Aussi noble que soit un projet, son efficience dépend de manière cruciale d’un momentum approprié. Haïti devait être déjà à plus de trois décennies d’un retour planifié de sa diaspora dans la perspective d’une contribution substantielle pour transformer les indicateurs économiques et sociaux.
Malheureusement, les turbulences politiques itératives hypothèquent toujours une telle initiative jugée cruciale vers des réalisations salvatrices. Ce n’est certes pas sous le régime politique le plus nul et le plus débile de l’histoire que ce projet d’une symbiose des forces internes et externes de notre république allait se concrétiser.
La diaspora est assez avisée pour ne pas confondre vitesse et précipitation. Son intégration dans ce projet de référendum arbitraire constitue un prétexte classique pour aider à avaler une couleuvre venimeuse. Le piège est imminent ; la diaspora n’est pas dupe.
Mardi 25 mai 2021 ((rezonodwes.com))– Une panoplie de réflexions penchant sur le rattrapage économique entre les pays sous-développés et les industrialisés, soutiennent avec véhémence un plaidoyer de la fuite inversée des cerveaux. En d’autres termes, l’implication physique, réelle et virtuelle de la diaspora, particulièrement « the best and the brightest » à leur pays d’origine, serait un élément déclencheur pour rétablir l’équilibre et donc mieux planifier les projets de politiques publiques du pays.
Ce changement de paradigme du « Brain Drain » au « Brain Gain » a apporté des fruits succulents à plusieurs pays asiatiques au cours des quatre dernières décennies. Des ressources humaines qualifiées en Europe, en Amérique latine, au Canada, aux Etats-Unis ; on est convaincus qu’une dynamique de « Reverse Brain Drain » peut se révéler porteuse d’espoir pour Haïti, le pire élève de l’Hémisphère, cloitré alors depuis des lustres dans une misère abjecte.
Cependant, à ce stade critique de la déchéance sociale causée par la gouvernance médiocratique, le bon sens n’aurait guère encouragé un seul compatriote à déposer ses pieds sur ce terrain piégé de kidnapping, d’une gangstérisation effrénée, de banditisme officiel et d’une banalisation extrême du cadeau le plus sacré.
Aujourd’hui, la vie se vit de manière miraculeuse ; les crimes spectaculaires prennent toutes les formes, humains, financiers, constitutionnels. Des bandits sans foi ni loi, dans les périphéries et au centre des institutions clés de la Cité ; c’est l’héritage écœurant que nous est légué ce pouvoir myope, dépourvu de vision et de leadership. L’usurpation, l’indécence, l’imposture, la rature, tous les vocables de l’échec et de la honte se déclinent matin, midi et soir au cours de cette décennie d’ineptie inédite.
Changer ce triste décor, la transition aura du pain sur la planche
Peur du voisin, du piéton, du motocycliste, du policier, du véhicule privé, des plaques SE, OF ; jamais de la vie, vie en n’ait été vécue sous l’emprise d’autant de psychose, d’inquiétude et de méfiance dévorantes. Outre la misère atroce, l’insalubrité et l’insécurité multiforme, le stress frappe très fort en des traumas, des risques cardiaques, d’AVC et d’embolie pulmonaire. Sous ce régime de plat complet de la dégénérescence, la fuite du terroir devient le seul recours pour se conforter dans une certaine paix d’esprit ; la course démoniaque déborde le périmètre de la Capitale pour s’étendre avec rage dans toutes les provinces. Les zones rurales ont fini par rattraper la Capitale dans les concerts, les défilés et les expositions de M-50, M-60, kalachnikovs et mitraillettes à toute heure du jour. « Les dieux sont tombés sur la tête ».
Les anciens quartiers d’attractions, jadis de beaux pâturages, sont transformés en zones de non-droit où la violence de gangs armés s’amplifie. Cela devient comme normal que le Bicentenaire ne se fréquente plus, le Village de Dieu devenu diabolique, les ténèbres envahissent Cité Soleil, la place de Bélair – jadis tonitruante en des cris de joie des jeunes gens du foot, des cyclistes, des danseurs – se tait comme à un silence de cimetière.
La jeunesse est désespérée, l’école abandonnée, la presse prostituée, les institutions désacralisées ; le pays se meurt. Le kidnapping musclé a perdu la tête. Marchandes de saucisses, étudiantes, élèves, enfants, vieillards, personne n’est épargné. La plaisanterie de mauvais goût que l’Haïtien qui fréquente la Capitale expérimente une espérance de vie de 24 heures renouvelables, s’avère de plus en plus un fait. Grave !
Il faut un retour à l’équilibre en attaquant d’abord cette méfiance généralisée en ses talons d’Achille afin de rétablir un climat de paix. C’est une attribution majeure qui sera dévolue à la transition incontournable qui devra entre autres planifier des élections en bonne et due forme et aussi cogiter sur la meilleure façon d’intégrer la diaspora dans les affaires sociales et politiques du pays.
Plus de 8 compatriotes les mieux instruits sur 10 résidant à l’étranger, Haïti doit penser à des stratégies intelligentes – dans la sincérité – pour puiser dans cette dotation sélecte qui est sienne et qui s’impatiente à mettre la main dans la patte.
Sur le plan économique, social et aussi dans son engagement politique avisé, la diaspora ne reste pas les bras croisés devant les actes arbitraires de ce régime écœurant que la députée européenne, Caroline Roose, qualifie de bande de criminels et d’incompétents. « Aba référendum », « Jovenel must go», « Democracy Yes! Dictatorship No! ». Tels sont en essence les propos tenus sur des pancartes et en des refrains entonnés dans la colère et la frustration par des milliers de compatriotes de la diaspora.
Ces marches réussies à Washington à l’occasion de la fête de notre bicolore puis à New York – pour fustiger avec hargne le projet ignoble de référendum constitutionnel de cette équipe inculte et cupide – s’harmonisent avec le plaidoyer véhément tenu à Jean Rabel contre ce pouvoir rebelle, arbitraire et de facto, décrié à tort et à travers.
Entre les lignes, la diaspora s’appuie sur les articles de la constitution haïtienne et sur la volonté dictatoriale de cette équipe politique débile pour chanter en chœur que ce projet de référendum délirium est bon pour le « garbage ».
Capter l’élite haïtienne à l’étranger, il faudra y penser dans la rationalité
Les compatriotes humbles, gratifiés et panthéonisés à des galeries à l’étranger ne sont pas des adversaires encore moins des ennemis ; mais plutôt des ressources solides pouvant aider à faire bouger les lignes sociales vers le haut. Haïti doit y penser plus intelligemment.
Depuis déjà cinq ans, la Banque mondiale rapportait une fuite stupéfiante et inquiétante de plus de 82% de la matière grise haïtienne la mieux aiguisée, ravie notamment par le Canada et les Etats-Unis. Mais récemment, des pays de la région comme le Chili et le Brésil entrent dans ce jeu « malicieux » de la migration à outrance pour consolider et renforcer son capital humain par la force de travail de la vigoureuse jeunesse haïtienne.
Question de rétablir l’équilibre, une politique publique avisée devrait cogiter sur la meilleure façon d’inciter les différentes couches efficientes et élitistes à réintégrer les dynamiques politiques, économiques et sociales de la république. Sinon, à quelques rares exceptions, le pays se réduirait exclusivement sans reins, sans poumons robustes, sans classe, à deux classes extrêmes sans connexion aucune. Soit d’une part les nantis de la corruption et de l’autre les misérables, croupis dans la crasse abjecte. Pas de classe moyenne, pas de mobilité sociale, pas de réflexions, pas de recherche, pas de développement. Et donc, rendez-vous avec la caverne.
La dialectique a compris que la présidence en démence prétend intégrer la diaspora dans son projet mort-né d’une écriture risible et illisible d’une nouvelle constitution manu militari uniquement dans l’optique de l’amadouer et la baiser à la Judas Iscariote.
Pirouettes, gilbrèt, « manigeta » d’une potentielle amnistie pour continuer de bénéficier de l’impunité et de l’immunité éternelle, ces marionnettes et girouettes se croient « entèlijan » en saccageant la raison de plein fouet tout en prenant les plus de 15 millions du bercail et de la diaspora comme des Boukis sauvages. Cela transpire des odeurs puantes ; en plus du stratagème de procrastination pour tromper l’œil et taire les grondements sur les valses de malversations, on y perçoit une volonté d’intégration et réintégration dans la précipitation. Pure manipulation ! By the way : « Kote Kob Petrocaribe a » ?
Ce n’est pas dans l’hypocrisie qu’une présidence indécente – sans notoriété, sans dignité et sans autorité – doit souhaiter la bienvenue et bon retour à la matière grise bien aiguisée pendant qu’elle lui fait grise mine en la discriminant, la laminant et l’exterminant.
Les multiples dérives du gouvernement connues, vues et entendues ; la diaspora n’est pas dupe
La diaspora a déjà prouvé son expertise internationale et son implication altruiste envers sa terre natale. Elle est avisée, elle veut s’impliquer, mais elle est patiente. Elle sait que le moment est proche d’autant qu’elle décèle que ce n’est pas encore le moment adapté afin de ne pas recevoir un cadeau empoisonné. Elle est persuadée que ce régime inculte et cupide va plier bagage très bientôt pour que la lumière et la justice commencent à pénétrer les cœurs et les esprits.
Sous ce règne de la démence de la raison, des sommités scientifiques ont été décapitées ; des étudiants assassinés à l’enceinte même de leurs facultés ; les filles et les femmes constamment violées ; les transferts capturés par une clique boulimique ; la classe moyenne décapitalisée ; la jeunesse poussée vers l’extérieur ; le déloyal inauguré ; le banditisme officialisé et accueilli sur tapis rouge.
Il y a donc nécessité de nettoyer les écuries d’Augias avant un retour convenable dans un engagement proactif de la masse critique de la diaspora dans la vie nationale.
Au moment opportun – dans la quiétude d’esprit, la béatitude du cœur, la certitude et la symbiose avec les ressources humaines internes – la diaspora s’engagera dans une multitude d’interactions, d’études et de projets porteurs susceptibles de charrier des avantages compétitifs et des opportunités en fonction des nouvelles aptitudes à développer.
Carly Dollin

