26 octobre 2026
Pour saluer le départ d’une mère courageuse et généreuse : Lucita Dubuisson Isidor
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Pour saluer le départ d’une mère courageuse et généreuse : Lucita Dubuisson Isidor

Par Ives Isidor

Vendredi 25 février 2022 ((rezonodwes.com))–

Thomassique, la ville du père des philosophes, pleure le départ de la matriarche Lucita Dubuisson Isidor (Man Boss/Madan François), celle qui s’affiche avec panache sur le grand écran du courage, au panorama de la générosité et au tableau d’honneur des plus robustes.  Elle s’est éteinte dans son sommeil dans la matinée du 15 février 2022 à Windermere, Florida, des suites de complications liées à l’insuffisance rénale.  Elle était à coup sûr l’une des dernières survivantes de sa génération.

Née à Thomassique, elle était fille de Lucie Prophète et de Ménélas Dubuisson.  Elle était si bonne de compagnie que ses grandes sœurs rivalisaient entre elles pour l’avoir en leur compagnie.  Elle a perdu sa mère dès son tendre adolescence et son père au cours de sa jeunesse. Ces évènements malheureux qui ont marqué sa vie vont heureusement lui donner l’opportunité de développer une certaine immunité et une résilience certaine face aux épreuves et aux difficultés de la vie.  Dans la vingtaine, elle va tomber amoureuse du beau et du grand François Isidor.  Les deux tourtereaux vont unir leur destinée dans les liens sacrés du mariage en janvier 1952.  

Dix enfants (sept garçons, trois filles) vont naitre de cette union.  Sept garçons, trois filles ; on dirait que c’est le bis repetita de la famille Job !  Comme dans l’histoire de job, la vie de ce couple n’aura pas été un long fleuve tranquille.  Toute une kyrielle, tout un tourbillon de calamités vont s’abattre sur leurs enfants.  Dans leur saga d’amertume et de souffrance, Lucita et son époux n’ont jamais maudit Dieu.  Face aux aspérités de l’existence, ils ont choisi la stratégie de défense efficace, à savoir le combat et non la fuite.  Solide comme le roc, Lucita s’est armée de force et de courage pour boire jusqu’à la lie le calice des épreuves de la vie.   Elle va se tenir debout, ferme à la barre, au côté de notre père pour nous inculquer des notions de sagesse, des principes pratiques de la vie, et par-dessus tout, nous assurer une éducation solide, avancée et soutenue.

De formation académique limitée, notre mère était une perle rare, formée à l’école de la vie.  Tous ceux et toutes celles qui ont eu la chance de la côtoyer pouvaient voir en elle une femme de culture pratique et de sagesse inouïe.  Comme l’abeille qui pollinise les fleurs, elle instillait en nous des leçons de chose et de vie à l’aide d’une pédagogie particulière basée sur l’utilisation des expressions proverbiales, riches en couleurs et en signification.  On se demande où avait-t-elle puisé de la force et de l’énergie pour élever et prendre soin de ce grand nombre d’enfants ?  Pourtant, elle avait pris son temps et a donné de son temps pour ses enfants.  La dévotion qu’il portait à sa famille et au bonheur de ses enfants était sans faille.  Elle faisait montre de patience envers nous en nous enseignant des principes de vie qui ont marqué notre vie.

Epouse et mère, Lucita était très consciente de ses responsabilités.  C’était une femme leader, une femme laborieuse qui mettait la main à la pâte au côté de notre feu père pour insuffler au sein de la famille des objectifs et des idéaux de vie.  Elle nous a inculqués les notions d’hygiène et de propreté, l’esprit de générosité, l’hospitalité, la bienveillance, le sens du partage, l’esprit d’équipe, le vivre ensemble, l’altérité, la solidarité, la tolérance, l’humilité, le respect pour les autres, les relations de bon voisinage, l’honnêteté, l’amour du travail, le pragmatisme, le don de service et la résilience face aux difficultés de la vie : des valeurs éternelles que nous considérons comme des atouts concurrentiels défendables et que nous tacherons de conserver comme la marque déposée essentiellement familiale. 

Notre mère manifestait toujours avec un entrain naturel l’esprit de générosité.  Elle aimait donner et elle donnait avec joie.  Elle était la personne charitable qui puisait aux sources vives de l’amour et de la bienfaisance.  Sa générosité s’étendait au-delà du cercle de sa famille nucléaire.  Ses repas, c’etait pour tout le voisinage, pour tout le quartier et pour toute la communauté.  Comme un centre de bienfaisance, sa maison était toujours bondée de monde.  Ses nièces et neveux, ses cousins et cousines et sa famille élargie trouvaient toujours refuge et hospitalité chez elle.  Sa panetière était le lieu de chute par excellence de toutes photos de la communauté.  Son salon était le centre privilégié des élèves et des instituteurs qui prenaient plaisir à se donner un dernier regard dans son grand miroir perché avant de se rendre à l’école ou pour aller dispenser des cours.  Elle avait un sens aigu de la communauté.  Quand elle va ou revient de la campagne, elle doit faire un arrêt à chaque coin, à chaque maison pour saluer les gens.

Petite en taille, grande en cœur et en âme, Lucita avait une disposition naturelle pour les relations humaines et interpersonnelles.  Elle avait la capacité spontanée pour attirer des gens autour d’elle et de tisser des liens de proximité avec eux.  Elle nous invitait toujours à être très pragmatiques dans la vie et à nous faire avec les autres pour pouvoir vivre en tout lieu et en tout milieu.  Pour elle, vouloir avoir raison pour satisfaire son ego au détriment de la cohésion familiale et sociale relève de la foutaise.  Elle tirait toujours un proverbe de son tiroir mental pour contextualiser le sens de sa pensée.  Elle avait plusieurs cordes à son arc de vie.  Générosité, courtoisie, diplomatie, résilience, bon sens, relations humaines: telles sont entre autres qualités qu’elle incarnait avec fierté et dignité.  .

Après la mort de notre père en 2012, elle allait s’établir à Windermere, en Floride. Elle voulait ardemment fermer les yeux à Thomassique, la ville accueillante par excellence du Plateau Central.  Son rêve le plus cher était de se reposer dans sa ville natale au caveau familial au côté de son mari.  Vu les circonstances en Haïti, il est mieux qu’elle se repose au mausolée de la république étoilée.

Le départ de Lucita va laisser un immense vide dans la communauté Thomassiquoise.  Elle a été une source d’inspiration et de vie non seulement pour ses enfants, non seulement pour sa famille, mais aussi pour toute sa communauté.  Elle restera toujours la femme de petite taille au grand cœur qui a marqué son temps et sa vie à Thomassique en inscrivant son nom en lettres d’or dans les annales de la bienfaisance.  Sa présence sur la terre des hommes et le rayonnement de sa vie consacrée au service des autres auront fait d’elle l’un des personnages les plus admirés de Thomassique.  

Elle est partie après avoir rempli avec brio et dévotion sa mission d’ambassadrice de la générosité.  Elle restera la femme qui a élevé la barre et le canon de la générosité à la bonne hauteur.  Elle a mené une vie de service, une vie d’engagement en faveur des autres.  Jusqu’à son dernier soupir, elle était attachée à cet idéal auquel elle n’a jamais dérogé.  Elle n’a été riche que de sa richesse de cœur.  Elle n’a été riche que de sa générosité, de sa bonté et de son esprit de partage.    Sa générosité singulière va connaitre une incroyable postérité.  Car elle laisse toute une génération d’enfants, de petits-enfants et d’arrière-petits-enfants pour parachever sa vision et inscrire son œuvre dans la continuité.  Ses œuvres vont la suivre en transcendant le temps et les générations.   

Notre mère est partie, elle laisse l’héritage d’une femme de cran et de courage qui faisait preuve d’endurance, de résilience, de maturité et d’une grande capacité émotionnelle face aux défis de la vie et aux épisodes douloureux de l’existence.   

Elle est partie, mais elle a eu le temps d’affecter positivement son entourage en cultivant des relations de qualité avec les autres.      

Lucita est partie, mais elle a eu le temps de construire en tandem avec notre feu père la base solide de notre développement spirituel intellectuel et social.  Elle est partie, mais l’éducation et les valeurs qu’elle nous a transmises de concert avec notre feu père, le fameux François Isidor ; ce sont des valeurs éternelles qui ne meurent jamais.

Elle laisse derrière elle un panthéon de valeurs, que dis- je, des valeurs cardinales et fondatrices que ses descendants se doivent de s’approprier et de transmettre de génération en génération.  Elle a mérité de la vie, car elle a vécu non seulement une longue vie, elle a également marqué de son empreinte la vie d’une flopée de thomassiquois et de thomassiquoises.  Elle peut se ranger et s’afficher avec honneur et fierté au panthéon de la longévité, au tableau de représentation du courage et de la résilience et à l’écran spatial de la générosité.

Les funérailles de notre mère, Lucita Dubuisson Isidor, auront lieu le dimanche 6 mars 2022 à 10 heures du matin en l’église Beracah II SDA Church, 6330 Moore Street, Orlando, FL 32818.

Ives Isidor

24 février 2022.

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