Si tu gagnes la bataille de l’acquisition d’un capital humain solide, alors tu occuperas une position dominatrice sur l’échiquier de la modernité et du développement. C’est ce que l’on peut déduire des théories, pensées et réflexions émises dans les paradigmes du développement.
Vendredi 21 mai 2021 ((rezonodwes.com))– L’établissement du lien consubstantiel entre ressources humaines qualifiées et l’essor économique a été clairement établi depuis des lustres. Toutefois, à l’instar de nombreuses causalités émanant de réflexions soutenues, il a fallu attendre plusieurs siècles pour voir inscrite dans un corpus académique, la fameuse théorie du capital humain.
Par exemple, les anciennes figures emblématiques des empires et de la royauté ont reconnu que leurs victoires et l’assise de leurs pouvoirs reposaient constamment sur la présence dans leurs cabinets d’érudits et de conseillers dotés de capacité de réflexion et de raisonnement à même de prévoir les dynamiques économiques et les caprices du cosmos. A ce propos, les histoires et illustrations bibliques captivantes de David, Joseph, Moïse, Josué, etc. peuvent en dire long.
Hier, talon d’Achille de la Chine, la forte population du géant asiatique constitue aujourd’hui son principal atout pour talonner ses concurrents. Tel un remède magique « pour 101 maladies », la formation compétitive des descendants de Mao-Tse Toung est à la base de ce revirement brutal de la panique démographique au triomphe économique.
De l’âge de la pierre taillée à l’ère de la technologie, la sollicitation de la matière grise prend davantage de terrain à ce stade de la guerre du « cloud » vers des possibilités impossibles où l’intangible est devenu de plus en plus palpable. Au fur et à mesure, les sociétés interpellent les modèles de capital humain dans l’optique de conforter leurs positions dominantes sur l’échiquier économique international.
Effet causal du capital humain sur le standard de vie
En effet, à la genèse de l’ère moderne, Theodore Schultz (1963) et Gary Becker (1964) se sont immortalisés comme des concepteurs de modèles économétriques consistants qui confirment l’évidence de l’effet positif des ressources humaines qualifiées sur la croissance économique.
Dans la même veine, Robert Lucas (1998), panthéonisé à la galerie des économistes iconiques du développement, a versé dans les mérites du capital humain, notamment par son corpus de théories qui postule que le « Learning-by-doing » – qui huile le processus d’accumulation du capital humain – représente un contributeur majeur à travers sa vertu éprouvée de concourir substantiellement à une meilleure productivité.
D’autant que la littérature économique ne fait guère état d’un impact négligeable de l’investissement en éducation sur le développement, un usage rationnel des esprits moulés aux références de la logique et de l’éthique – peu importe la provenance – promet des lauriers à tout système qui se veut compétitif. David Card (1999), s’appuyant sur le canevas économétrique classique de Jacob Mincer (1974), estime le bénéfice salarial d’un travailleur en moyenne à 10%, pour une année d’éducation supplémentaire.
De récentes recherches empiriques, dont Psacharopoulos (1994), Taber (1998), Cawley, Heckman et Vytlacil (1998) – utilisant d’une part des données de panel et d’autre part des séries longitudinales – ont abouti à des effets notables de l’éducation sur la rémunération salariale pour conforter l’hypothèse plausible de la causalité positive du niveau de formation sur le standard de vie. Dans la même ligne, Angrist et Krueger (1991) ont établi que l’éducation obligatoire aux Etats-Unis – qui permet d’assurer en moyenne une rétention de 25% des élèves à l’école – conduit plus tard à une meilleure efficience et donc à des salaires plus alléchants.
Cette époque technologique au multiple « G » dominée par la guerre des talents corroborée par l’intelligence artificielle se veut la consécration de la preuve irréfutable de la corrélation non fortuite de la matière grise avec la création de la richesse et le développement soutenable. Le professeur émérite de la Harvard University, Philippe Aghion – développeur du concept « paradigme Schumpetérien » de concert avec l’économiste Canadien Peter Howitt – reconnait que le retard technologique de la France en comparaison avec les autres géants de la communauté européenne, est dû au manque d’intérêt de l’Hexagone à investir davantage dans la recherche et le développement.
Pourtant, l’investissement au niveau tertiaire, dans la perspective d’adopter et de booster la technologie, est sans conteste le jeu intelligent pratiqué au sein des systèmes américain et asiatique. C’est à travers des stratégies gagnantes qui incorporent les approches technologiques qu’une pléthore de pays occidentaux se démarquent à grande vitesse de leurs concurrents sur l’échiquier de la suprématie mondiale.
La recherche étant l’ingrédient fondamental du développement, le professeur Aghion soutient à très juste titre qu’il n’y aurait pas eu de Sillicon Valley sans les intenses idées d’innovation bercées à Stanford, Yale, MIT, etc.
Faudrait-il disposer de grands patrimoines ou d’énormes dotations initiales pour se tailler une place dans ce jeu dynamique de la technologie et de l’innovation ? Pas nécessairement. De nombreux pays émergents y ont déjà tracé le chemin en montrant que le rattrapage technologique dépend surtout de la volonté politique d’attirer et de mobiliser les meilleurs cerveaux vers les sentiers de croissance et du développement soutenable.
Chances et opportunités égales, le jeu gagnant des géants du monde
Si les Etats-Unis continuent de trôner à la tête du peloton du capitalisme à travers des options économiques bien analysées, c’est en même temps parce qu’ils savent créer et attirer chez eux les étoiles multiformes et multicolores, en provenance de toutes les galaxies, toutes pointures confondues, sans que l’origine ne constitue un caillou à leurs chaussures. « Un melting pot », une nation étoilée de professeurs d’université, spécialistes de la santé, entrepreneurs, acteurs de cinéma et sportifs au succès enviable ; sans surprise, les figures oscarisées aux USA ne sont pas forcément des « Américains pure laine ».
D’ascendance asiatique, africaine, européenne, caribéenne, les modèles économiques suggèrent que la diversité démographique favorise la compétitivité d’un pays dans la mesure où elle accorderait des opportunités égales à tous et à toutes et qu’il crée des cadres incitatifs au talent et à l’innovation.
La France, championne du monde de football en 1998, en est un exemple patent quand on se rappelle que les Bleus étaient surtout garnis de Noirs, de souche africaine et caribéenne. Lilian Thuram, né en Guadeloupe ; Marcel Desailly, au Ghana ; Patrick Vieira, au Sénégal. Français quand même ! Loin d’enlever ou de diminuer la valeur du crédit de champion du monde de la compétition de la FIFA de 1998 loyalement attribuée à l’Hexagone, nous devons reconnaître que le mélange de talents de couleurs différentes, de provenance européenne, africaine et caribéenne y apporte un cachet humain et rationnel.
Stupides seraient alors ceux qui crachent sur leurs propres prodiges en asphyxiant leur velléité de servir décemment leur propre pays, juste en raison d’un papier acquis à l’étranger pour faciliter leur fonctionnement et leur intégration sociale.
Représentants à la mairie, députés, sénateurs, conseillers à la Maison Blanche, les secteurs économique, politique et social des sociétés du Nord accueillent toutes les races, toutes les couleurs, toutes les nations. Le mobile de la discrimination positive – teinté d’une certaine hypocrisie d’ailleurs – qui plaiderait pour l’insertion de toutes les minorités sociales dans les dynamiques des sociétés modernes, ne serait même plus de mise dans la mesure où de meilleurs résultats y sont manifestement produits.
Les compatriotes Haïtiens tels Samuel Pierre, figure iconique à l’Université de Montréal, Michaelle Jean, trônée au gouvernorat et Dominique Anglade, députée, cheffe du parti libéral ; il s’agit d’un prestigieux échantillon pour vous persuader que le Canada déplace exactement les mêmes pions dans le jeu cérébral de la modernité qui accorde accès à de simples pions prometteurs d’origine indigène et étrangère de se coiffer dames et rois moyennant qu’ils s’y intègrent avec intégrité et une mentalité de gagnant.
Attraction du talent, du génie et de la lumière de partout pour faire clignoter les tableaux d’honneur de mille trophées tout en illuminant le chemin de la jeunesse par des exemples de succès ; voici les « mœurs » que les petits poussins devraient plutôt imiter des grands. Pas les pratiques de perversion et de dépravation dans un retour nauséeux à la Sodome et Gomorrhe !
Les systèmes concurrentiels privilégient également des approches incitatives qui concourent à fidéliser les cerveaux les mieux qualifiés à évoluer à leur terre natale, en les stimulant à travers des crédits au taux d’intérêt préférentiels en vue de développer l’esprit d’entreprenariat. Ce sont entre autres par de telles stratégies que des professionnels et techniciens habiles en des domaines divers arrivent à empocher des milliards de dollars via des contrats alléchants paraphés dans le cadre de service de l’outsourcing (ITO).
Capital humain compétitif, et donc des opportunités de ventes de services à l’étranger
Le marché de l’outsourcing brasse environ 100 milliards dollars par année. En 2018 par exemple, un montant de 85.6 milliards de dollars – dont 62 milliards en ITO (Information Technology Outsourcing) et 23.6 milliards en BPO (Business Process Outsourcing) – ont été générés dans les services de l’Outsourcing. Cette approche rationnelle d’externalisation des services a encore connu un essor avec la Covid qui a imposé de plus en plus les lois du travail à distance.
De nombreuses nations, à l’image de Singapour, la Corée du Sud, l’Inde et l’Indonésie, s’y révèlent très compétitives en offrant de l’expertise dans « l’innovation frugale » en contrepartie de ventes de produits à une pléiade de compagnies de la Sillicon Valley. Par le biais de cette mouvance, ces pays anciennement en voie de développement arrivent à détacher les chaines ignobles de la pauvreté à des centaines de millions de leurs habitants.
D’ailleurs, grâce à la globalisation – qui charrie avec elle le processus de délocalisation de firmes occidentales en quête de minimisation des coûts vers des terres étrangères – un bon nombre de pays en développement parviennent à consolider les piliers économiques et reluire les indicateurs de la croissance pour se métamorphoser en économies émergentes.
Le Chili, le Brésil, le Botswana, l’Afrique du Sud et le Rwanda – un échantillon représentatif de pays qui singent les nouveaux génies de la Tech – ont emboité le pas dans un « copy & paste » des best practices « asiatiques » pour vendre des services aux multinationales à des coûts réduits sans que la qualité en pâtisse.
Ces nations résolument attachées au projet d’amélioration de leur capital humain finissent effectivement par décrocher des opportunités d’affaires auprès des grandes technopoles. Suite logique, elles y sortent peu à peu de la trappe de la pauvreté.
Qu’est-ce qui empêcherait à Haïti de faire autant ? À compter sur une harmonisation entre les professionnels et techniciens internes avec ceux de la diaspora, les ressources humaines ne feraient pas défaut. L’absence de vision et de leadership en constituerait l’obstacle principal.
Carly Dollin

