  dans  un  processus  d’émission d’une  nouvelle  carte  d’identification  nationale  devant  servir  de  carte  électorale,  en  dépit  de l’absence de provision légale, du non-respect flagrant des règles de passation des marchés publics, des rumeurs de corruption entachant le processus de choix de la firme allemande DERMALOG

pour l’émission des cartes en question et des deux (2) avis contraires émis par la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSC/CA) relatifs à ce projet.

22.     Les pouvoirs législatifs et exécutifs n’ont jamais respecté, au cours des années écoulées, le principe d’indépendance du pouvoir judiciaire. Ils se sont acoquinés pour nommer par exemple, des  juges  et  des  commissaires  du  gouvernement  dans  l’irrespect  des  dispositions  légales  et règlementaires en la matière.

23.     De  2018  à  2021,  les  nouveaux  gouvernements,  les  replâtrages  de  gouvernements  se  sont succédé à un rythme effréné. Pas moins de cinq (5) gouvernements ont été mis en place, dirigés respectivement  par  Jacques  Guy  LAFONTANT,  Jean  Henry  CEANT,  Jean  Michel  LAPIN,  Joseph JOUTHE et Claude JOSEPH. Avant son assassinat, le président Jovenel MOÏSE avait même eu le temps de nommer Ariel HENRY en remplacement de Claude JOSEPH.

24.     Certains   parlementaires   ont   profité   de   ces   replâtrages   ou   formations   de   nouveaux gouvernements pour négocier la nomination de membres de leur famille, d’amis, de conjointes et de   progénitures,   à   des  postes   ministériels   et  diplomatiques.   Les   organismes   déconcentrés d’assurance vieillesse, de contrôle des ports et aéroports ont été, au cours de la période analysée, offerts à d’autres parlementaires, en récompense de leur vote. Et, des scandales à répétition de surfacturation ont éclaboussé le parlement haïtien.

25.     En 2020, le président Jovenel MOISE avait mis sur pied son Conseil Electoral Provisoire (CEP) exclusif, non-représentatif, décrié par la classe politique et par la société civile. Cet organe électoral avait pour tâches d’organiser un référendum en vue de doter le pays d’une nouvelle constitution et d’organiser des élections générales, deux (2) points de discorde entre Jovenel MOÏSE et le peuple haïtien.

26.     Par ailleurs, les élections pour les municipalités n’ayant pas non plus été réalisées, les maires ont tous été remplacés par des agents intérimaires de l’Exécutif, sauf ceux qui étaient déjà proches du pouvoir et dont les cartels n’ont pas été changés.

27.     Depuis juillet 2021, le pays est dans une situation atypique. L’actuel premier ministre Ariel HENRY nommé à la veille de l’assassinat du président Jovenel MOÏSE et sur lequel pèsent de lourdes suspicions d’implication dans cet assassinat, tient les rênes du pouvoir. Le 21 septembre 2021, il a décidé de renvoyer les membres du CEP qui avait été mis sur pied par Jovenel MOISE, tout en annonçant  qu’il  entamait  des  consultations  en  vue  de  former  un  nouvel  organe  électoral  et  de mettre en œuvre le plan initial de Jovenel MOÏSE, consistant à adopter une nouvelle constitution et à  organiser  des  élections  générales.  Cependant,  il  reste  évident  qu’Ariel  HENRY  ne  jouissant d’aucune  légitimité,  ne  peut  procéder  au  montage  d’un  organe  électoral,  sans  un  consensus national. De plus, sans une amélioration tangible de la situation sécuritaire générale du pays et sans un audit de la mise en œuvre du contrat DERMALOG, il ne pourra être question en Haïti d’élections libres, démocratiques, participatives et inclusives.

III.       SITUATION SECURITAIRE DU PAYS EN JANVIER 2022

28.     Au cours du premier mois de l’année 2022, les droits à la vie et à la sécurité de la population haïtienne ont été systématiquement violés. En effet, du 1er  au 31 janvier 2022, il ne s’est pas écoulé un  jour  sans  qu’au  moins  un  cas  attentatoire  aux  vies  et  aux  biens  n’ait  été  enregistré.  Les assassinats,  enlèvements  suivis  de  séquestration  contre  rançon,  les  courses-poursuites  dans  les rues,  ont  été  légion.  Cet  état  de  fait  laisse  déjà  présumer  que  l’année  2022  sera  autant  ou  plus sanglante que sa précédente.

a)   Personnes tuées et blessées1

29.  Du 1er au 31 janvier 2022, au moins cinquante (50) personnes ont été assassinées parmi elles, cinq (5) policiers et deux (2) journalistes. D’autres ont été soit blessées par balles, soit enlevées et séquestrées  par  des  bandits  armés  pour  être  libérées  contre  rançon.  En  voici  quelques exemples :

•   Le  1er    janvier  2022,  lors  d’une  patrouille  de  routine  à  Fessard,  Dan  Jerry  TOUSSAINT, inspecteur divisionnaire affecté au sous-commissariat de Laboule 25 a été assassiné par des bandits armés ;

•   Le 1er  janvier 2022, Jennifer JEAN BAPTISTE, âgée de quinze (15) ans, a été tuée à Laboule ;

•   Le 1er  janvier 2022,  Yves DUROGENE a été assassiné lors de l’attaque armée perpétrée aux Gonaïves à l’encontre du cortège du premier ministre de facto Ariel HENRY ;

•   Le 2 janvier 2022, Carl Frantz THELUSCA, Berlo THELUSCA et Bebeto FEVRIER ont été assassinés à la rue Rigaud, Pétion Ville ;

•   Le 2 janvier 2022, Arnold PIERRE  a été tué par balles par des individus non identifiés. Il se trouvait à Delmas 3 et vaquait à ses occupations lorsqu’il a été assassiné ;

•   Le  3  janvier  2022,  Jean  Samuel  ACCEUS,  ancien  membre  du  Conseil  d’Administration  des Sections Communales (CASEC) de Carrefour a été assassiné à Rivière froide, une localité de la commune. L’agresseur, connu sous le sobriquet de Manno, a été lynché par la population ;

•   Le 4 janvier 2022, le prêtre Charles FRANÇOIS a été grièvement blessé à Calbassier, Miragoâne, par des individus armés non identifiés. Il se trouvait à bord de son véhicule au moment des faits ;

•   Le  5  janvier  2022,  le  corps  sans  vie  de  Fernande  THEROGENE,  une  commerçante,  a  été retrouvé. Elle avait reçu plusieurs projectiles ;

1  Sources : RNDDH et médias

•   Le  6  janvier  2022,  deux  (2)  journalistes  John  Wesley  AMADY  et  Wilguens  LOUISSAINT

travaillant respectivement pour Écoute FM et Safe News Haïti ont été assassinés à Laboule 12 ;

•   Le  6  janvier  2022,  deux  (2)  agents  de  la  compagnie  de  sécurité  PHS  ont  été  tués  à  Morne Lazarre, Pétion-ville ;

•   Le 8 janvier 2022, Jean Cols RAMEAU et Enelson MONEVIL ont été assassinés par balles à Pont Durand, Port-au-Prince. Une marchande qui se trouvait non loin de là, a aussi été assassinée ;

•   Le 19 janvier 2022, Patrice ISRAËL, ancien commissaire de police et ancien candidat au Sénat pour le département de l’Artibonite, se trouvait à la Croix-des-Bouquets lorsqu’il a été atteint de plusieurs balles. Conduit d’urgence à l’hôpital, il a succombé à ses blessures au lendemain de son admission ;

•   Le 19 janvier 2022, le commissaire de police Jean Ismay AUGUSTE et sa femme Clotilde VILUS ont  été  tués  par  balles  par  des  membres  du  gang  des  400  Mawozo.  Leur  fille  qui  les accompagnait a été blessée par balle ;

•   Le 19 janvier 2022, une écolière se trouvait dans sa salle de classe à Turgeau lorsqu’elle a été blessée par balle ;

•   Le 19 janvier 2022, le juge Léa CHARLOTON a été blessé par balles à la Croix-des-Bouquets ;

•   Le 20 janvier 2022, Naïme BERNARD a été tué par balles à Saint-Marc par des individus armés montés à bord d’une motocyclette ;

•   Le 20 janvier 2022, Jean Caleb AMOS et Jean Bernard AUGUSTE ont été tués par balles à Morne Cabrit par des individus armés non identifiés ;

•   Le 20 janvier 2022, Maître Fritz ALTENOR, avocat inscrit au barreau de la Croix-des-Bouquets, se trouvait dans son véhicule à l’avenue Christophe lorsqu’il a été tué par balles ;

•   Le 21 janvier 2022, le pasteur Mathieu CHERINE, de l’église Mahalaléel de Delmas a été tué par balles à Delmas 41. Il tentait d’échapper à un enlèvement lorsqu’il a été assassiné ;

•   Le 26 janvier 2022, Elie VERTIL  se trouvait à Canapé-vert lorsqu’il a reçu une balle à la tête ; Selon les proches de la victime, la balle a été tirée par le policier Jean Josué CLOTAIRE  alias Kondagana. Il fait aussi partie du groupe musical Baricad Crew ;

•   Le 29 janvier 2022, l’inspecteur divisionnaire Jean Nickson SAVERDIEU  a été assassiné alors qu’il se trouvait dans son véhicule, à l’angle de Poste Marchand et de l’Avenue John Brown (Lalue) ;

•    Le 29 janvier 2022, le policier Diock Blada JOSEPH a été tué dans une attaque orchestrée par le gang des 400 Mawozo à l’encontre du sous-commissariat de Bon Repos et de l’antenne de Corail Cesselesse. Un autre policier Shmy SAUVEUR a été blessé.

30.     Au cours du mois de janvier 2022, des attaques armées sporadiques ont été enregistrées à Delmas 6 et à Mayard. Au moins quinze (15) personnes ont perdu la vie :

o  Le 2 janvier 2022, Sandra DESROSIERS et Diana EXUMA ont été brûlées vives chez elles à Delmas 6 ;

o  Le 2 février 2022, Wesner ORVIL a été tué par balle à Delmas 6 par des bandits armés ;

o  Le 3 janvier 2022, Shiller LEGER, Ulrick LEGER, Léanne Niska JOSEPH, Phélicia JOSEPH et Rézia FADEAU ont été brûlés vifs chez eux à Delmas 6 ;

o  Le 3 janvier 2022, Evenson VILSAINT, Wesly CAZENEUVE et Jean Pierre BAPTISTE  ont été tués par balles à Delmas 6 ;

o  Le 5 janvier 2022, Judith CAMPION a été tuée par balles à Delmas 6 ;

o  Le 6 janvier 2022, à Mayard le cadavre de Jean Denis CIVIL a été découvert. Il avait reçu plusieurs balles ;

o  Le 10 janvier 2022, Mirelaine BALTHAZAR et Carlo DANIEL ont été tués à Delmas 6 par des bandits armés.

31.     Il a aussi été rapporté au RNDDH qu’au moins sept (7) bandits armés membres de gangs du G-9  An  Fanmi  e  Alye  ont  été  tués  au  cours  de  ces  attaques  dans  les  quartiers  de  Mayard  et  de Delmas 6.  Il  s’agit  de Harry  JOSEPH,  Fritzner  BELFORT,  Ricardo  DESAMOUR,  Alexander  CESAR, Chrislor FELISSAINT, Wilson SAINTELUS et de Bouboul ainsi connu.

b)   Enlèvements suivis de séquestration contre rançon

32.     Au cours du mois de janvier 2022, de nombreux cas spectaculaires d’enlèvements suivis de séquestration contre rançon ont déjà été enregistrés. En voici quelques exemples :

•   Le 5 janvier 2022, le syndicaliste Paul Loulou CHERY  et sa conjointe la militante féministe Ginette APPOLON ont été enlevés à la Croix-des-Bouquets par des individus armés ;

•   Le 3 janvier 2022, des individus non identifiés ont enlevé à Martissant une docteure cubaine, Taimara Heles Jeres ALAVEDRA ;

•   Le 19 janvier 2022, Naromie BARTHOL, secrétaire administrative de la Fondation St Luc et Nos Petits Frères et Soeurs a été enlevée à Delmas par des individus armés non identifiés ;

•   Le 21 janvier 2022, Joëlle MOISE  a été enlevée par des individus armés qu’elle a surpris en train de cambrioler sa maison ;

•   Le 21 janvier 2022, Fauster DESCOLLINE a été enlevé à Bois-Verna par des individus armés non identifiés. Il revenait de l’étranger pour assister aux funérailles de sa mère qui devaient être chantées le 22 janvier 2022 ;

•   Le 9 janvier 2022, à Croix Périsse, une localité de la commune de L’Estère, des bandits ont enlevé quarante (40) personnes qui se trouvaient à bord un autobus de transport en commun en provenance de Jean Rabel ;

•   Le 12 janvier 2022, à Martissant deux (2) personnes qui transportaient une génératrice pour l’Hôpital Sainte-Croix de Léogâne ont été enlevées ;

•   Le 21 janvier 2022, Rousseau MAXON, un policier de l’USGPN a été enlevé à Pernier, tout près de chez lui ;

•   Le 25 janvier 2022, le père Jean Rilus EXCELLUS a été enlevé à Morne Lazarre, Pétion-ville ;

•   Le 26 janvier 2022, le père Pierre Etienne BELNEAU de la paroisse Saint Louis de La Tremblay, a été enlevé à Michaud par le gang armé des 400 Mawozo.

•   Le 29 janvier 2022, l’ingénieur Jean François DORCE professeur à l’Université GOC a été enlevé à Tabarre ;

•   Le 31 janvier 2022, en plein jour, Roland TROUILLOT a été enlevé à Delmas 19.

IV.       COMMENTAIRES ET RECOMMANDATIONS

33.     Durant les quatre (4) dernières années, la situation générale des droits humains en Haïti n’a fait qu’empirer.  Les droits à la vie et à la sécurité ont systématiquement été violés. Des milliers de famille ont dû fuir leur maison pour se réfugier dans des camps d’hébergement ou ont été obligés de louer une autre maison. Ceci les expose aux actes attentatoires aux vies et aux biens et aggrave leur  situation  économique.  Les  déplacés-es  de  Village  de  Dieu,  Martissant,  Fontamara  pour  les communes de Port-au-Prince et de Carrefour, ceux de La Tremblay, Duval Roche, Michaud, Jumecourt, pour la commune de la Croix-des-Bouquets ou encore les réfugiés-es de Bel-Air, Cité Soleil, La Saline, pour la commune de Port-au-Prince constituent aujourd’hui la preuve de l’échec cuisant de l’Etat Haïtien en ce qui a trait à la sécurisation du peuple.

34.     Aujourd’hui,  aucune  action  gouvernementale  ne  laisse  présager  une  amélioration  de  la situation. Les autorités étatiques, totalement dans le déni, se comportent en spectateurs passifs et laissent la population à la merci des bandits armés. Le RNDDH en veut pour preuve les nombreux cas de violation des droits à la vie et à la sécurité qui ont déjà été enregistrés pour le seul mois de janvier  2022 :  cinquante  (50)  personnes  assassinées,  parmi  elles,  cinq  (5)  policiers  et  deux  (2) journalistes, les nombreux cas d’enlèvement suivis de séquestration contre rançon ainsi que  les blessures par balles enregistrés révèlent un niveau jamais atteint de banalisation de la vie dans le pays.

35.     Les gangs armés étendent chaque jour un peu plus leur territoire. De nouveaux foyers de bandits  se  sont  aussi  formés,  depuis  l’arrivée  à  tête  de  la  primature  du  docteur  Ariel  HENRY. Pourtant, aucun mécanisme n’a été mis en place pour empêcher l’expansion des gangs armés ou pour  contrôler l’entrée des  armes à feu  et des munitions  dans le pays.  Au  contraire, ces  gangs armés,  continuant  de  jouir  de  la  protection  indéfectible  des  autorités  étatiques  qui  veulent  se maintenir au  pouvoir  par  leur entremise, deviennent  de  plus en  plus  puissants et surtout  plus arrogants dans leur mode opératoire. Ils agissent par conséquent en toute quiétude et le nombre des victimes ne fait qu’augmenter.

36.     De leur côté, les autorités judiciaires ne font rien pour influencer favorablement le taux de détention  préventive  illégale  et  arbitraire. Aucune  action n’est  mise non plus  en  mouvement à l’encontre du nombre incalculable de bandits armés dont les noms sont cités dans la perpétration des crimes énumérés plus haut.

37.     Par conséquent, le RNDDH ne comprend pas que les autorités étatiques aient pu affirmer lors de la 40ème session d’Examen Périodique Universel de l’ONU qu’en Haïti, des efforts continus ont permis une amélioration dans le respect et la réalisation des droits humains. En ce sens, le RNDDH presse  l’Etat haïtien  à  reconnaitre qu’au  contraire  la  situation  est  extrêmement  grave  et qu’elle mérite l’adoption de mesures immédiates pour :

•   Démasquer, juger et condamner toutes les autorités étatiques de connivence avec les bandits armés ;

•   Reprendre le contrôle du territoire national qui échappe aux forces de l’ordre ;

•   Juguler l’entrée illégale sur le territoire national, d’armes et de munitions ;

•   Certifier  les  agents  de  la  police  nationale  avant  de  leur  fournir  des  moyens  adéquats  de travail ;

•   Certifier le personnel judiciaire haïtien dans son ensemble.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.